Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Sur TF1 et France 2, 7,3 millions de personnes ont regardé la conférence de presse du président de la République qui était, parait-il, « un grand rendez-vous » avec le peuple, susceptible de « relancer » son quinquennat. Avec les chaînes info, on arrive à 8,7 millions de téléspectateurs. On est très loin des audiences des précédentes allocutions présidentielles. Pendant le Covid, il avait rassemblé plus de 20 millions de téléspectateurs pour leur faire des annonces sur le confinement. Encore le 31 décembre dernier, Macron était regardé par plus de 10 millions pour ses vœux. Ce qui traduit la désillusion d’une grande partie de l’opinion, fatiguée d’entendre toujours les mêmes déclarations réactionnaires.

Le tribunal correctionnel de Niort a condamné trois militants écologistes qui avaient organisé à Sainte-Soline, le 25 mars 2023, des manifestations anti-bassines, ces réserves d’eau artificielles destinées à l’agriculture intensive. Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci, a pris un an avec sursis et une interdiction de paraître à Sainte-Soline et Mauzé-sur-le-Mignon pendant trois ans. Joan Monga et Nicolas Garrigues, deux membres du collectif Les soulèvements de la Terre, ont récolté respectivement neuf mois et six mois de prison avec sursis. Six autres personnes ont reçu des amendes. Pour rappel, début juillet 2023, le rapport des Observateurs des libertés publiques et des pratiques policières avait fustigé, lors de ce rassemblement, une stratégie délibérée d’affrontement de la part des pouvoirs publics, l’usage d’armes de guerre et des entraves dans le secours aux blessés. Mais aucun policier n’a jamais été inquiété.

Depuis 1971, d’éminents représentants de l’oligarchie économique et politique se réunissent à Davos, une station de sports d’hiver perchée au cœur des Alpes suisses, pour méditer sur les désordres du monde. Cette année, plus de 800 chefs d’entreprise et 60 chefs d’État et de gouvernement plancheront jusqu’au 19 janvier notamment sur la meilleure manière de « coopérer dans un univers fracturé »… à condition bien sûr de ne pas toucher à leurs profits. À cette occasion l’ONG Oxfam a publié un nouveau rapport dénonçant le doublement du patrimoine des cinq plus grandes fortunes du monde depuis 2020. Portés par une envolée des cours boursiers, les ultra-riches voient d’année en année leur poids financier grandir à la faveur de leur participation au capital de multinationales. Pendant ce temps, le patrimoine et les revenus cumulés de cinq milliards de personnes ont reculé. Outre le démantèlement des monopoles privés et le plafonnement de la rémunération des PDG, Oxfam appelle à mettre en place un impôt sur la fortune des multimillionnaires et des milliardaires, qui pourrait rapporter jusqu’à 1 800 milliards de dollars par an. Des vœux pieux qui n’ont aucune chance de se réaliser… sauf de façon très symbolique. Car les exploiteurs ne rendront gorge que contraints et forcés.

Qui a dit que l’Union européenne était impuissante face à la guerre ? Elle veut démontrer le contraire en agissant. Ou du moins en faisant semblant. Elle vient d’ajouter le chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinouar, à sa liste d’éléments « terroristes ». Il est désormais soumis au gel de ses fonds et autres avoirs financiers dans les États membres de l’UE, tandis qu’il est interdit aux opérateurs de l’UE de mettre des fonds et des ressources économiques à sa disposition. Quant à faire figurer sur cette liste les dirigeants israéliens qui siègent aux côtés de Netanyahou et qui sont responsables de dizaines de milliers de morts civils, l’UE dans sa grande sagesse n’a pas l’intention de le faire. Ce qui n’étonnera personne.

La maternité Jeanne-de-Flandre du CHRU de Lille est la plus grande de France métropolitaine avec plus de 5000 naissances par an. Mais depuis plusieurs semaines, par manque de personnel médical, les futures mamans sont transférées dans d’autres hôpitaux (Roubaix, Valenciennes, Arras, Lens, Seclin…) mais aussi jusqu’à Charleroi, en Belgique. Jusqu’à présent, ces transferts avaient surtout lieu l’été, lorsqu’une partie du personnel était en congé, mais désormais ils sont quotidiens. « L’hôpital fonctionne à flux tendu, on paie les pots cassés d’une absence de politique volontariste en matière de moyens » a déclaré Matthieu Collart, secrétaire général de la CGT au CHU à France Bleu. Et ce n’est malheureusement pas le seul établissement hospitalier dans ce cas.

La promesse du Premier ministre Gabriel Attal d’un budget « historique » sur cinq ans pour l’hôpital public a choqué tout le secteur de la santé. Et pour cause. L’annonce d’un « investissement de 32 milliards supplémentaires » pour le secteur de la santé n’avait pas grand-chose d’inédit. Car cela correspond en réalité à la hausse du budget de la branche maladie qui a été adoptée dans la dernière loi de financement de la Sécurité sociale. Et elle ne concerne pas seulement les hôpitaux mais aussi la médecine de ville. Dans un communiqué le syndicat d’anesthésistes SNPHAR-E constate « l’absence de nouveauté » et poursuit qu’il est « d’ores et déjà admis que cette hausse programmée du budget de la santé sera insuffisante, la hausse naturelle des dépenses de santé étant supérieure ». Quant au président de l’Association des médecins urgentistes, Patrick Pelloux, il a dénoncé un simple « coup de com ». Une méthode de gouvernement dont Macron est un habitué.

La Cour de cassation a définitivement validé la mise en examen pour « complicité de crimes contre l’humanité et financement de terrorisme » de l’entreprise Lafarge, qui a maintenu une cimenterie en Syrie jusqu’en 2014 malgré la présence de jihadistes. Le groupe, désormais filiale de la holding suisse Holcim, est soupçonné d’avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria, plusieurs millions d’euros à des groupes jihadistes, dont l’organisation État islamique, ainsi qu’à des intermédiaires, afin de maintenir l’activité d’une cimenterie à Jalabiya, alors même que le pays s’enfonçait dans la guerre. De ce site mis en service en 2010, qui lui avait coûté plusieurs centaines de millions d’euros, Lafarge avait exfiltré ses employés de nationalité non-syrienne en 2012. Mais l’entreprise avait continué à faire travailler les autres jusqu’en septembre 2014, alors même qu’ils étaient exposés aux risques d’extorsion et d’enlèvement. La ligne de défense de Lafarge est simple : les affaires sont les affaires et il s’agissait de rentabiliser son investissement jusqu’au bout, même en risquant la peau de ses salariés.

En deux heures et quart de blabla insipide pour lesquelles il avait mobilisé simultanément toutes les chaînes publiques de télévision, Emmanuel Macron a annoncé comment il espère couper l’herbe sous les pieds du Rassemblement national aux prochaines élections. Trois points au programme.
Travail : s’en prendre aux chômeurs avec « des règles plus sévères quand des offres d’emplois seront refusés ». C’est déjà fait, mais il veut encore aggraver.
Famille : les femmes en France ne font plus assez d’enfants, pour le « réarmement démographique » et « lutter contre le fléau » de l’infertilité par un « nouveau congé de naissance » pendant six mois. Ça évitera de créer plus de crèches.
Patrie : La Marseillaise dans toutes les écoles dès le premier âge, et pourquoi pas un uniforme pour les élèves.
Sans oublier un coup de lèche aux « classes moyennes ». Les pauvres il s’en fout, elles ne voteront de toute façon pas pour lui.

Une femme et ses deux enfants sont morts noyés près d’Eagle Pass, sur le Rio Grande, le fleuve marquant la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Le gouverneur républicain de l’État, Greg Annott, avoir ordonné à la police texane d’empêcher par tous les moyens la police fédérale des frontières de porter secours aux migrants en difficulté. C’est le même Abbott qui a fait installer au milieu du fleuve des barrages flottants équipés de scies circulaires pour empêcher les migrants de gagner la rive nord-américaine. Ce drame est le dernier en date d’une longue série. On ne connait pas encore les chiffres définitifs pour 2023 mais en 2022, selon l’Agence de l’ONU pour les migrations, 686 personnes étaient mortes ou portées disparues en essayant de franchir cette frontière, réputée être une des plus meurtrières au monde.