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Brèves

L’actualité en bref

Six militants européens, qui étaient venus dans le pays s’informer sur les conditions de détention des prisonniers politiques, ont été arrêtés à Istanbul. « La délégation internationale d’avocats, journalistes et militants des droits humains était arrivée le 18 février en Turquie », a déclaré Naim Eminoğlu, président de la section d’Istanbul de l’Association des juristes progressistes, qui assure leur défense. Selon lui, ils ont été immédiatement interpellés à leur arrivée. La police les a prévenus qu’ils étaient arrêtés pour être expulsés et leurs passeports ont été confisqués. Ils ont ensuite été transférés à la Direction des migrations, puis emmenés à l’aéroport. Ces militants étaient venus sur place dans le cadre d’une mission d’observation pour enquêter plus particulièrement sur le système carcéral dit « en puits », c’est-à-dire dans des cellules privées totalement de la lumière du jour, et sur l’isolement de certains prisonniers politiques. Des conditions inhumaines dont le régime est coutumier.

Lors du premier grand débat des élections municipales dans la cité phocéenne, organisé par BFMTV et le journal La Provence, la candidate de la droite et du centre, Martine Vassal, a revendiqué comme « valeurs » le triptyque « travail, famille, patrie », cher en son temps au régime de Vichy. Lorsque, sur le plateau, on lui fait remarquer qu’il s’agit d’un slogan du maréchal Pétain elle répond : « Oui, mais ce sont mes valeurs. J’assume mes valeurs. » Un appel du pied à peine déguisé à l’électorat du Rassemblement national dont elle dit partager « les préoccupations ». Mais surtout une grossière manœuvre électorale pour la candidate soutenue par le camp macroniste (Renaissance, MoDem, Horizons) et Les Républicains et qui, dans les sondages, arrive loin derrière le candidat d’extrême droite, le député RN Franck Allisio. Lui piquer quelques voix vaut bien de reprendre à son compte une idéologie nauséabonde. Comme le dirait Macron on peut, en même temps, être centriste et un peu facho sur les bords. L’important est d’être élue.

Après le départ de Jean-Marc Morandini, condamné dans des affaires de pédophilie, et la démission consécutive de Sonia Mabrouk, CNews, la chaîne du très droitier Vincent Bolloré, continue sur sa lancée raciste et xénophobe. Pour meubler les trous laissés par les partants, et à partir du 23 février, les téléspectateurs auront droit du lundi au jeudi à une nouvelle émission au titre évocateur : 100 % Frontières. Elle sera notamment animée par un certain Erik Tegnér, par ailleurs directeur de la rédaction du média en ligne Frontières. Ce média affiche très clairement son positionnement identitaire et ses opinions sexistes, homophobes, islamophobes. et anti-migrants. N’en jetez plus ! Erik Tegnér a déjà été l’objet de signalements à l’Arcom, le gendarme de l’audiovisuel, pour des propos à caractère antisémite tenus sur le plateau de CNews, et a déjà été condamné pour « injure publique à caractère racial ». La galaxie Bolloré continue de recruter ses animateurs et ses journalistes dans les caniveaux d’extrême droite.

Alors que s’ouvre le Salon de l’agriculture, la ministre en charge de ce secteur, Annie Genevard, a déclenché une procédure de licenciement à l’encontre de la directrice de l’Agence bio qui dépend de son ministère. Déjà à la mi-janvier le Sénat avait voté la suppression des crédits de l’Agence bio (2,9 millions d’euros), estimant que ses missions pouvaient être reprises par d’autres opérateurs. Le gouvernement ne s’était pas opposé à cette délibération et avait jugé « pertinente » cette proposition susceptible de « rationaliser la dépense publique ». Tout cela à la grande satisfaction des lobbies de l’agrobusiness et de la FNSEA qui estiment que toute mesure en faveur de l’écologie et du bio est un frein à leurs juteuses affaires.

Après ceux de Fréjus (Var) et de d’Évreux (Eure), c’est au tour du Centre hospitalier de la Côte basque, à Bayonne, de faire appel à la générosité publique pour l’aider à boucler ses fins de mois. Il ambitionne de lever 1,5 million d’euros auprès des habitants en leur demandant d’investir une partie de leur épargne dans un « fond de placement au bénéfice d’un service public de santé ». Chacun peut contribuer à partir d’un euro jusqu’à 100 000 euros. Les sommes seront remboursées au bout d’un an, assorties d’un taux d’intérêt fixe de 3,1 %. Le tout avec la bénédiction de l’Autorité des marchés financiers. Mais le simple fait qu’un établissement public puisse lancer une telle initiative pour aider à se financer montre, une fois encore, la grande misère des services publics et leur sous-financement.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme vient de condamner une série d’actions répressives israéliennes dans les territoires palestiniens occupés. Dans un communiqué accompagnant un nouveau rapport le Haut-Commissariat écrit notamment : « L’intensification des attaques, la destruction méthodique de quartiers entiers, […] le refus d’apporter une aide humanitaire […] conjugués aux transferts forcés qui semblent viser à un déplacement permanent, suscitent des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique à Gaza et en Cisjordanie. » Dans la bande de Gaza, ce rapport détaille « les massacres et les mutilations infligées en nombre sans précédent à des civils par les forces israéliennes ». Il dénonce « la propagation de la famine et la destruction des infrastructures civiles restantes, imposant aux Palestiniens des conditions de vie de plus en plus incompatibles avec leur maintien dans ce territoire ». Il établit notamment la mort d’au moins 463 Palestiniens, dont 157 enfants, des suites de la famine, y voyant « une conséquence directe des actions entreprises par le gouvernement israélien ». Et de conclure que de tels actes « peuvent constituer des crimes contre l’humanité », voire « un génocide ». En Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est, le rapport souligne « l’usage systématique et illégal de la force par les forces de sécurité israéliennes, la détention arbitraire généralisée, la torture et autres mauvais traitements infligés aux Palestiniens détenus, ainsi que la démolition illégale et massive de maisons palestiniennes ». Et pendant ce temps les grandes puissances laissent faire quand elles ne justifient pas ces pratiques, comme c’est le cas notamment des membres du fameux Conseil de la paix mis sur pied par Trump et qui vient de tenir sa première réunion.

Sept militants basques, qui avaient profité d’une manifestation populaire transfrontalière en mars 2023 pour faire entrer en douce dans l’Hexagone 36 migrants, ont été acquittés par le tribunal. Loin de faire profil bas, ils avaient publiquement revendiqué leur action pour protester « contre les politiques migratoires mortifères ». Ils avaient reçu le soutien de nombreuses organisations et associations et plus de 1 000 personnes s’étaient auto-accusées en signe de solidarité. C’est le préfet des Pyrénées-Atlantiques qui avait saisi le parquet en demandant des poursuites. Et cet acquittement est une petite victoire pour celles et ceux qui affirment, haut et fort, que la solidarité avec les migrants n’est ni un crime, ni un délit.

L’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp) a recensé pour la première fois en 2024 les attaques menées contre des journalistes. Elles sont au nombre de 91. Plus de 40 % de ces attaques étaient imputables à des acteurs publics ou représentants de l’État, notamment les forces de l’ordre et des élus, affiliés principalement au Rassemblement national et aux Républicains. Ces atteintes se répartissaient comme suit : 26 cas de menaces, intimidations, injures, diffamation ou harcèlement, 15 cas de poursuites judiciaires abusives, 14 cas de harcèlement en ligne, 11 cas de restrictions d’accès à un lieu ou un événement. L’Ofalp, fondé en 2023 par une vingtaine de journalistes et représentants d’organisations professionnelles, souligne que son rapport n’est pas exhaustif, car il repose principalement sur des cas déjà rendus publics. Son travail est présenté comme complémentaire à celui de Reporters sans frontières (RSF).

Il y a quelques semaines, Amélie de Montchalin, la ministre des Comptes publics, avait vertement contredit son ancien collègue de l’Économie, Éric Lombard, qui avait affirmé que de nombreux millionnaires ne payaient aucun impôt sur le revenu (IR). Selon elle, ce n’était pas vrai. Elle vient de se voir démentir par des documents rendus publics par le Sénat qui montrent qu’un nombre considérable de très riches ne sont pas imposés. En 2024, 18 525 foyers fiscaux dont le patrimoine était supérieur à 1,3 million d’euros n’avaient pas payé d’IR. Dans les 0,1 % des foyers « disposant des plus importants patrimoines immobiliers », la proportion des foyers ne payant pas d’IR était de 10,2 %, tandis que ce chiffre passait à 14,9 % pour les 0,01 % des foyers les plus riches. La ministre ne pouvait ignorer ces données, elle a donc sciemment menti.