Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

La vente à la découpe du groupe Casino, avec la cession de 400 super et hypermarchés aux autres géants du secteur, Intermarché, Auchan et Carrefour, se solde par plus de 3 000 suppressions de postes, avec 19 grands magasins sans repreneurs, quatre entrepôts qui ferment et de nouvelles restructurations chez Franprix et Monoprix. La direction promet qu’il ne s’agira pas de 3 000 « licenciements secs », mais les salariés inquiets pour leur avenir n’ont aucune raison de croire les maigres promesses des dirigeants actuels et passés qui les ont sacrifiés dans leur course à la rentabilité, sans oublier de se remplir les poches. Le nouvel actionnaire, Kretinsky, prépare déjà un plan social dans plus de 400 petits magasins (Petit Casino, Vival, Spar), dont 20 % pourraient fermer, accusés de n’être pas rentables, et 50 % être franchisés.

En cette période de bouclage du budget, tous les commentateurs reprennent en chœur le refrain du gouvernement sur les déficits trop importants, sur la dette qui se creuse. Mais il n’est jamais question des milliards versés au patronat ! Selon la revue mensuelle Alternatives économiques, cela représente pourtant 80 milliards d’exonérations par an, avec 45 milliards par exemple en 2024 pour l’exonération totale de la part des cotisations sociales des employeurs pour les salaires au smic et d’une partie pour les salaires jusqu’à 1,6 fois le smic. Et c’est l’État qui paye pour eux… en plus des subventions qu’il leur verse. Allons donc chercher dans les bonnes « niches » de l’argent, pour la santé ou l’éducation !

Michel Barnier a jusqu’au 31 octobre pour décider de l’avenir des règles d’indemnisation de l’assurance chômage. Garder le statu quo ou appliquer la réforme de l’assurance chômage trouvée dans les cartons du gouvernement précédent ? Travailler plus longtemps (au moins huit sur les vingt derniers mois) pour être indemnisés moins longtemps (quinze mois pour les moins de 57 ans au lieu de 22,5 aujourd’hui). Si la réforme a été « suspendue » au moment des législatives, 27 députés macronistes appellent à « mener une réforme courageuse »… et Barnier envisage de nouvelles négociations. Mais surtout le gouvernement prépare des mauvais coups pour les travailleurs pour faire de nouvelles économies. Hors de question d’accepter de payer leur crise !

Le 28 septembre, un peu partout en France et dans le monde, des rassemblements ont eu lieu pour défendre le droit à l’avortement. Droit toujours inaccessible pour quasiment une femme sur deux dans le monde sans mettre sa santé en danger ! On parle beaucoup de pays comme les États-Unis ou la Pologne où ce droit a été restreint voire supprimé. Mais ici, 135 centres d’IVG ont fermé ces dernières années et il devient de plus en plus difficile d’avorter dans les temps dans certaines parties du territoire. Et certains ministres bien réacs du nouveau gouvernement ont voté contre l’inscription de la liberté d’avorter dans la Constitution. Alors il est important de rester mobilisés pour dire que le droit des femmes à disposer librement de leur corps n’est pas négociable.

Le corps sans vie de Philippine a été découvert au bois de Boulogne la semaine dernière. Ce meurtre marque le 104e féminicide de l’année 2024. Le principal suspect est un Marocain déjà condamné pour viol et sous le coup d’une OQTF. Il n’en a pas fallu plus pour que l’extrême droite, de Reconquête au RN, et ses relais médiatiques sautent sur l’affaire pour vomir leur racisme et nous servir leurs propositions anti-immigrés. Par contre, silence radio sur les 103 premiers féminicides de l’année : le plus souvent des femmes tuées par leur compagnon ou ex-compagnon, qui eux ont bien leurs papiers. Ces féminicides sont la forme la plus barbare de l’oppression que subissent les femmes, qui se perpétue dans toutes les couches de la société et particulièrement dans la sphère privée. La lutte contre les violences dont sont victimes les femmes ne se mènera pas à coup de politiques racistes, mais uniquement par notre capacité à réagir et à nous mobiliser collectivement, pour que la peur change de camp et à terme pour renverser tout cet ordre social pourri jusqu’à la moelle.

Face aux 33 000 travailleurs de Boeing en grève depuis le 13 septembre dans les deux principales usine américaines du groupe, la direction a reculé pour proposer des augmentations salariales de 30 % étalés sur quatre ans. Un chiffre qui semble élevé, mais qui est couplé à des reculs sur les primes qui en annulent une partie. Pas dupes, les grévistes et le syndicat des machinistes IAM ont refusé l’accord et continuent la grève. Et le rapport de force est en leur faveur : on estime que leur lutte a déjà coûté 1,4 milliard de dollars à Boeing !

L’Arabie saoudite a déjà exécuté 198 personnes en 2024, selon un décompte de l’Agence France-Presse basé sur des médias officiels, après la mort de trois prisonniers annoncée samedi par l’agence de presse officielle saoudienne. C’est un « record » d’exécutions capitales depuis plus de trente ans. Le précédent était de 196 exécutions en 2022. Cette dictature sanglante et moyenâgeuse est, avec Israël, un des principaux points d’appui de l’impérialisme au Moyen-Orient.

La présidente du Conseil de la fédération de Russie, Valentina Matvienko, a déclaré que le régime de Poutine voulait interdire « la propagande du child free », c’est-à-dire qui défend le choix de ne pas avoir d’enfant. Il s’agit, selon elle, de combattre « une idéologie hostile » que l’Occident chercherait à imposer aux Russes. En fait, face à un déclin démographique continu, Moscou ne trouve comme parade que la répression. Dans un premier temps, le régime s’en est pris aux LGBT, considérés comme « extrémistes et terroristes », avant d’élargir la chasse à toutes celles et ceux soupçonnés de ne pas adhérer à la politique nataliste officielle, peu favorisée par la situation économique ni par l’atmosphère guerrière qui règne dans le pays. La répression annoncée va pourrir la vie de certains couples, mais a peu de chance de faire remonter le taux de natalité.

La justice britannique a condamné deux militantes du mouvement Just Stop Oil (Arrêtez la production pétrolière) à des peines de prison ferme pour avoir jeté de la soupe sur Les Tournesols de Van Gogh à la National Gallery de Londres en octobre 2022. Phoebe Plummer, 23 ans, a été condamnée à une peine de deux ans de prison et Anna Holland, 22 ans, a écopé de 20 mois. L’ONG Greenpeace a jugé cette peine « disproportionnée pour une manifestation qui a causé des dommages mineurs à un cadre de tableau et aucun à la toile elle-même ». Quelques heures après le jugement, des militants ont de nouveau pris pour cible le tableau de Van Gogh. On peut approuver ou non de telles actions, qui ne sont pas forcément comprises par l’opinion. Mais, ces derniers mois, les juges ont eu la main particulièrement lourde à l’égard de militants écologistes qui avaient participé à des actions pacifiques. En juillet, quatre membres de Just Stop Oil, qui avaient organisé le blocage d’une autoroute, avaient été condamnés à quatre ans de prison. Le fondateur du groupe, Roger Hallam, avait lui écopé de cinq ans pour avoir préparé cette action. Par comparaison, aucun militant d’extrême droite ayant participé aux émeutes anti-migrants de ces derniers mois n’a été condamné à des peines aussi sévères. Devant un juge britannique mieux vaut être facho qu’écolo.