Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Certaines grandes entreprises profitent de leurs profits record pour racheter leurs propres actions, les annuler ensuite et faire ainsi automatiquement monter leur cours en Bourse pour le grand bonheur des actionnaires. On estime qu’entre le début de l’année et la fin septembre elles ont dépensé 23,3 milliards d’euros pour procéder à ces rachats. Un montant équivalent à ceux enregistrés en 2021 et 2022. En tête, selon Les Échos, TotalEnergies (5,7 milliards d’euros) suivi de BNP Paribas (3,5 millards), Axa (1,6 milliard), LVMH (1,5 millard) et Stellantis (1,2 milliard). Bien entendu, cette pratique ne rapporte rien aux salariés. Mais Macron a promis d’y mettre bon ordre. Le 22 mars dernier il déclarait à la télévision qu’il allait obliger les grands patrons à verser « une contribution exceptionnelle » à leurs salariés pour que ces derniers puissent eux aussi profiter de l’aubaine. Et depuis… rien. Le projet de budget de 2024 qui vient d’être adopté ne contient aucune mention d’une telle mesure. Un oubli ?

La Première ministre, Sheikh Hasina, a refusé toute nouvelle hausse du salaire minimum des ouvriers du textile qui continuent d’exiger qu’il soit quasiment triplé, après plus de dix jours de manifestations et de heurts avec la police. Mardi dernier le comité du salaire minimum du secteur textile avait décidé d’augmenté de 56,25 % le salaire mensuel de base des quatre millions d’ouvriers du secteur, le portant à 12 500 takas (104 euros). Ce montant a été jugé « ridicule » et aussitôt rejeté par les syndicats qui demandent de faire passer le salaire minimum mensuel de 8 300 takas (70 euros) à 23 000 takas (190 euros). Au moins trois ouvriers sont morts et plusieurs centaines d’autres ont été blessés ou arrêtés en un peu plus de dix jours de manifestations alors que 70 usines ont été saccagées. Les quelque 3 500 usines textiles du pays, employant majoritairement des femmes, produisent 85 % des 51 milliards d’euros d’exportations annuelles et fournissent de nombreuses grandes marques mondiales, comme Levi’s, Zara (groupe Inditex) ou encore H&M. Le Bangladesh est le deuxième exportateur mondial de vêtements derrière la Chine. 

Bonne nouvelle : le pays s’est doté d’un « Centre de lutte contre la désinformation ». Mauvaise nouvelle : il est directement rattaché à la direction de la communication du président Erdoğan et sert surtout à poursuivre et à faire taire toute critique à l’égard du gouvernement, de la présidence et des pouvoir publics. Ces derniers ont ainsi fait poursuivre et arrêter coup sur coup trois journalistes qui avaient enquêté sur les pots-de-vin versés au sein du palais de justice d’Istanbul, deux autres qui avaient mis en ligne une vidéo montrant des gendarmes volant des tentes à des réfugiés au lendemain du tremblement de terre de février dernier et un sixième qui avait dévoilé les liens entre les grands entreprises du bâtiment et l’AKP, le Parti de la justice et du développement, la formation islamiste qui est celle du président. Et les malheureux risquent jusqu’à trois ans de prison pour propagation « d’informations trompeuses » , voire « l’intention de susciter l’inquiétude, la peur ou la panique au sein de la société ». En résumé, en Turquie, tout va bien et ceux qui s’inquiètent de l’inflation qui frôle les 60 %, qu’une fraction croissante de la population tombe sous le seuil de pauvreté, que nombre de victimes des récents tremblements de terre attendent toujours d’être réellement prises en charge, que régulièrement l’armée bombarde les régions kurdes et que nombre d’opposants sont muselés sont des suppôts de la « désinformation ». Les autres des soutiens d’Erdoğan.

Le Forum social du Comité des droits de l’homme de l’ONU vient de se dérouler pendant deux jours à Genève. Il était présidé… par l’Iran qui actuellement pratique en moyenne deux pendaisons par jour. Mais parmi ses 47 autres membres, élus par l’Assemblée générale pour leur « contribution à la promotion et à la protection des droits de l’homme » on compte aussi des régimes familiers des exécutions capitales comme la Chine, l’Arabie saoudite, la Russie, la Libye, etc. L’ONG « UN Watch » (Veille ONU), qui se donne pour but de veiller à ce que l’organisation internationale respecte sa propre charte, avait lancé une pétition pour demander que cette présidence ne soit pas confiée à « un régime qui bat, aveugle, torture et viole les femmes qui revendiquent leurs droits ». Sans effet. L’ONU ne va pas s’émouvoir pour si peu.

Chroniqueuse sur Cnews, Céline Pina a établi un parallèle entre les enfants israéliens massacrés par les terroristes du Hamas le 7 octobre dernier et les enfants palestiniens tués par les bombardements aériens et terrestres de l’armée israélienne. Et d’expliquer : « Une bombe […] tuera sans doute des enfants, mais ces enfants ne mourront pas en ayant l’impression qu’en face d’eux l’humanité a trahi tout ce qu’ils étaient en droit d’attendre. » Malheureusement pour eux les enfants palestiniens morts sous les bombardements n’ont pas eu le temps d’apprécier la chance qu’ils avaient de perdre la vie aux mains d’une armée parfaitement sophistiquée plutôt qu’à celles d’islamistes fanatisés. Cette comparaison macabre et scandaleuse avait déjà été faite il y a quelques jours par la journaliste Caroline Fourest.

C’est l’une des rares voix francophones de la bande de Gaza. Waleed Aboudipaa, 38 ans, a étudié puis enseigné le français à l’université Al-Azhar pendant dix ans, avant de fonder la première école francophone à Rafah en 2016. Il y a quatre ans, ce père de trois enfants (actuellement réfugiés en Turquie avec leur mère) décide de s’installer dans le Nord pour perfectionner son français et terminer ses études. Grâce à une bourse de l’ambassade de France, il s’inscrit à un master de linguistique fondamentale à l’université de Lille. Aujourd’hui le préfet du Nord vient de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour et veut le renvoyer à Gaza où il a perdu trois membres de sa famille lors d’une précédente guerre en 2014. Le seul fait qu’il soit Palestinien suffit à justifier l’arbitraire à son égard et la délivrance d’une mise en demeure de quitter le territoire français. Une pétition de soutien à Waleed a été mise en ligne et a déjà recueilli près de 15 000 signatures. Lien pour la signer.

Dix salariées, techniciennes et cadres syndiquées à la CGT, ont fait condamner des sociétés du groupe STMictroelectronics pour discrimination sexuelle dans l’évolution de carrière et de salaire, devant la cour d’appel de Grenoble. Elles pointaient du doigt des salaires systématiquement plus bas que ceux des hommes, parfois dès l’embauche, une évolution de carrière plus lente, freinée dans certains cas par la maternité, et des femmes largement moins nombreuses dans les grades les plus élevés de l’entreprise. Ces affaires ont été traitées ensemble devant les prud’hommes puis la cour d’appel. Dans ces dix arrêts, la discrimination « générale » (ou systémique) est retenue et toutes les salariées ont obtenu gain de cause pour un total de plus de 815 000 euros de dommages et intérêts en cumulé. Une première victoire qui en appelle d’autres.

Le Conseil d’État vient d’annuler la dissolution du mouvement écologiste des Soulèvements de la Terre » (SLT) donnant ainsi tort à Gérald Darmanin qui les avait qualifiés d’ « écoterroristes ». Aussitôt les SLT ont mis en ligne un clip ironique inspiré du dessin animé Bip Bip et Coyote et tournant en ridicule le ministre de l’Intérieur. Mais, plus sérieusement, ils ont publié un communiqué affirmant : « Nous allons multiplier les blocages, les occupations et les désarmements pour défendre la terre et l’eau comme communs », citant notamment les chantiers contre l’A69 à Castres, et la construction d’une mégabassine en Limousin. Darmanin n’a pas fini d’entendre parler d’eux.

Lundi soir à 19 heures 45 une grève a éclaté dans le port de Hambourg face à la décision d’une privatisation partielle du port de Hambourg par le géant suisse MSC. 200 travailleurs se sont alors mis en grève face à cette situation qui fait craindre des baisses de salaires, des dégradations des conditions de travail ainsi que des licenciements, quand bien même la direction promet de geler tout licenciement. Les grévistes refusent les accords secrets passés entre la direction du port et le gouvernement hambourgeois avec MSC faits dans leur dos et contre leurs intérêts.

Cette lutte est qualifiée de « sauvage » parce que l’action syndicale n’est permise que pour réclamer des augmentations de salaire : comme l’expriment les travailleurs en grève sur leurs banderoles c’est « leur port, pas le casino » des capitalistes ! Cette grève spontanée a été reconduite mardi 7 novembre et sera suivie d’une manifestation samedi 11 novembre.