Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le gouvernement travailliste de Keir Starmer demande toujours plus d’efforts aux citoyens britaniques. Dernier exemple en date, l’annonce de la suppression d’un chèque énergie pour dix millions de retraités. Mais, dans le même temps, un mini-scandale vient de toucher le Premier ministre et son épouse. Le couple a accepté des « cadeaux », d’une valeur avoisinant les 130 000 euros, de la part d’un milliardaire qui siège à la Chambre des lords. Sont également compromises la vice-Première ministre et la ministre des Affaires étrangères, Angela Rayner et Rachel Reeve. Car ces « serviteurs de l’État » n’oublient jamais de se servir au passage.

Les Observateurs de France 24 ont publié un long reportage sur les « déguerpissements » – des mouvements d’expulsion et de destruction de logements précaires – qui touchent en particulier le quartier de Yopougon, situé dans le nord de la capitale économique, Abidjan. Ces « déguerpissements », qui avaient cessé pendant les mois d’été, ont repris en septembre. Ils font partie de la politique de « lutte contre le désordre urbain », instaurée par les autorités locales. Souvent les habitants n’ont que quelques heures pour quitter leur logement qui sont ensuite rasés au bulldozer. Beaucoup se retrouvent à la rue. Le comble a été atteint en février dernier, dans le même quartier, lorsque 1 800 élèves ont vu leur collège détruit et se sont retrouvés sans établissement au milieu de l’année scolaire. Ces opérations touchent surtout une partie de la population la plus pauvre du pays dans l’indifférence complice du gouvernement.

Décédé l’an dernier, Mohamed Al-Fayed était un milliardaire d’origine égyptienne propriétaire notamment du célèbre magasin Harrod’s à Londres mais aussi de l’hôtel Ritz à Paris. Au lendemain de la diffusion d’une enquête de la BBC intitulée « Al-Fayed : un prédateur chez Harrods », dans laquelle une vingtaine de femmes ont témoigné, un collectif d’avocats a tenu une conférence de presse pour indiquer qu’ils avaient désormais reçu les plaintes de 37 femmes dont cinq l’accusent de viols, commis à Londres ou à Paris, d’autres dénonçant des tentatives de viols et des agressions sexuelles. « L’heure de la justice est arrivée », a ensuite déclaré l’avocate américaine Gloria Allred. Il y a des victimes « partout dans le monde », a surenchéri son confrère Bruce Drummond. Les plaignantes viennent en effet de Malaisie, d’Australie, d’Italie, de Roumanie, des États-Unis et du Canada, et l’une d’entre elles n’avait que 16 ans lorsqu’elle a été agressée. Le comportement de prédateur du milliardaire était connu bien au-delà du cercle de ses proches collaborateurs. La police avait même ouvert une enquête en 2015 pour viol, mais elle n’avait jamais abouti du fait de la loi du silence qui régnait dans son groupe et de la peur des victimes de porter plainte. Aujourd’hui la vérité éclate mais Al Fayed est mort sans jamais avoir été inquiété.

« Je sors du procès Pelicot pffiiiiiou ! […] On a diffusé les photos de Madame, elles sont effectivement dans des positions qui posaient problème, puisque depuis quelques jours, elle soutenait que jamais elle n’avait participé à quoi que ce soit… » Ces propos infâmes n’ont pas été tenus devant la cour criminelle d’Avignon, mais sur Instagram par Nadia El Bouroumi, qui représente deux des 51 accusés de viol sur Gisèle Pelicot. Parlant des vidéos montrant la victime droguée sur son lit l’avocate s’exclame : « Quand on reçoit des photos comme celles-là, on peut se dire que c’est une femme qui aime les jeux sexuels. » Sur LinkedIn, c’est une autre avocate de la défense, Isabelle Crépin-Dehaene, qui se permet d’user de sarcasme au sujet de la plaignante et de dénoncer, à l’ouverture du procès, la « manifestation foireuse », d’une vingtaine « de pseudo-féministes avec des banderoles ». Ces deux avocates ont décidé de défendre leurs clients en banalisant leurs crimes et en s’en prenant à la victime accusée de complaisance, voire de complicité. Comme quoi certaines femmes contribuent à perpétuer les stéréotypes sexistes et la culture du viol.

Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie démissionnaire, va devenir professeur à l’université et à l’École polytechnique de Lausanne, en Suisse. Il enseignera « dans le domaine de l’économie politique et des relations internationales ». La rentrée est prévue le 23 septembre. Mais, comme le rapporte le quotidien suisse 24 heures, des tags hostiles ont été découverts sur le campus ces derniers jours. « Bruno casse-toi », ou encore « Bruno pas le bienvenu ». Un autre affirme : « Bruno Le Maire écrit des livres sur son zizi et coule l’économie de son pays. C’est ce que vous voulez nous apprendre ? » Plutôt bien vu !

Le quotidien Libération vient de révéler les images édifiantes de vidéo-surveillance d’un homme de 42 ans passé à tabac dans le commissariat des 5e et 6e arrondissements de Paris le 25 juillet dernier. Il s’est retrouvé à l’hôpital avec le visage en sang, un avant-bras fracturé, des hématomes sur tout le corps et trente jours d’incapacité totale de travail. Les images montrent qu’il a subi des coups répétés, des clés de bras et des gifles. L’un des agents utilise sa matraque télescopique pour frapper le malheureux au niveau du ventre, d’une épaule et de la tête. Et, à côté de ceux qui brutalisent l’homme, les autres policiers présents dans la salle ne réagissent pas… sauf que certains rient. La victime a porté plainte et le parquet de Paris a ensuite saisi l’Inspection générale de la police nationale qui a ouvert une enquête administrative. Reste à savoir si, comme de nombreuses autres, elle sera enterrée en douceur. Car, en règle générale, la hiérarchie trouve toujours des excuses ou des circonstances atténuantes aux policiers tabasseurs. Et cela a déjà commencé. Une source policière anonyme a expliqué que les agents de ce commissariat étaient à bout de nerfs à force de se faire insulter quotidiennement par les soûlards qu’ils arrêtaient. Une façon de banaliser la violence et le sadisme de la police.

Le commissaire de police Grégoire Chassaing, poursuivi pour la mort de Steve Maia Caniço, 24 ans, tombé dans la Loire après une intervention de la police durant la fête de la musique à Nantes en 2019, a finalement été relaxé d’homicide involontaire par le tribunal correctionnel de Rennes. Ce dernier, passant outre l’avis du procureur qui avait pourtant simplement demandé « une peine de principe », a estimé que le commissaire de 54 ans n’avait pas commis de « faute caractérisée » ayant pu aboutir à la chute mortelle de Steve. Il avait simplement envoyé ses troupes asperger de gaz lacrymogène un groupe de jeunes qui faisaient la fête sur les bords du fleuve, plusieurs tombant à l’eau dont Steve qui s’y noya. Mais Chassaing n’est jugé ni coupable, ni responsable. Preuve à nouveau que la justice est plus que compréhensive avec la violence policière. Elle laisse faire.

Le mouvement de contestation contre la vie chère, qui a débuté début septembre, se poursuit et s’étend. En cause le fossé qui existe entre les prix pratiqués dans l’île et ceux de l’Hexagone qui atteint 40 % pour les produits alimentaires. Et la facture peut être très sensiblement supérieure. Par exemple, selon les données récoltées sur le comparateur de prix Kiprix, quatre pots de compote sont presque trois fois plus chers et un paquet de riz basmati 84 % plus cher qu’en métropole. Des manifestations se poursuivent, chaque jour notamment à Fort-de-France, et de violents affrontements, avec voitures incendiées, barricades enflammées et barrages, opposent chaque nuit des jeunes aux forces de l’ordre. Dans le viseur des manifestants la « pwofitasyon » (les profits excessifs) que réalisent les grands groupes sur le dos de la population modeste de l’île. Qui en a marre de subir sans réagir.

Deux militants indépendantistes ont été tués au cours d’une opération policière. Voila plusieurs semaines que les forces de répression mènent des opérations à l’intérieur de la tribu de Saint-Louis, fief indépendantiste au sud de Nouméa, pour tenter d’interpeller onze personnes qu’elles accusent d’être les auteurs de tirs sur les forces de l’ordre. Ces deux nouveaux meurtres ont donné lieu à une manifestation spontanée de la population qui a été dispersée à l’aide de gaz lacrymogènes. Depuis le 13 mai, et le début de la mobilisation indépendantiste contre la réforme du corps électoral au détriment des Kanak, treize personnes ont été tuées, dont deux gendarmes. Le couvre-feu, instauré depuis lors, reste en vigueur de 22 à 5 heures et va même être renforcé à partir du 21 septembre et jusqu’au 24 septembre, date symbolique qui marque la prise de possession de l’archipel par la France en 1853, c’est-à-dire le début de l’ère coloniale. La répression continue, avec son cortège de victimes.