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Brèves

L’actualité en bref

102 personnes ont été exécutées depuis le début de l’année selon un décompte de l’Agence France-Presse, fondé sur des données officielles. Certaines personnes ont été condamnées à la peine capitale « pour tout et n’importe quoi, allant de quelques tweets à des délits liés à la drogue, à l’issue de procès grossièrement inéquitables », a fustigé Heba Morayef., responsable du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à Amnesty International. En ajoutant : « En contradiction flagrante avec leurs promesses de limiter le recours à la peine de mort, les autorités saoudiennes ont déjà exécuté cent personnes cette année, révélant leur mépris glaçant pour le droit à la vie. » Selon plusieurs organisations, ces exécutions ont largement augmenté depuis l’arrivée au pouvoir en 2015 du roi Salmane, qui a depuis donné à son fils, Mohammed ben Salmane (MBS), les commandes du pouvoir. Ce dernier s’était déjà tristement illustré en faisant assassiner et découper en morceaux un journaliste oppositionnel, Jamal Khashoggi, le 2 octobre 2018 au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Sanguinaire un jour, sanguinaire toujours !

Omar al-Aroub, un individu proche du président Bachar al-Assad, se promène tranquillement et librement dans les rues de la capitale en tant que représentant du Comité paralympique syrien. Stupéfaits de le voir en balade à Paris, une poignée de médias et d’opposants syriens exilés en Europe ont fait circuler sur les réseaux sociaux des photos d’Al-Aroub le montrant en uniforme militaire, arborant l’écusson des Brigades du Baas, une milice armée du régime forte de 10 000 hommes chargée de réprimer en 2011 le soulèvement populaire dans le cadre des printemps arabes et dont il est l’un des chefs. Elle a été accusée de crimes de guerre. En outre, dirigeant de l’Union des étudiants syriens (liée au régime), il avait fait distribuer des armes à ses membres pour qu’ils s’en servent contre les manifestants. Selon plusieurs témoignages, lors d’une réunion de la direction de l’université d’Alep, Omar al-Aroub avait demandé aux participants de l’informer de tout ce qui se passait dans la cité universitaire et de réprimer tout rassemblement. Il avait même ordonné aux responsables des logements des étudiantes de jeter par les fenêtres du quatrième étage toutes celles opposées au régime. Ce qui fut fait. Avec lui l’idéal olympique est bien défendu.

Sur Europe 1, Éric Zemmour a été invité à commenter la décision de la Cour de cassation, qui a ordonné à son encontre un nouveau procès pour contestation de crime contre l’humanité après qu’il a soutenu en 2019 que le maréchal Pétain avait « sauvé » des Juifs français pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a affirmé qu’il maintenait ses propos et a ajouté, un peu imprudemment : « Je défie tous les historiens, là-dessus, de me donner le véritable démenti face à moi. » Eh bien son appel a été entendu. Matthieu Boisdron, docteur en histoire contemporaine à la Sorbonne a expliqué : « Parce qu’un document d’archive vaut mieux que tous les longs discours, la loi “portant statut des juifs” du 3 octobre 1940 annotée de la main même de Pétain qui aggrave son caractère discriminatoire initial », accompagnant sa déclaration d’une copie du document. Un texte qui contredit à lui seul la thèse défendue par Éric Zemmour, puisque son article 3 vise expressément les Juifs « nés français ou naturalisés », le postulat du polémiste étant que le maréchal Pétain aurait fait une distinction entre Juifs français et étrangers. D’autres historiens spécialistes de la question, comme Oliver Varlan et Guillaume Pollack, sont montés au créneau et ont démonté les arguments de Zemmour en montrant qu’ils n’avaient rien de scientifique et n’étaient que la énième tentative de l’extrême droite de réhabiliter Pétain et le régime de Vichy. Ce qui ne va pas arrêter Zemmour de débiter ses mensonges, dans la mesure où c’est là son fonds de commerce.

Neuf militants écologistes et syndicaux sont jugés devant le tribunal correctionnel pour avoir organisé des rassemblements, interdits par les autorités contre les « mégabassines » à Sainte-Soline. Cinq des neuf prévenus, Benoît Feuillu et Basile Dutertre, militants des Soulèvements de la Terre, Benoît Jaunet et Nicolas Girod, représentants de la Confédération paysanne, ainsi que Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci, comparaissaient pour la manifestation du 25 mars, qui avait été marquée par de violents affrontements avec les forces de l’ordre. Trois d’entre eux doivent aussi répondre de la manifestation du 29 octobre dernier, ainsi que deux syndicalistes CGT et Solidaires dans les Deux-Sèvres, David Bodin et Hervé Auguin. Tous encourent six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende. 5 000 personnes environ étaient présentes sur une place de Niort pour manifester leur soutien aux neuf accusés et défendre le droit de manifester. Un procès, qui sur décision du président du tribunal a été suspendu jusqu’au 28 novembre, et qui est dénoncé par les associations et les syndicats comme une tentative politique d’intimidation de la population en montant en épingle un pseudo-écoterrorisme, un épouvantail sans consistance agité régulièrement par les pouvoirs publics pour faire peur.

La justice européenne a rejeté une demande d’indemnisation introduite contre Frontex, l’agence de garde-frontières et garde-côtes de l’Union européenne (UE), par une famille de Syriens, après leur refoulement de la Grèce vers la Turquie. La famille, des Kurdes de Syrie et leurs quatre enfants en bas âge, était arrivée en 2016 sur une île grecque, au moment de l’afflux de réfugiés en Europe provoqué par le conflit syrien. Mais ils avaient été renvoyés vers la Turquie dans un vol organisé conjointement par Athènes et Frontex alors que leur demande d’asile n’avait pas encore été traitée. Dans sa décision, le Tribunal de l’UE indique que les États membres, en l’occurrence la Grèce, sont « seuls compétents pour apprécier le bien-fondé des décisions de retour et examiner les demandes de protection internationale ». Et poursuit : « En ce qui concerne les opérations de retour, Frontex a seulement pour mission d’apporter un soutien technique et opérationnel. C’est donc à tort que les réfugiés en cause considèrent que, sans les prétendus manquements de Frontex, ils n’auraient pas été illégalement refoulés vers la Turquie. » Rappelons cependant que le précédent directeur exécutif de Frontex, Fabrice Leggeri, avait démissionné en avril 2022 à la suite notamment d’accusations de complicité dans des refoulements illégaux de migrants. L’agence a réagi au jugement en assurant qu’elle demandait « désormais aux États membres de confirmer que les personnes ont reçu des décisions de retour exécutoires, qu’elles ont eu la possibilité de demander une protection internationale et que leurs demandes ont été correctement traitées ». Preuve, a contrario, que ce n’était pas le cas jusqu’à présent et que le respect des droits des migrants n’est pas la préoccupation des flics européens.

L’an dernier, le livre du journaliste indépendant Victor Castanet, Les Fossoyeurs, sur le business des maisons de retraites privées (les Ehpad), soulignait une nouvelle fois les situations de maltraitances endurées par les personnes âgées, le sous-effectif chronique, des salaires dérisoires du personnel, la nourriture et l’hygiène insuffisantes… De grands groupes faisaient leur beurre dans la silver economy (l’économie des cheveux blancs) au détriment des pensionnaires et des salariés. Un nouvel ouvrage, Le prix du berceau, de Mathieu Périsse et Daphné Gastaldi, est consacré cette fois à l’impact de la privatisation du secteur de la petite enfance. Il constitue l’aboutissement d’une enquête commencée il y a un an, quelques mois après le décès d’un enfant dans une crèche du groupe People&Baby à Lyon. En quelques jours, les auteurs ont reçu une centaine de témoignages, de parents et de salariés des crèches, qui montrent l’enfer vécu au quotidien dans certaines crèches, au nom de la rentabilité à tout prix. Et ils posent la question de fond : les crèches sont-elles un business comme un autre ? Pour les capitalistes sans doute mais pour celles et ceux soucieux du bien être de la petite enfance certainement pas.

Alors que le litre d’essence approche, voire dépasse, les deux euros, le ministre de l’Économie a refusé de mettre en place une nouvelle ristourne en faveur des consommateurs. Par contre, il a demandé à Patrick Pouyanné, le patron de TotalEnergies, de prolonger au-delà du 31 décembre, le plafonnement des prix à la pompe en dessous de deux euros auquel il s’était engagé. Et de déclarer sur Franceinfo : « TotalEnergies est le seul grand pétrolier français qui nous reste, ça doit être un atout pour tous les automobilistes » avant d’exprimer « sa confiance » dans le fait que le patron, Patrick Pouyanné, « prenne en considération les difficultés de nos compatriotes ». Voilà des mois que TotalEnergies accumule des bénéfices faramineux sur le dos des automobilistes et, loin de confisquer ce pactole scandaleux, Le Maire joue les dames patronnesses en demandant à Pouyanné de faire un geste. Avec lui c’est le bâton pour les pauvres et les caresses dans le sens du poil pour les ultra-riches.

La préfecture du Val-d’Oise a fait expulser de son logement un manifestant condamné pour sa participation aux émeutes et au pillage du magasin d’un opticien à Deuil-la-Barre en juin dernier. Mais cette décision ne concerne pas seulement cet homme mais aussi ses frères et sœurs qui habitaient le même appartement. Le post de la préfecture, accompagné de photos de l’expulsion, indique : « Ce jour, après avoir délivré le concours de la force publique, @prefet95 a fait procéder à l’expulsion locative de l’ensemble des occupants du logement social où il résidait. » Une double peine qui concerne aussi sa famille et qui suscite l’indignation. « On se fait plaisir à humilier une famille », a dénoncé, sur Mediapart, le représentant de la Fondation Abbé-Pierre, Manuel Domergue, qui poursuit : « Un logement, ce n’est pas une récompense. Ce n’est pas seulement pour les gens qui se comportent bien, c’est pour tout le monde. On ne résout aucun problème social en expulsant des familles de leur logement social, surtout dans des zones tendues. » C’est là une évidence qui ne va pas empêcher Darmanin de continuer à mettre à la rue des familles modestes pour soigner son image d’homme à poigne, notamment auprès de l’électorat de droite et d’extrême droite.

Un adolescent de 16 ans est mort à Élancourt, ville de 25 000 habitants située à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Paris, après une collision avec un véhicule de la police. Le jeune homme est décédé vers 18 heures 40 alors qu’il circulait sur un scooter. Selon une source policière, la victime était accusée d’un refus d’obtempérer et était suivie à distance par une voiture de police. La même source indique qu’à un carrefour, le jeune sur son deux-roues aurait percuté « un autre véhicule de police ». En arrêt cardiaque et respiratoire, il avait, dans un premier temps, pu être réanimé par les secours et transporté vers l’hôpital, où il a finalement été déclaré en état de mort cérébrale. Deux enquêtes ont été ouvertes par le parquet de Versailles. La première pour refus d’obtempérer, la seconde pour « homicide involontaire par conducteur ». Dans cette seconde deux policiers ont été placés en garde à vue puis relâchés. Ce décès on ne peut plus suspect intervient à peine plus de deux mois après la mort de Nahel, tué par un policier à Nanterre, ce qui avait déclenché plusieurs nuits de révolte un peu partout dans le pays. Pour éviter d’éventuels troubles les hommes de la CRS8 ont été envoyés sur place. Preuve que le pouvoir craint, là aussi, une explosion de colère.