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Brèves

L’actualité en bref

Nouvelle offensive du patronat. Sa principale organisation, le Mouvement des entreprises de France (Medef), a proposé la création d’un nouveau type de CDI, « pouvant être rompu sans motif pendant les premières années », avec « une indemnisation croissante en lien avec l’ancienneté du salarié en cas de rupture ». Or le CDI est censé offrir une certaine sécurité de l’emploi, notamment en limitant les possibilités de rupture sans motif. C’est à cela que veut mettre fin le Medef. L’organisation patronale suggère également de regarder du côté du Smic, « qui peut parfois constituer un frein à l’emploi pour les primo-entrants ». Elle préconise en outre pour un « public cible » dans une « durée limite » et « potentiellement par la négociation collective », « d’adapter ce niveau de rémunération », dans une logique « d’incitation à l’embauche et d’adéquation entre le niveau de rémunération et les compétences de primo-entrants. » Ce qui signifie en langage clair que les nouveaux embauchés pourraient être payés en dessous du Smic. De plus, le syndicat patronal suggère d’abaisser, « en deçà d’un certain âge », la durée minimale des contrats à temps partiel, de supprimer les délais de carence entre deux CDD ou encore d’augmenter leur durée légale. Autant de mesures vues par la CGT comme une « déclaration de guerre aux jeunes et aux salariés ». Ce qu’elles sont effectivement.

À l’appel d’Alliance, le premier syndicat de la profession policière, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Paris et dans une vingtaine de villes en soutien aux forces de police et de gendarmerie. Alliance a revendiqué 45 000 manifestants au total dont 15 000 à 20 000 à Paris, 1 500 à Lyon, 400 à Lille et 400 à Marseille… Quant aux autorités, qui en règle générale divisent par deux ou trois le nombre de participants lorsqu’il s’agit de manifestations appelées par la gauche, l’extrême gauche ou les syndicats, elles ont fait preuve cette fois d’une extrême pudeur en se refusant à communiquer tout chiffrage national. Au sein des différentes manifestations on notait sans surprise la présence de personnalités de droite et d’extrême droite : Sarah Knafo, Thierry Mariani, Marion Maréchal Le Pen, Christian Estrosi, Éric Ciotti, etc. Scandant des slogans comme « Sans police c’est le chaos », « All cops are heroes » (Tous les flics sont des héros) et « L’impunité fabrique des criminels », les manifestants n’ont, bien sûr, pas eu un mot pour dénoncer la violence policière au quotidien ou les meurtres des jeunes tués par les nervis en uniforme. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, depuis 2017, 12 500 emplois ont été créés dans les forces de sécurité intérieure, les crédits immobiliers ont été multipliés par deux et 19 000 véhicules achetés. De plus le budget 2026 prévoit une nouvelle augmentation des crédits. L’État gâte sa police… qui en demande toujours plus.

Le ministère de l’Agriculture a décidé de diviser par deux le seuil limite de céréulide autorisé dans les laits infantiles. La céréulide est la toxine responsable de la contamination de ces produits pour bébés. Elle provient d’une huile riche en oméga-6 produit par un fournisseur d’ingrédient chinois Cabio Tech auprès duquel s’approvisionnent tous les groupes touchés par le scandale (Nestlé, Danone, Lactalis et Vitagermine). Le ministère a déclaré dans un communiqué : « La protection de la santé des nourrissons constitue la priorité absolue des autorités sanitaires. » Fort bien. Mais les décisions annoncées arrivent un peu tard, les premières alertes datant de la fin novembre 2025. Deux longs mois pendant lesquels les ministères de l’Agriculture et de la Santé ont laissé faire les industriels du secteur.

Selon le Washington Post, l’administration Trump est en train d’acheter d’anciens entrepôts industriels, dans 23 villes, pour les transformer en centre de détention pour migrants, gérés par l’ICE. Au total 80 000 personnes pourraient y être enfermées simultanément, dans l’attente de leur expulsion. Dans certaines de ces villes (toutes ne sont pas encore connues), la population et les conseils municipaux se sont déclarés opposés à ce projet. Le maire de Kansas City (Missouri), où l’ICE doit transformer un entrepôt vide en centre de détention pour 7500 migrants, a déclaré lors d’une interview : « Je ne suis pas certain que ce type de détention soit humain. » C’est le moins que l’on puisse dire ! Espérons que l’exemple de Minneapolis fasse tache d’huile et que les rues des États-Unis se remplissent pour faire entendre leur voix contre l’ignoble politique raciste de Trump et de sa bande de criminels.

Après Montpellier, Marseille, Nantes et Avignon, plusieurs responsables écologistes de Paris s’apprêtent à rompre avec leur parti en rejoignant la liste de la France insoumise aux élections municipales des 15 et 22 mars prochains. 400 d’entre eux ont publié sur Mediapart une tribune intitulée Municipales 2026 : à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture. La secrétaire nationale des Verts, Marine Tondelier, a menacé les signatures d’exclusion. En fait le débat entre écologistes dits radicaux et écologistes dits réalistes se réduit à une seule question : a-t-on plus de chances de conserver ou de gagner plus de sièges en s’alliant avec Jean-Luc Mélenchon qu’avec Olivier Faure ? La planète retient son souffle…

La dernière enquête du magazine de France 2 Cash Investigation sur le périscolaire a provoqué des réactions « indignées » chez différents candidats à la mairie de Paris. Cette enquête a mis en évidence les graves défaillances dans le périscolaire en général et dans la capitale en particulier, notamment des comportements inacceptables de quelques animateurs. L’émission s’est intéressée aux conditions de travail des animateurs, a pointé les faibles rémunérations, les temps partiels subis et les emplois du temps hachés. Surtout, elle a présenté des témoignages de parents dont les signalements de comportements suspects des personnes en contact avec les enfants n’ont pas été pris en compte, mais aussi l’absence de cadre de recrutement… Une réalité connue depuis des années sans que les autorités, municipales ou autres, n’interviennent pour changer les choses, souvent faute de moyens humains et, surtout, financiers. Mais aussitôt Rachida Dati (Les Républicains) à droite, Pierre-Yves Bournazel (Horizons) au centre, et à gauche Sophia Chikirou (la France insoumise) et Emmanuel Grégoire (Union de la gauche) ont promis de changer les choses… s’ils étaient élus. Il n’y a plus qu’à les croire.

C’est à l’unanimité que l’Assemblée nationale a voté de supprimer la notion de « devoir conjugal » du droit. Il est intéressant de noter que cette notion – que l’on pourrait résumer en l’obligation pour la femme d’accepter des relations sexuelles dans le cadre du mariage – n’a jamais existé dans le Code civil. Elle a été inventée de toutes pièces par des juristes sexistes qui l’ont introduit dans le droit via la jurisprudence. Comme l’écrivaient les auteurs de la proposition de loi l’abolissant : « Le droit français a légalisé le fait d’avoir des relations sexuelles sous contrainte sous la menace d’un divorce pour faute. » En 2019 d’ailleurs un homme avait, pour ce motif, obtenu le divorce aux torts exclusifs de sa femme. Que la formule « devoir conjugal », qui suintait la misogynie, disparaisse, personne ne s’en plaindra. Mais le combat pour imposer une égalité complète entre les hommes et les femmes dans le droit, mais aussi dans les mœurs et la vie courante, est loin d’être terminé.

Les pays de l’Union européenne se sont mis d’accord, à l’unanimité, pour désigner les gardiens de la révolution islamique comme « organisation terroriste ». Ils ont aussitôt été félicités par Israël pour avoir pris une « décision historique ». Et c’est là que le bât blesse. Que la milice aux ordres du guide suprême iranien soit composée d’assassins qui massacrent, torturent, mutilent, violent et arrêtent à tout de bras est une évidence. Mais le nombre de leurs victimes est sans commune mesure avec ceux de l’armée israélienne qui, elle aussi, massacre, torture, mutile, viole et arrête. La différence : Israël est résolument dans le camp impérialiste, comme l’Union européenne, alors que l’Iran montre des velléités de résistance. C’est pourquoi Bruxelles condamne les premiers et soutient la seconde en sous-main.

Deux journalistes du quotidien israélien Haaretz, Yazniv Kubovich et Nir Hasson, ont obtenu confirmation auprès de l’armée que cette dernière avait fait plus de 71 000 victimes directes dans le territoire palestinien, non compris les dizaines de milliers de morts enfouis sous les décombres et les décès causés par la famine, l’absence de médicaments ou de matériel médical. Jusqu’à présent des chiffres similaires avaient été avancés par le ministère gazaoui de la Santé et les agences de l’ONU, mais disqualifiés par le gouvernement Netanyahou comme simple « propagande du Hamas ». Selon des experts internationaux, le nombre total des victimes, toutes causes confondues, devrait avoisiner les 200 000. Et chaque jour le massacre continue.