Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Ahmed Douama, 37 ans, vient de sortir de prison. Militant de gauche et figure du Mouvement du 6 avril, il avait été à la tête de la « révolution » de 2011, qui avait renversé l’autocrate Hosni Moubarak. Il purgeait depuis 2013 une peine de 15 ans de prison pour violences lors de manifestations. La grâce que vient de lui accorder Abdel Fattah al-Sissi n’est pas désintéressée. Le président sortant envisage en effet de se représenter au scrutin présidentiel prévu au printemps 2024 et cherche d’ici là à gagner les faveurs d’une partie au moins de l’opposition, muselée depuis une décennie, à travers un « dialogue national » alors même que le pays est en pleine crise économique. Et les libérations au compte-gouttes ne sauraient faire oublier les milliers d’opposants qui croupissent toujours dans les geôles du régime.

Au moins 21 églises et de nombreuses maisons appartenant à des chrétiens ont été incendiées dans la ville de Jaranwala, dans le district de Faisalabad, dans l’État du Pendjab pakistanais. À l’origine de ces destructions, une rumeur, relayée par des habitants de confession musulmane, selon laquelle deux chrétiens auraient déchiré des pages d’une copie du Coran et écrit des insultes sur les pages restantes. La foule s’en est prise aux chrétiens, qui ont été arrêtés et passés à tabac avant que l’armée soit déployée pour rétablir le calme. Dans le pays, dont l’islam est la religion officielle et qui considère le blasphème comme un crime passible de la peine de mort, des attaques de musulmans extrémistes contre la communauté chrétienne sont récurrentes. Elles sont souvent menées par des militants et sympathisants du parti islamique radical Tehreek-e-Labbaik. De l’autre côté de la frontière, en Inde, ce sont les musulmans qui sont victimes de répression et de discrimination à l’instigation des partis hindouistes et du gouvernement Modi. Partout la haine religieuse divise la population et sert d’exutoire à la frustration des plus pauvres.

Les épreuves de natation dans le cadre du « test event » de para-triathlon des Jeux olympiques 2024 à Paris ont été annulées en raison de la mauvaise qualité de l’eau de la Seine, ont annoncé les organisateurs samedi qui ont pris cette décision « pour ne pas mettre en danger la santé et la sécurité des athlètes ». Pour rappel, le test event avait déjà dû être annulé il y a deux semaines en raison d’un niveau préoccupant de la bactérie Escherichia coli dépassant le seuil maximal toléré. Et quand Anne Hidalgo, la maire de Paris, promet que la Seine sera impeccable d’ici l’an prochain, on a un peu de mal à la croire.

Un qui ne manque pas culot est Aurélien Rousseau, le ministre de la Santé. Alors que, confrontés à la canicule, les hôpitaux en général, et les services d’urgence en particulier, craquent de partout ll utilise la méthode Coué. « L’hôpital fait face, l’hôpital fera face… l’organisation du système de santé est extrêmement robuste et elle sera robuste face à cet épisode de chaleur », a-t-il déclaré sur France Info. Et interrogé sur le fait qu’un nourrisson souffrant de bronchiolite a dû être transféré d’Île-de-France vers Rouen faute de lits disponibles en réanimation pédiatrique, il répond sans se démonter : « Il y a peu de lits parce qu’il y a heureusement peu de besoins. » Imparable. Quant aux zones de tensions qui existent sur tout le territoire, elles ne vont pas disparaître mais « on les anticipe mieux ». Allez dire ça aux patients qui attendent des heures sur des brancards faute de lits et de soignants disponibles !

Deux géants de l’immobilier privé, Country Garden et Evergrande, connaissent des difficultés financières phénoménales et ont incapables de rembourser leurs dettes. Par exemple Evergrande a un endettement abyssal de plus de 300 milliards de dollars (275 milliards d’euros). Ces difficultés se répercutent sur l’ensemble du secteur et entraînent la chute de promoteurs de moindre importance et de sous-traitants. De leur côté, nombre de ménages ont payé pour des logements qui n’ont jamais été construits. On estime que 45 % des acheteurs n’ont pas reçu les clés de leur appartement du fait de l’arrêt des chantiers. D’où des manifestations de rue dans plusieurs villes du pays. L’ampleur du désastre est aussi lié au fait que ce secteur représente environ 25 % du produit intérieur brut. Ces grands consortiums privés, qui se sont montés avec le soutien de l’État, ont, en retour, offert nombre de sinécures à des responsables du Parti communiste chinois et à des hauts fonctionnaires. Cette osmose entre milieux d’affaires et bureaucrates est aussi une des caractéristiques de la « Chine nouvelle » voulue par Xi Jiping.

« Refuser Solidarity Network », le réseau de solidarité avec les refuzniks, ces Israéliens qui refusent de répondre aux ordres de conscription dans l’armée d’occupation, a publié un communiqué soulignant la progression de ses idées dans la société israélienne. Il indique par exemple que ce sont des membres du réseau, en collaboration avec ceux de l’organisation « Mesarvot » (Refus de servir l’occupation) et des « Mères contre la violence » qui étaient en tête d’une manifestation organisée la semaine dernière devant le domicile de la députée d’extrême droite Simha Rotman. De même, samedi 12 août, les « Mères contre la violence », qui militent désormais en faveur du soutien aux refuzniks et à leur famille, dont le nombre ne cesse de croitre, ont mené le cortège lors de la manifestation centrale pro-démocratie à Tel-Aviv. Elles ont brandi une banderole proclamant « Faites sortir les soldats des territoires occupés » et derrière elles ont défilé des milliers de personnes. Des signes encourageants qui montrent qu’une partie au moins des Israéliens commencent à prendre conscience du lien qui existe entre la lutte contre l’occupation des territoires palestiniens et la défense des droits démocratiques.

La Fédération internationale des échecs (Fide) vient d’exclure les femmes transgenres des compétitions officielles tant qu’elles n’auront pas fourni « une preuve pertinente » du changement de sexe. Si la participation des athlètes transgenres fait débat dans de nombreuses disciplines sportives, officiellement en raison de leurs supposés avantages physiques, mais en réalité du fait de préjugés transphobes largement répandus, par contre aux échecs ce sont les « muscles » du cerveau qui sont sollicités et qui ne comportent aucun « avantage physique ». Ce qui n’empêche pas l’instance mondiale des échecs de déclarer : « Dans le cas où le sexe a été changé d’homme à femme, la joueuse n’a pas le droit de participer aux épreuves pour femmes, jusqu’à ce qu’une nouvelle décision de la Fide soit prise. » Et d’expliquer : « Le changement de sexe est un changement qui a un impact significatif sur le statut d’un joueur et sur son éligibilité future aux tournois, il ne peut donc être effectué que si une preuve pertinente du changement est fournie. » Cette décision, qui sera effective le lundi 21 août, a provoqué de nombreuses réactions, à commencer par celles des joueuses d’échecs concernées. Sur Twitter, Yosha Iglesias s’est inquiétée de sa participation aux prochaines compétitions : « Quelqu’un peut-il me dire ce qui est considéré comme un événement officiel de la Fide ? Serai-je autorisée à jouer le Championnat de France dans trois jours ? La Coupe d’Europe des clubs en septembre ? » Bref, c’est la Fide qui décidera au final qui pourra ou ne pourra pas jouer. Un processus qui pourrait prendre deux ans. Et tant pis pour les joueuses concernées.

Près de 700 cyclistes et une vingtaine de tracteurs se sont élancés vendredi de Lezay, dans les Deux-Sèvres, pour rejoindre Orléans après avoir traversé les Deux-Sèvres, la Vienne, l’Indre-et-Loire, le Loir-et-Cher et Le Loiret. Le but du convoi – organisé à l’initiative de la Confédération paysanne et l’association Bassines non merci, avec le soutien des Soulèvements de la Terre et de dizaines de groupes écologistes – a pour but, cinq mois après les affrontements de Sainte-Soline autour des mégabassines, d’attirer l’attention de l’opinion sur la question de la gestion responsable de l’eau, notamment dans l’agriculture. Tout au long ce périple, qui devrait durer une semaine et se terminer à Orléans devant le siège de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, auront lieu des évènements festifs et culturels. Le lendemain, 26 août, les participants se retrouveront à Paris pour un évènement final. Un joli pied-de-nez à Darmanin et à sa dissolution manquée des Soulèvements de la Terre !

Comme chaque année Emmanuel Macron a pris la parole à l’occasion des commémorations de la libération en 1944 de ville de Bormes-les-Mimosas, dans le Var, où se situe le Fort de Brégançon, résidence estivale des présidents de la République. Les observateurs qui s’attendaient à ce que dans de son discours il évoque « l’initiative politique d’ampleur » qu’il a récemment annoncée dans les colonnes du Figaro Magazine ont été déçus. Pendant sa prise de parole de 13 minutes, Il s’est contenté, comme à son habitude, d’aligner des platitudes sur « le chaos » et « la désunion » mais rien de concret. Évoquant sans vraiment les nommer les jeunes des quartiers populaires, il a expliqué : « Il y a dans nos jeunes un appétit de liberté, un idéalisme qui se cherchent parfois. Et auquel nous devons répondre. » Pour l’instant la seule réponse concrète que le pouvoir a donné à cette légitime révolte de la jeunesse a été la mobilisation contre elle des forces de l’ordre ou l’idée de l’embrigader au sein du Service national universel. Rien d’étonnant à cela, car on voit mal comment le président des riches pourrait satisfaire l’appétit de liberté et l’idéalisme des générations montantes.