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Brèves

L’actualité en bref

Le ministre de la Fonction publique, Stanislas Guerini, a lancé mardi dernier la concertation autour de son projet de réforme de la fonction publique. Mais dès le lendemain, il affirmait dans Le Parisien vouloir lever « le tabou du licenciement dans la fonction publique ». Cette déclaration n’a pas manqué de faire réagir syndicats et partis de gauche, ces derniers dénonçant le franchissement d’« une ligne rouge ». Car ce qu’a en tête le ministre c’est ni plus, ni moins, la remise en cause de la relative garantie de l’emploi dont jouissent les fonctionnaires. Et pour lui faire remballer son sinistre projet il faudra bien plus que des discussions autour d’une table mais une mobilisation massive dans la rue et sur lieux de travail des premiers concernés.

Cela peut sembler un paradoxe. L’Ordre des médecins – un solide bastion de la médecine libérale – s’inquiète de l’emprise croissante des fonds d’investissement dans la santé par le biais de rachat de laboratoires, de cabinets de radiologie, de centres dentaires… Dans un communiqué, l’Ordre demande aux pouvoirs publics d’intervenir et réclame un nouveau texte pour lutter contre la financiarisation des cabinets médicaux libéraux individuels ou de groupe, en interdisant toute entrée au capital par des fonds d’investissement. Il souhaite que cette interdiction ait un « caractère rétroactif ». Ces fonds financiers sont notamment accusés d’imposer, une fois qu’ils ont la main sur une structure, des exigences de gestion contradictoires avec le bon fonctionnement du système de soins, comme une multiplication des actes et examens particulièrement coûteux. L’Ordre dénonce « la lucrativité pour seule finalité, au détriment de la santé publique ». Une constatation tout à fait exacte. Mais il y a longtemps que les groupes capitalistes ont phagocyté le système de la santé en multipliant les hôpitaux, cliniques et centres médicaux privés, et en pompant l’argent des malades et de la Sécurité sociale par le biais des grands groupes pharmaceutiques. La seule solution au problème serait l’intégration de toutes les structures existantes et de tous les médecins dans un grand service national de santé qui irait de pair avec l’expropriation et la socialisation de l’industrie pharmaceutique. Mais de cela l’Ordre des médecins ne veut évidemment pas en entendre parler.

Le roi de Bahreïn a promulgué un décret pour gracier 1 584 personnes condamnées dans des affaires de droit commun ou pour participation à des manifestations. Cette monarchie du Golfe – étroitement soutenue par l’Arabie saoudite – a la particularité d’avoir à sa tête une famille régnante sunnite dans un pays où les chiites représentant 65 % de la population qui compte 1,5 million d’habitants. En 2011, à l’époque du Printemps arabe, Bahrein avait connu d’immenses manifestations contre la monarchie, principalement menées par la population de confession chiite mais très vite rejointes par toutes les couches de la population. La répression fut féroce et plusieurs milliers de personnes se retrouvèrent derrière les barreaux. Et beaucoup y sont encore.

La Diète japonaise, dominé par le très conservateur Parti libéral-démocrate du Premier ministre Fumio Kishida, vient de voter un budget de 48,3 milliards d’euros consacré à la défense et à l’armement. Un record jamais atteint jusqu’à présent. Pour allouer une telle somme à son armée, le gouvernement de droite n’a pas hésité à couper dans les rares acquis sociaux (notamment la santé et les retraites) de la population, confrontée à une hausse du coût de la vie depuis quasiment deux ans. Et si la Constitution, héritée de la Seconde Guerre mondiale, inscrit la « paix perpétuelle » dans ses objectifs, Kishida s’assoit dessus et ne cesse d’aller plus avant dans sa politique militaire. Il voudrait aujourd’hui une coopération plus étroite avec les États-Unis en créant une grande force militaire intégrée regroupant les forces nippones et les quelque 50 000 soldats américains présents sur l’archipel, notamment à Okinawa. Ces dépenses militaires record viennent aussi exacerber les tensions croissantes sur les mers de Chine orientale et méridionale orchestrées par les rivalités qui opposent la Chine et les États-Unis et leurs alliés au nombre desquels, bien sûr, le Japon.

D’après l’hebdomadaire Le Nouvel Obs, Emmanuel Macron remettrait à Michel Sardou les insignes de grand officier de l’ordre national du Mérite lors d’une cérémonie prévue en juin. La nouvelle a provoqué une certaine indignation à gauche où Sardou est surtout connu comme partisan du colonialisme (Le temps des colonies), de l’école privée (Les deux écoles) ou de la soumission des femmes qu’il a envie « de violer et de les forcer à m’admirer » (Les villes de solitude). Un tel réac méritait bien d’être honoré par le locataire de l’Élysée. Mais il est difficile de distinguer quel est exactement son « mérite ».

Vendredi aura lieu une marche blanche à la mémoire de Shamseddine, un collégien de 15 ans passé à tabac non loin de son établissement puis tué par quatre autres jeunes qui lui reprochaient de nuire à la réputation d’une jeune fille de 14 ans. Parmi les agresseurs deux étaient les frères de cette adolescente qui aurait échangé avec la victime des messages portant sur des questions de sexualité. Le tabassage qui a suivi était destiné à donner une leçon à celui qui aurait porté atteinte à « l’honneur » de la jeune fille, donc de sa famille. Une conception qui donne le droit aux hommes – grands frères, pères ou maris – de contrôler la vie des femmes et de décider pour elles ce qui est ou n’est pas convenable. Pour les défendre les avocats des meurtriers parlent souvent de « crimes d’honneur ». Mais de quel honneur s’agit-il qui justifie les comportements machistes et sexistes pouvant aller jusqu’au crime ?

Après avoir cédé aux producteurs de betteraves et d’endives du Nord-Pas-de-Calais en accordant de nouvelles dérogations pour l’utilisation de pesticides considérés comme dangereux pour la santé, la ministre déléguée à l’Agriculture, Agnès Pannier-Runacher, vient de faire de même à l’égard des riziculteurs de Camargue. Elle a autorisé la mise sur le marché de l’Avanza, un pesticide considéré par les scientifiques comme « très toxique pour les organismes aquatiques » et entrainant « des effets néfastes à long terme ». Une décision qui a indigné non seulement les écologistes mais aussi des maires – dont certains de droite – qui craignent la pollution des nappes phréatiques et de l’eau consommée sur place. Pour autant le gouvernement n’envisage pas « à ce stade » de revenir sur la dérogation accordée, car il s’agirait d’un « produit vraiment nécessaire pour les riziculteurs de la Camargue » en butte, parait-il, à la concurrence des riziculteurs d’Inde et du Pakistan soumis à moins de contraintes. Avec de tels raisonnement l’agriculture polluée et polluante a encore de beaux jours devant elle.

L’Arabie saoudite va présider en 2025 la Commission des droits de la femme de l’ONU. La décision a été prise sans qu’aucun État ne s’y oppose. Selon ses statuts ladite commission est un « organe de décision politique mondiale exclusivement dédié à la promotion de l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes ». Or c’est un domaine où le royaume wahhabite a un des pires bilans à l’échelle de la planète. Ce qui fait dire à Louis Charbonneau, directeur d’Human Rights Watch : « Un pays qui emprisonne les femmes simplement parce qu’elles se battent pour leurs droits ne peut pas devenir le visage de la Commission pour les droits des femmes et l’égalité de genres de l’ONU. ? » En 2022 le Forum économique mondial plaçait la pétromonarchie à la 127e place sur 146 en matière d’égalité hommes-femmes dans le monde. Pas de quoi rehausser la crédibilité de l’ONU et de ses organisations. Enfin, dernier exemple en date, l’ONG Amnesty International demande la libération de Manahel el Otaibi, 30 ans, qui doit être jugée pour avoir diffusé sur Snapchat des photos d’elle sans abaya, vêtement qui couvre l’ensemble du corps, et des publications défendant les droits des femmes sur des réseaux sociaux.

En tentant de fuir l’épidémie de choléra qui touche leur province de Nampula, la région la plus affectée du pays, 97 personnes (dont de nombreux enfants) sont mortes dans le naufrage d’un bateau de pêche qui tentait de gagner l’île principale du pays. Le Mozambique, un des pays les plus pauvres du monde, a enregistré depuis octobre près de 15 000 cas de cette maladie transmise par l’eau souillée et 32 personnes en sont mortes. La maladie s’est répandue du fait des conditions d’hygiène déplorables dans lesquelles est contrainte de vivre la majorité de la population mais surtout aussi du manque de structures médicales et de médicaments. À cela se sont ajoutées des rumeurs alarmistes qui ont provoqué la panique chez beaucoup. Pourtant le choléra est une maladie que l’on sait traiter et guérir dans les pays… qui en ont les moyens. Ce n’est pas le choléra qui a tué ces 97 personnes, mais les conditions économiques et sociales effroyables qui ont permis à l’épidémie de prospérer.