Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Dans une note adressée à son comité de direction, Bernard Arnault, le patron du groupe de luxe LVMH et un des hommes les plus riches du monde, indique que ses salariés ont « interdiction absolue » de parler à plusieurs médias, notamment à Mediapart et au Canard enchaîné. Parmi les autres titres concernés on trouve deux publications de l’éditeur indépendant Indigo Publications – La Lettre et Glitz Parisl’Informé, Puck, un média en ligne américain, et Miss Tweed, un site spécialisé dans l’industrie du luxe. Et de préciser « tout manquement (et cela sera inévitablement connu) sera considéré comme une faute grave, avec les conséquences qui y sont attachées. » Par contre rien n’empêchera les salariés du groupe de s’épancher auprès de médias tels que Les Échos (et son magazine Investir), Le Parisien, Radio Classique ou Paris Match qui tous appartiennent… à Bernard Arnault. Et de conclure sans rire : « En tant que propriétaires de grands médias, nous savons l’importance d’une information fiable et honnête. » Là-dessus il ne faut pas compter sur lui et ses amis.

Louis Bonnet, le maire divers droite de Mazan, la ville du Vaucluse proche de Carpentras, où pendant dix ans Gisèle Pelicot a subi son calvaire, a provoqué quelques remous par ses déclarations à la télévision britannique BBC. Le premier édile de la commune a tenu à « relativiser » les choses. Ce qui s’est passé « aurait pu être plus grave, il n’y a pas eu d’enfants impliqués, aucune femme n’est morte ». Et d’ajouter : « Ce sera difficile pour la famille, mais ils pourront se reconstruire. Après tout personne n’est mort. » Bref, un banal fait divers dont il ne faut pas faire une montagne. Le discours du maire est caractéristique de la culture du viol et d’une vision des violences sexuelles répandue socialement et qui contribue à les banaliser. Dans une tribune, publiée par l’hebdomadaire The Observer, l’autrice et journaliste britannique Yvonne Roberts s’attaque aux éléments de langage de Louis Bonnet, qu’elle qualifie de « récit répugnant qui devrait avoir fait son temps ». Bien dit.

Dans un rapport intitulé « Stop à la maltraitance institutionnelle », l’ONG ATD Quart monde dénonce le fait que des services publics (Caisses d’allocations familiales, France Travail, aide sociale à l’enfance, services d’hébergement d’urgence…), censés accompagner les personnes en difficulté, aggravent parfois leur situation, faute de réponse adéquate, créant ainsi une véritable maltraitance institutionnelle pour les plus pauvres. En cause notamment le manque criant de personnel dont souffrent les services publics en général et ceux actifs dans le domaine social en particulier, la fermeture de bureaux locaux et de permanences, etc. Mais aussi le nombre croissant de démarches et d’opérations qui doivent s’effectuer en ligne via Internet, un outil que beaucoup ne maîtrisent pas. À cela s’ajoute la méfiance généralisée que suscitent les plus pauvres qui sont l’objet de contrôles tatillons. On comprend mieux pourquoi beaucoup ne réclament pas ou plus les prestations sociales auxquelles ils ont droit. Ce qui aggrave encore leur précarité et leur détresse…

Jeudi 19 septembre, à Lyon, Marion Maréchal avait invité Marguerite Stern à l’Issep, son école (à 5500 euros l’année, excusez du peu) qui aspire à former les futurs cadres de l’extrême droite française : rien de surprenant, entre fachos on est copains comme cochons. Cette ex-féministe était venue présenter son livre Transmania, un torchon bourré de fantasmes transphobes. Pas de chance pour elle, suite à un appel au rassemblement à l’initiative de l’Organisation de solidarité trans, un comité d’accueil de 300 personnes était là pour lui dire qu’elle n’était pas la bienvenue ! Au travail comme dans la rue, contre la transphobie venue d’en haut et les réacs qui la portent : solidarité !

Mardi, un rassemblement de près de 200 salariés du sous-traitant Valeo et de leurs soutiens a eu lieu devant le siège parisien du groupe. La direction veut fermer trois sites (en Sarthe, Isère et Yvelines) et supprimer 1 050 emplois. Valeo, 221 millions de profits en 2023 et un chiffre d’affaires de 22 milliards, en progression de 10 % en un an, a les moyens de garder tous les salariés. Ceux d’Isère réclament 150 000 à 200 000 euros d’indemnités. Les travailleurs de Valeo sont déterminés à ne pas se laisser faire et à faire parler d’eux. À ce rassemblement il y avait des délégations d’au moins dix sites Valeo, ainsi que des sites de Stellantis Poissy, Renault Lardy, Bosch Saint-Ouen, La Poste, des ex-Goodyear… et la présence remarquée d’une délégation d’ouvriers de MA France (Aulnay), invités par les travailleurs de Valeo du site de Saint-Quentin-Fallavier (Isère). Le message de soutien des travailleurs de MA France était clair et sincère : « Valeo – MA France : même combat ! » Les deux entreprises ont pour principal donneur d’ordre Stellantis.

Rendez-vous a été donné à tous de se retrouver avec les travailleurs menacés, pour manifester au salon de l’auto le 17 octobre. Car il importe de ne pas rester isolé et de s’allier à d’autres travailleurs qui ont subi, ou vont subir, les mêmes menaces, c’est-à-dire tout le secteur automobile.

Au moins 26 personnes sont mortes, dont trois enfants, et près de 2 800 ont été blessées par l’explosion simultanée de milliers de bipeurs et de talkies-walkies utilisés par des membres du Hezbollah. Un attentat sophistiqué attribué de façon quasi certaine aux services secrets israéliens. Mais si de nombreuses victimes sont des militants de la milice islamique, les explosions – qui ont souvent eu lieu dans les lieux publics, dans la rue ou sur les marchés – ont touché des centaines de personnes qui avaient la malchance de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment. Ce qui ne gêne nullement le gouvernement sioniste pour lequel tout Arabe est, peu ou prou, un terroriste en puissance. Cette escalade de violence ne peut étonner, Netanyahou ayant annoncé depuis plusieurs semaines qu’il entend étendre la guerre au Liban, en espérant entrainer les États-Unis derrière lui. Sa fuite en avant continue.

Dans deux arrêts différents, la Cour de justice de l’Union européenne a, d’une part, remis en cause un rabais fiscal de 13 milliards d’euros accordé à Apple en Irlande et qu’elle lui demande de rembourser, d’autre part confirmé une amende de 2,4 milliards contre Google pour pratiques anticoncurrentielles. Ce qui ne va empêcher les deux mastodontes d’aller de l’avant. Apple a un chiffre d’affaires annuel de près de 400 milliards de dollars (357 milliards d’euros) et Google annonce, bon an, mal an, des bénéfices qui frisent les 80 milliards de dollars (71,5 milliards d’euros). Les amendes infligées, si elles sont jamais payées, n’écorneront que très légèrement leurs profits.

Deux ans après Les Fossoyeurs, livre où il ciblait les maisons de retraite, le journaliste Victor Castanet épingle dans Les Ogres, un autre secteur où la rentabilité l’emporte sur l’intérêt et le bien-être des plus vulnérables : celui des crèches. Et en particulier celles détenues par de grands groupes privés, où se multiplient les « comportements inappropriés » et les « maltraitantes envers les tout-petits » dans le but de réaliser un profit maximal. Mais ce livre n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. En effet, depuis 2016 pas moins de sept rapports parlementaires ont pointé les dérives du secteur. Et comme le rappelle Véronique Escarnes, secrétaire générale du Syndicat national des professionnels la petite enfance : « Emmanuel Macron a accéléré la déréglementation du secteur de la petite enfance et a accentué sa dégradation, clairement. » Bien dit !

Dans une petite brochure de 35 pages, le Rassemblement national (RN) a présenté ses propositions pour la rentrée. Et là on s’aperçoit que Bardella et Le Pen ont discrètement planqué sous la table certaines mesures sociales qu’ils avaient mises en avant pour gagner le vote populaire. Passent donc à la trappe la suppression de la réforme de l’assurance-chômage et la proposition de baisse de la TVA sur les produits énergétiques (gaz, électricité, fioul, carburants…). Quant à l’abrogation de la réforme des retraites, que le RN a prévu d’inscrire dans sa niche parlementaire, il s’agirait de : « réformer les retraites dans une logique de performance économique et de justice sociale ». Ce qui ne mange pas de pain. Après avoir tenté une opération dédiabolisation, en mettant à l’écart les éléments trop ouvertement pro-nazis ou antisémites de ses rangs, le RN veut désormais amadouer les marchés et le patronat, effrayés pour certains par un programme économique qu’ils jugeaient « trop favorable » (sic) aux salariés. Les voilà rassurés.