Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

C’est aujourd’hui qu’à lieu, salle Pleyel, l’assemblée générale des actionnaires de TotalEnergies. Dès l’aube, des dizaines de manifestants pour le climat ont tenté de pénétrer dans le tronçon de rue passant devant l’immeuble où doit se tenir la réunion. Ils ont été dispersés par la police à grand renfort de gaz lacrymogènes, ce qui a donné lieu à des échauffourées et à plusieurs interpellations. Signe des tensions attendues, TotalEnergies a interdit aux actionnaires et aux journalistes d’utiliser leurs téléphones portables, et les a obligés à laisser certains effets personnels à l’entrée. Des incidents similaires avaient déjà eu lieu lors des assemblées générales de BP et de Shell. Rappelons, pour mémoire, que les majors de l’exploitation pétrolière et gazière – BP, Shell, ExxonMobil, Chevron et TotalEnergies – sont parmi les principaux pollueurs de la planète qui ont réalisé ensemble un bénéfice de plus de 40 milliards de dollars (37 milliards d’euros) au premier trimestre de cette année.

Lors d’un dernier Conseil des ministres, le président de la République a évoqué le climat politique actuel en déclarant : « Il faut être intraitable sur le fond. Aucune violence n’est légitime, qu’elle soit verbale ou contre les personnes. Il faut travailler en profondeur pour contrer ce processus de décivilisation. » Un mot qu’il a piqué chez le polémiste d’extrême droite Renaud Camus. On ne sait pas si le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui assistait à la réunion, s’est excusé pour l’emploi de la violence par les forces de l’ordre contre les manifestants ou à Mayotte contre les pauvres et les migrants. C’est peu probable. Dommage, car ce sont des exemples flagrants de « décivilisation » contre laquelle Macron prétend lutter.

Le juge des référés du Conseil d’État a validé sans surprise l’emploi de drones par la police et la gendarmerie estimant dans son ordonnance qu’il « n’existe pas de doute sérieux sur la légalité » du décret publié en avril et permettant leur utilisation. La plus haute juridiction administrative avait été saisie par l’Association de défense des libertés constitutionnelles qui lui demandait en urgence de suspendre ce décret en vertu duquel des préfets avaient notamment autorisé le survol des défilés du 1er mai. Sur le fond cela ne change pas grand-chose dans la mesure où les forces de l’ordre utilisaient déjà ce type de surveillance, avec ou sans l’aval des autorités judiciaires.

L’article 3 de la future loi d’orientation de la justice prévoit la possibilité, sous le contrôle d’un juge, de placer des mouchards dans les téléphones portables des suspects et de pouvoir ainsi les écouter à distance. Le gouvernement jure que cela sera réservé exclusivement aux affaires de grand banditisme et de terrorisme. Ce qui n’empêche pas certains avocats de craindre la collecte d’informations confidentielles dans des lieux protégés, comme leurs cabinets. De plus dans la mesure où tout militant d’extrême gauche est considéré par la police comme un terroriste en puissance, cela laissera de la marge aux spécialistes du maintien de l’ordre d’écouter qui bon leur semble. Et avec la bénédiction d’un juge, plus ou moins complaisant.

C’est le quotidien britannique The Guardian qui le révèle dans un reportage sur la Nouvelle-Galles du Sud. Dans le petit village de Jugiong (350 habitants) un café-restaurant, The Long Pantry (le garde-manger), emploie majoritairement des enfants à partir de 11 ans parmi les membres de son personnel. Ils travaillent le week-end et s’occupent de la plonge, de la confection de confiture et de servir les clients. Et ce en toute légalité, car dans cette région aucune législation claire ne définit un âge minimum pour occuper un emploi salarié. Un rêve éveillé pour certains patrons.

Le Sénat de cet État conservateur du sud-est du pays a voté une loi interdisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) après six semaines de grossesse. À ce stade, les femmes peuvent ne pas savoir qu’elles sont enceintes. Le gouverneur républicain de l’État, Henry McMaster, a écrit sur Twitter ; « j’ai hâte de signer le texte pour le transformer en loi aussi vite que possible. » Cernée par des États ayant déjà pris des mesures pour interdire ou limiter drastiquement l’avortement, la Caroline du Sud attirait jusqu’alors de nombreuses femmes recourant à l’IVG. Lors du débat au Sénat, les cinq sénatrices (dont trois républicaines) se sont évertuées à défendre ce droit contre leurs collègues masculins, largement majoritaires à la chambre haute. Cependant dans d’autres États, comme le Michigan, le Vermont, la Californie, le Kentucky et le Montana, le droit à l’IVG a été réaffirmé ces derniers mois et des réseaux s’organisent pour permettre aux femmes d’autres États de s’y rendre pour avorter.

Lors d’une réunion du Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a dénoncé « l’échec » de la communauté internationale à « protéger » les civils des conflits armés. En 2022, les Nations unies ont enregistré au moins 16 988 décès de civils dans 12 conflits armés, en hausse de 53 % par rapport à 2021. Et sans doute ces chiffres sont largement sous-estimés. Il faut noter que parmi les membres du Conseil de sécurité figurent des représentants de toutes les grandes puissances directement ou indirectement responsables de ces conflits. Ce qui n’a pas empêché l’ambassadeur de France, Nicolas de Rivière, de se lamenter sur « le bilan accablant » et « la très forte hausse en 2022 du nombre de civils tués dans les conflits armés ». Il a fustigé « les violations du droit international humanitaire » telles que celles « commises par la Russie en Ukraine et […] par le groupe Wagner, notamment en République centrafricaine et au Mali ». En oubliant celles commises par l’armée française au Sahel ou les massacres auxquels se livrent sans retenue ses alliés saoudien ou égyptien dans des pays comme le Yémen ou le Soudan. Une façon parfaitement hypocrite de se donner bonne conscience à bon prix. Et ça Guterres ne peut l’ignorer.

Le parquet national financier s’apprête à ouvrir une enquête sur les finances de la Fédération française de tennis qui, avec un bas de laine estimé à 400 millions d’euros, est une des plus riches parmi ses homologues du sport professionnel. On évoque notamment des transactions plus ou moins louches, un commerce opaque des billets d’entrée à Roland-Garros, du trafic d’influence, des escroqueries, etc. Mais, à cette occasion, on a appris que l’actuelle ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, longtemps directrice générale de la Fédération, et proche de son président, Gilles Moretton, empochait pour ce faire un modeste salaire de 35 000 euros brut par mois. En tout bien tout honneur, bien entendu…

Le gouvernement veut déloger des milliers de sans-abris, principalement des migrants, installés en région parisienne, dans les semaines qui viennent. Des « sas » seront créés pour les accueillir dans d’autres régions. Raison avancée : avec l’afflux de touristes attendu d’abord pour la Coupe du monde de rugby puis pour les Jeux olympiques 2024, la capitale doit faire place nette. Les pauvres, à la trappe ! De plus de nombreux hôteliers ne souhaitent plus accueillir ces publics précaires afin de réserver leurs chambres aux visiteurs friqués. Et la députée Modem Maud Gatel a même estimé, toute honte bue, que près de 5 000 chambres avaient ainsi été « perdues » du fait de l’hébergement d’urgence. Petit problème : les centres d’hébergement censés les accueillir en province pendant trois semaines sont loin d’être prêts et seront notoirement insuffisants (10 au total pouvant accueillir chacun 50 personnes). De plus, selon un maire breton directement concerné, dans sa commune de Bruz près de Rennes, le centre d’hébergement sera établi à côté d’une voie ferrée sur un terrain pollué par les hydrocarbures et les métaux lourds. C’est pourquoi Eric Constantin, responsable de la fondation Abbé-Pierre en Île-de-France, dit douter que l’on puisse « trouver des solutions dignes et décentes en trois semaines » pour sortir durablement de la précarité les personnes réorientées vers la province. Il a raison. Mais sortir les gens de la précarité n’a jamais été le but de l’opération qui vise surtout à les rendre invisibles.