Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Sous prétexte d’une inflation moins forte, le smic risque de ne connaître aucune augmentation, ni automatique ni bénéfice d’un coup de pouce, de la part du gouvernement à venir de Michel Barnier. Celui-ci est aux ordres du patronat comme ses prédécesseurs et le Medef a bien affirmé lors de son université d’été qu’il était contre. Un sixième des salariés est au smic en France et s’enfonce dans la misère, car l’explosion des prix ces dernières années n’a pas été compensée par les petites augmentations ridicules qui ne payent pas les factures. Le Secours populaire a récemment pointé l’augmentation de la pauvreté. Seul un mouvement de grève sur les salaires pourra commencer à la remettre en cause.

Springfield, une petite ville de l’Ohio, est sous tension, depuis les propos Donald Trump, qui, lors de son débat avec Kamala Harris, avait affirmé faussement que des migrants haïtiens kidnappaient les chiens ou les chats des « vrais américains » pour les manger. Et depuis lors il a répété le même mensonge malgré les démentis véhéments des autorités et de la police municipales. Conséquence : face aux menaces, aux alertes à la bombe et aux déchainements de haine sur les réseaux sociaux, les écoles et la mairie ont dû fermer et être évacuées à plusieurs reprises et la communauté haïtienne vit dans la terreur. D’autant plus que le candidat républicain a affirmé que les Haïtiens étaient « des assassins et des terroristes » et que, s’il était élu, il procéderait à des « expulsions massives » à Springfield. Ce vocabulaire outrancier et ordurier caractérise bien sûr Trump mais, sur le fond, il n’est guère différent de celui utilisé ici par celles et ceux qui parlent de « grand remplacement » de la population autochtone par les immigrés ou qui mijotent une nouvelle loi contre les migrants accusés, peu ou prou, d’être des délinquants en puissance, voire des assassins et des violeurs. De ce point de vue Trump n’a rien inventé et ne fait que recycler les idées puisées dans les poubelles de la droite et l’extrême droite dans de nombreux pays.

La cour d’appel de Paris examine actuellement la demande d’extradition d’Aksel Brahim Bellabbaci, 41 ans, opposant au régime et responsable du Mouvement d’autodétermination de la Kabylie. Il vit en France depuis 2012 et n’est plus retourné en Algérie depuis août 2019. Il est accusé par la justice algérienne d’avoir commandité les incendies qui ont fait au moins 90 morts et ravagé des milliers d’hectares en août 2021 en Kabylie. Il est également désigné comme « l’instigateur » du lynchage mortel d’un artiste peintre de 38 ans, Djamel Bensmaïl, qui venait aider les habitants à éteindre les flammes et qui avait été désigné à tort comme un pyromane. Ces incendies avaient surtout montré l’incompétence à les combattre des autorités qui les utilisent aujourd’hui pour pourchasser les militants kabyles qui s’opposent au président et apprenti dictateur Abdelmadjid Tebboune. S’il est renvoyé dans son pays, Bellabbaci risque de longues années de prison, voire la peine de mort. C’est pourquoi il ne doit pas être extradé.

La direction de la CFDT va ouvrir une enquête sur les agissements de son Union fédérale route-Fédération générale des transports et de l’environnement (UFR-FGTE) dont deux des dirigeants – Patrick Blaise et Olivier Ethève – semblaient avoir un goût immodéré pour des voitures de luxe de marque Mercedes et le montage financier de sociétés… dont ils se retrouvaient ensuite détenteurs de parts sociales. Le tout payé avec l’argent dédié au financement… du dialogue social, de la protection sociale et de la formation. On ne sait pas si l’UFR-FGTE défend efficacement ses syndiqués, par contre il est certain qu’elle prend grand soin de ses dirigeants.

C’est dans les colonnes du quotidien Le Parisien que Macron a lancé son nouveau gadget : organiser chaque année le 14 septembre une grande « Fête du sport ». Attention il ne décrète rien. Avec sa modestie bien connue, il ne fait que lancer une proposition en espérant qu’elle soit reprise par les clubs sportifs, les municipalités et les établissements d’enseignement. Une façon comme une autre de tenter de prolonger ce que le camp présidentiel a appelé « la parenthèse enchantée » des Jeux olympiques et paralympiques ; supposée faire oublier un temps les problèmes de la vraie vie. Peu de chance que ça arrive. Et au lendemain de la grande parade organisée sur les Champs-Élysées, le pays réel se retrouve aux prises avec l’inflation, le chômage, et des services publics en déliquescence. Et contre tout ça il n’y a pas de parenthèse possible dans nos luttes.

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées samedi à Marseille, Paris, Nice, Nantes et ailleurs en soutien à Gisèle Pélicot et à toutes les victimes de viols. Parmi les pancartes : « Le patriarcat n’est pas un fait divers ». Une façon de rappeler que si le calvaire de cette femme – violée pendant dix ans par plusieurs dizaines d’hommes alors qu’elle était droguée par son mari – occupe une place à part dans la rubrique fait divers des journaux, le viol est malheureusement un crime quotidien commis souvent dans la famille et qui passe la plupart du temps sous les radars de la police et de la justice. Il est une des conséquences d’une société patriarcale qui considère la femme comme un être inférieur, voire une marchandise. Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes a réitéré à Paris l’appel des organisations féministes pour une « loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles » qui comprendrait 95 mesures, comme « une enquête systématique sur les mis en cause dès lors qu’une plainte est déposée » ou « former les juges des cours criminelles départementales ». Mais, aussi importantes soient-elles, des mesures administratives et judiciaires resteront insuffisantes. Car seules les luttes des femmes, dans la vie quotidienne et sur les lieux de travail comme dans les familles, avec le soutien des hommes qui ont conscience du problème, permettront de changer les mentalités.

En décembre prochain va se tenir la 19e réunion du Forum des Nations unies sur la gouvernance de l’Internet. Thème retenu : « Faire progresser les droits de l’homme et l’inclusion à l’ère numérique ». Et quel est le lieu choisi pour débattre de ce thème ? La riante dictature féodalo-patriarcale d’Arabie saoudite. Un pays où les opposants sont en prison ou en exil, qui commet des crimes de guerre au Yémen, où une féministe, Salma-al-Shebab, purge, depuis 2023, une peine de vingt-sept ans de prison pour des tweets en faveur du droit des femmes alors qu’une autre, Manahel-al-Otaibi, a écopé de onze ans de la même peine pour avoir posté des photos d’elle sans abaya. De plus, chaque année, une centaine de condamnés sont mis à mort par décapitation au sabre. Sûr que dans un tel environnement « la progression des droits de l’homme » est assurée.

Depuis vendredi minuit, 30 000 salariés de l’avionneur américain se sont mis en grève illimitée, notamment sur les sites de Seattle, dans l’État de Washington, et de Portland, dans l’Oregon. La grève a été votée à plus de 95 %. Les salariés réclament des augmentations de salaire de 40 % sur trois ans, pour rattraper notamment les effets de l’inflation qui se font sentir depuis plusieurs années. En faisant état des difficultés actuelles de Boeing, la direction propose 25 %. Mais ces difficultés n’ont pas empêché les actionnaires de l’entreprise d’accorder, il y a quelques mois, une rémunération à hauteur de 33 millions de dollars au PDG sortant de l’entreprise. Ce que n’ont pas digéré nombre de travailleurs. La précédente grande grève dans l’entreprise avait eu lieu en 2008 et avait duré huit semaines.

Trois officiers généraux, six officiers supérieurs et deux cadres d’une entreprise de transport de fret aérien se retrouvent devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Corruption, prise illégale d’intérêt, abus de biens sociaux ou encore violation du secret professionnel, tout le système du transport militaire aérien semble avoir été gangrené à une certaine époque par un affairisme effréné. Un des colonels mis en cause, à l’époque chef d’état-major du centre de soutien des opérations et des acheminements, avait finalement quitté l’armée pour se trouver directeur adjoint de la société qu’il avait systématiquement favorisée lors d’appels d’offres s’élevant à plusieurs centaines de millions d’euros entre 2011 et 2015. Et, à l’époque, la commission de déontologie des militaires (si, si, ça existe), saisie de cette reconversion express, n’avait rien trouvé à y redire. La déontologie des galonnés sait s’adapter avec souplesse à leurs intérêts particuliers. Rompez !