Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le président Kaïs Saïed, qui est candidat à sa propre réélection le 6 octobre prochain, vient de faire modifier la loi électorale par le Parlement, afin que personne ne puisse désormais contester, ni devant la Haute Cour, ni devant n’importe que autre tribunal, les décisions de l’Instance supérieure indépendante pour les élections qui est à sa botte. Cette dernière a donc interdit de se présenter à trois des principaux adversaires du président, qui avaient pourtant été autorisés à le faire par un tribunal administratif. Désormais, outre Saïed lui-même, il n’y a plus que deux candidats en lice, Zouhair Maghzaoui, 59 ans, un ancien député de la gauche pan-arabe, et Ayachi Zammel, 43 ans, à la tête d’un petit parti libéral qui est empêché de faire campagne puisqu’il se trouve… en prison. Si, avec tout ça, Saïed n’est pas réélu haut-la-main, c’est qu’il n’a vraiment pas la baraka.

La formation d’extrême droite, le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) de Herbert Kickl, a remporté les élections législatives avec plus de 29 % des voix, devançant les conservateurs, précédemment principale formation politique du pays, qui ont recueilli 26,3 % des suffrages. Les observateurs s’interrogent sur la capacité de Kickl, qui se fait appeler « chancelier du peuple » (Volkskanzler) en prenant modèle sur Hitler qui utilisait ce titre, à former le gouvernement dans la mesure où, jusqu’à présent, les autres formations politiques ont refusé tout accord avec lui – mais les conservateurs avaient déjà formé une coalition avec le FPÖ en 1999. Mais là n’est pas le problème. Ce parti, qui a fait principalement campagne contre les migrants et l’immigration, représente un véritable danger pour la classe ouvrière, qu’il soit au gouvernement ou dans l’opposition. Et son succès, après ceux de l’extrême droite en Italie, aux Pays-Bas, en France, et dans une moindre mesure au Royaume-Uni et en Allemagne, doit être perçu comme un nouvel avertissement par tous les travailleurs.

On est habitué à voir les présidents de la République, les gouvernements et les ministres ignorer les lois lorsque cela les arrange pour appliquer leur politique. Mais, en général, ils tentent de le faire discrètement et ont recours à une armée de juristes constitutionnalistes pour justifier après coup leur attitude. Eh bien, une fois n’est pas coutume, le ministre de l’Intérieur vient de revendiquer ouvertement d’ignorer l’État de droit lorsque cela l’arrange. Dans une interview donnée au Journal du dimanche, il a déclaré : « L’État de droit n’est pas intangible, ni sacré » et d’annoncer dans la foulée qu’il aurait recours aux décrets pour faire passer certaines mesures, notamment sur l’immigration, quitte à violer les traités internationaux signés par Paris dans ce domaine. La fameuse « légalité républicaine » est, pour nos dirigeants, à géométrie variable…

On célèbre chaque année, le 1er octobre, la Journée internationale des personnes âgées, une initiative lancée en 1990 par les Nations unies. À cette occasion, l’association des Petits frères des pauvres a publié un rapport sur les conditions d’existence des personnes de 60 ans et plus en France. Et c’est éloquent ! Au total, deux millions de personnes âgées (dont 62 % de femmes) disposent de très faibles ressources. La pauvreté touche 19 % des personnes de plus de 60 ans qui vivent seules. En prenant en compte les 60-74 ans on constate que leur taux de pauvreté a quasiment doublé en dix ans, passant de 5,4 % en 2012 à 10,6 % en 2022. Quant à la santé, une personne âgée pauvre sur dix indique ne pas avoir de complémentaire santé, une proportion qui double chez ceux qui touchent moins de 750 euros par mois. L’image du baby-boomer nanti et vivant confortablement de ses rentes a du plomb dans l’aile.

Philippe Wahl, le PDG de La Poste, a annoncé lors du congrès des maires ruraux de France, que l’État allait supprimer 50 millions sur le budget de 150 millions alloué aux « points de contact ». Depuis longtemps, La Poste supprime chaque année des bureaux de poste et les remplace par des agences postales, généralement installées dans des mairies ou dans des locaux municipaux, ou des points relais chez les commerçants. C’est ce qu’on appelle les « points de contact », au nombre de 17 000 environ. C’est évidemment un pis-aller mais qui dépanne toute une partie de la population – notamment en milieu rural – qui n’a plus accès à de véritables bureaux de poste. Sous prétexte de faire des économies ce sont plusieurs milliers de points de contact qui vont être supprimés. Encore un coup porté aux services publics. Un de plus…

Un millier de salariés, en grève, campent depuis le 9 septembre devant leur usine Samsung à Sriperumbudur, en Inde. Payés 270 euros par mois à fabriquer téléviseurs, frigos et lave-linges, ils veulent des augmentations de salaire et la reconnaissance de leur syndicat. La direction a multiplié les menaces et sanctions contre les grévistes. Une centaine d’entre eux ont même été arrêtés puis relâchés. Pourtant les travailleurs tiennent bon. Une victoire chez Samsung pourrait encourager la lutte dans bien d’autres usines du pays.

La lutte contre la vie chère se poursuit en Martinique. L’État sait que l’envoi dans l’île de la CRS 8 ne suffira pas à étouffer la révolte. Alors il propose ses mesures à lui : subventionner à coup d’argent public les entreprises de fret qui livrent les marchandises par bateau dans l’île. Ce qui revient à donner encore plus d’argent à la CMA-CGM, dont le patron est déjà la huitième fortune de France ! Les travailleurs, eux, réclament des salaires à 2 000 euros minimum et dénoncent les surprofits des transporteurs et de la grande distribution.

Au rayon des réformes racistes qui visent à faire penser que la précarisation des travailleurs en France viendrait de l’immigration pour mieux cacher la responsabilité du patronat, on trouve la suppression de l’AME, voulue par Retailleau et applaudie par le RN. Or, cette aide ne concerne que les personnes sans-papiers les plus précaires puisque pour la toucher, il faut, entre autres, toucher moins de 10 000 euros par an, allocations comprises. Or, la majorité d’entre elles travaillent. N’importe quel être humain malade doit pouvoir être soigné où qu’il soit sur cette terre.

Samedi 28 septembre, plusieurs centaines de manifestants ont défilé à Strasbourg à l’appel des syndicats de Dumarey (ex-General Motors, ex-Punch Powerglide) pour protester contre les licenciements et le risque de fermeture du site. Les salariés de Dumarey sont lâchés par leur principal client, ZF, qui va lui-même licencier près de 14 000 salariés en Allemagne. Des délégations syndicales de toute la région étaient présentes au-delà du secteur automobile : cheminotes et enseignantes, de Constellium, Messier Bugatti, PSA, THK et Novares (également sous la menace d’une fermeture). Les salariés de Dumarey ont annoncé qu’ils n’allaient pas se laisser faire et ont appelé l’ensemble des salariés de la filière auto à converger le 17 octobre au salon de l’automobile à Paris : « Sans nous pas de bagnoles ! »