Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Alors qu’en Allemagne un abonnement à 49 euros mensuels permet des voyages illimités, la direction de la SNCF, consciente des prix prohibitifs du TGV, fait désormais crédit sur les billets qui deviennent payables en trois fois. Alma, le partenaire financier, impose évidemment des frais pour ce « service ». Faudra-t-il bientôt hypothéquer sa maison pour prendre le train ?

La frontière entre les États-Unis et le Mexique a été la « route migratoire terrestre la plus dangereuse au monde » en 2022, avec 686 morts ou disparus recensés, selon un rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ce chiffre représente près de la moitié des 1 457 migrants morts et disparus recensés sur le continent américain l’an dernier, année la plus meurtrière depuis que le Projet migrants disparus de l’OIM a débuté en 2014.
Sur ce nombre de victimes, 100 étaient des femmes, 454 des hommes, 31 des mineurs et 83 de sexe et d’âge indéterminés. Les principales causes de décès le long de l’immense frontière entre les deux pays étaient la noyade (212), les accidents en véhicules ou les morts dues à un transport dangereux (71), les conditions climatiques extrêmes et l’absence d’un abri, de nourriture et d’eau (156). La plupart des migrants venaient du Mexique, du Guatemala et de Cuba. Les États-Unis ont considérablement renforcé le contrôle de cette frontière, le gouverneur du Texas allant même jusqu’à installer au milieu du Rio Grande, le fleuve frontalier, des barrages flottants équipés de scies circulaires au risque de mutiler, voire de tuer, celles et ceux qui tentent le passage. Un monde barbare !

333 millions d’enfants vivent toujours en situation d’extrême pauvreté à travers le monde, selon un rapport de l’Unicef et de la Banque mondiale. C’est ainsi qu’un enfant sur six vit avec moins de deux euros par jour. L’extrême pauvreté concerne même 40 % des enfants en Afrique subsaharienne, le pourcentage le plus élevé. Contrairement aux autres régions du la planète, qui ont toutes enregistré ces dernières années un certain déclin de la pauvreté infantile, l’Afrique subsaharienne l’a vu grimper, poussée par la croissance démographique rapide, le Covid-19 et les catastrophes liées au climat. « Un monde dans lequel 333 millions d’enfants vivent dans une pauvreté extrême – privés non seulement de leurs besoins fondamentaux, mais aussi de dignité, d’opportunités ou d’espoir – est tout simplement intolérable », a déclaré la directrice générale de l’Unicef, Catherine Russell. Et elle a raison. Mais les appels répétés des différentes agences de l’ONU aux dirigeants politiques pour qu’ils prennent conscience du problème et agissent en conséquence ont peu de chance d’être entendus. Car cette pauvreté, qu’elle touche les enfants ou le reste de la population, en inhérente au système capitaliste lui-même. Et ce dernier n’est pas prêt à se faire hara-kiri pour résoudre la question.

Les économistes Julia Cagé et Thomas Piketty accusent la présidente (PS) de la région Occitanie, Carole Delga, d’avoir « instrumentalisé » leur dernier livre, Une histoire du conflit politique, pour défendre la très controversée autoroute A69 entre Toulouse et Castres. Rappelons que cette future autoroute est vigoureusement contestée par des associations écologistes et une partie de la population locale. Pour la mener à bien, sur une longueur de 53 kilomètres, il faudra en effet sacrifier 366 hectares de cultures, vignobles et prairies, 20 hectares de zones humides et abattre 224 grands arbres. Pour justifier sa position, Delga s’appuie sur cette citation de l’ouvrage : « Il paraît indispensable de placer au cœur de l’analyse le très fort sentiment d’abandon qui s’est développé depuis les années 1980/1990 au sein des bourgs et des villages, pour ce qui est de l’accès aux services publics et aux infrastructures de transports […], avant tout au bénéfice des urbains. » Julia Cagé lui a vertement répondu : « Oui, nous rappelons dans nos travaux qu’il est important que tous les territoires puissent bénéficier d’un accès aux services publics, y compris aux infrastructures de transport. Mais nous insistons sur l’importance du train et des transports en commun, et non des autoroutes », écrit-elle, avant d’ajouter : « Surtout, en aucun cas nous ne cautionnons l’artificialisation des sols et l’expropriation des agriculteurs, et encore moins le non-respect de la démocratie locale et des décisions de justice. » C’est ce qu’on appelle se faire tailler un costard…

Depuis des mois, les grands groupes de la distribution pratiquent le « shrinkflation ». Il s’agit d’une pratique – dont le nom est emprunté à l’anglais « shrink », rétrécir, et inflation – qui consiste à conserver les anciens emballages en mettant moins de produits à l’intérieur (des bonbons aux tranches de jambon en passant par les couches culottes ou les pâtes…) tout en maintenant le même prix, voire en l’augmentant. Interpellé sur cette question – qui s’apparente à un abus de confiance du consommateur – le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, qui s’est réveillé un peu tard, a promis « de taper du poing sur la table ». Et d’ajouter : « Toutes les dispositions réglementaires et législatives nécessaires seront prises pour que les changements de contenu soient affichés en rayons de manière lisible », en se gardant bien de préciser quelles seront ces dispositions et les sanctions afférentes. C’est une vieille habitude chez lui de faire des déclarations fracassantes jamais suivies d’effet. Pas de quoi faire trembler les conseils d’administration de Carrefour, Leclerc, Intermarché et autres distributeurs.

La chaîne de magasins de cosmétiques et parfumeries Sephora est dans le collimateur de la droite et de l’extrême droite. En cause : un clip promotionnel qui fait le portait de Kadija, 26 ans, une footballeuse musulmane, membre de l’équipe des Hijabeuses qui toutes portent le voile islamique (hijab). « Nous les avons suivies, de leur routine beauté jusque sur le terrain de football » indique le clip. Éric Ciotti, le patron des Républicains dénonce le voile islamique et appelle au « boycott » de la marque. Position partagée par le député Debout la France Nicolas Dupont-Aignan et par le porte-parole du Rassemblement national, Julien Odoul. Jusqu’à présent, on n’avait guère vu les tenants de la droite et de l’extrême droite cléricale et réactionnaire se préoccuper beaucoup de la dignité des femmes, voilées ou non, dont les corps sont pourtant utilisés, exploités et asservis à longueur de publicité dans des spots allant des voitures à la lessive en passant par les boissons ou les meubles. Un combat contre une forme d’asservissement qu’il faut mener mais dont ils sont absents. Car pour eux, toute cette affaire n’est qu’un nouveau prétexte pour étaler leur islamophobie.

Les grands groupes internationaux intensifient l’extraction du cobalt et du cuivre dans le pays. Ces métaux, dont la demande a explosé ces dernières années, sont essentiels à la production de batteries rechargeables, utilisées notamment pour les voitures électriques et considérées comme un pilier de la transition verte. Selon Amnesty International, l’expansion des mines industrielles de cobalt et de cuivre a conduit à l’éviction forcée de plusieurs centaines d’habitants dans la province de Lualaba, dans le sud du pays, et en particulier dans la ville minière de Kolwezi, où plusieurs milliers d’habitations sont menacées. De plus l’exploitation des mines artisanales fait de plus en plus appel à de la main d’œuvre infantile. Dans son nouveau rapport sur la question, Amnesty International estime que « la justice climatique exige une transition juste », rappelant que la décarbonation de l’économie mondiale « ne doit pas engendrer de nouvelles violations des droits humains ». Pourtant laisser cette transition entre les mains des capitalistes sera tout sauf juste et engendrera à coup sûr de nouvelles violations des droits humains. Et la République démocratique du Congo n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Un ensemble d’universitaires, d’écrivains, d’artistes, mais aussi militants palestiniens et gens de tous milieux ont ferment condamné les commentaires du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à propos du génocide juif mené par l’Allemagne nazie. Il a proféré il y a quelques jours, devant un parterre de dirigeants du Fatah, une série de propos sur Hitler, les Juifs et le génocide, quelque peu confus et décousus, mais dont on peut à bon droit considérer qu’ils caractérisent les préjugés nauséabonds de leur auteur. Dans une tribune publiée sur le site de Mediapart, les signataires affirment : « Le génocide est né de l’antisémitisme, du fascisme. Le peuple palestinien souffre suffisamment du fardeau du colonialisme israélien, sans avoir à supporter les narratifs ignorants et antisémites propagés par ceux qui prétendent parler en notre nom… Nous rejetons catégoriquement toute tentative de réduire, déformer ou justifier l’antisémitisme, les crimes nazis contre l’humanité ou le révisionnisme historique vis-à-vis de l’Holocauste. » Et de conclure : « Resté au pouvoir près d’une décennie après l’expiration de son mandat présidentiel, qui a pris fin en 2009, soutenu par les forces occidentales et pro-israéliennes qui cherchent à perpétuer l’apartheid israélien, Abbas et son entourage politique ont perdu tout crédit dans la représentation du peuple palestinien et de notre lutte pour la justice, la liberté et l’égalité, une lutte qui s’inscrit contre toute forme de racisme et d’oppression systémiques. »

En juillet dernier, la Ligue des droits de l’homme avait porté plainte contre Bruno Retailleau, élu vendéen et président du groupe Les Républicains à la Chambre, pour ses déclarations racistes pointant « une sorte de régression vers les origines ethniques » dans les banlieues, dans le contexte des émeutes ayant suivi la mort de Nahel tué par un policier. Eh bien, il vient de récidiver sur Sud Radio en vantant cette fois « les belles heures » de l’époque de la colonisation. Les cinq cent mille morts des guerres d’Indochine, le million de morts de celle d’Algérie et bien autres exemples illustrent sinistrement ces « belles heures ».