Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Li Haosh, un humoriste chinois, a été sévèrement réprimandé pour avoir osé une blague faisant référence à l’armée dans son « one-man-show ». Il a été accusé d’avoir « gravement insulté l’armée » et d’avoir porté un coup dur à « l’honneur national » et aux « sentiments patriotiques », a affirmé le bureau municipal de la Culture et du Tourisme de Pékin, qui a décidé d’infliger une amende de 2 millions d’euros à sa maison de production. Il a eu beau s’excuser, la China Association of Performing Arts – l’organisme qui gère le spectacle vivant dans le pays – a appelé au boycott total de tous ses spectacles. L’artiste avait déclaré sur scène en parlant du dressage de ses chiens : « En les regardant, j’ai eu huit mots qui se sont imposés à moi : une bonne discipline, capable de remporter des victoires. » Or il s’agit là d’un slogan officiel de l’Armée populaire de libération, élaboré par Xi Jinping lui-même. D’où le courroux des autorités. Rappelons, par comparaison, qu’une société qui avait vendu des faux certificats de tests négatifs au Covid-19 durant la période de confinement n’avait écopé que d’une amende de 10 000 dollars (11 600 euros). En Chine, mettre en péril la santé publique est à l’évidence moins grave que de faire une blague sur la grande muette.

Sixième attaque en moins de deux mois contre le centre LGBTI de Touraine en Indre-et-Loire. Aucun blessé n’est à déplorer après l’explosion d’un engin explosif contenant de l’acide et de l’aluminium. « Les autorités locales vont se mobiliser pour protéger l’association et ses membres », a affirmé le député local écologiste Charles Fournier qui appelle les habitants de Tours à manifester leur solidarité lors de la marche des fiertés qui se tiendra le 17 juin prochain dans la ville « pour dire non à la LGBTIphobie ». Quant au préfet du département, Patrice Lafont, il a lancé : « Ces personnes qui s’en prennent à ce centre […] encourent désormais des poursuites pénales lourdes. Parce que maintenant, il y a une attaque contre des personnes. Je pense qu’ils feraient mieux d’arrêter. » Dans le genre déclaration dissuasive on peut nettement faire mieux.

La maire de Paris Anne Hidalgo, la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castera, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et le président du Comité d’organisation viennent de signer un protocole pour la cérémonie d’ouverture des JO-2024. À cette occasion s’est de nouveau posée la question de savoir combien de personnes pourraient y assister. Pour les spectateurs payants pas de problème : 100 000 débourseront entre 90 et 2 700 euros pour des places situées sur les quais bas, au plus près de la Seine, sur laquelle se déroulera la cérémonie. Quant aux autres, relégués sur les quais hauts du fleuve, ils seront entre 400 000 et 600 000 à tenter de voir, gratuitement, ce qui se passera en bas. Pour le seul maintien de l’ordre, le coût de la cérémonie d’ouverture est évalué, selon les estimations, entre 219 et 400 millions d’euros. Payés bien sûr par le contribuable auquel personne n’a demandé son avis. Mais comme le disait (presque) le baron Pierre de Coubertin, l’important c’est de participer… financièrement.

Thomas Ménagé, député Rassemblement national (RN) du Loiret et porte-parole du groupe RN à l’Assemblée nationale, s’en est pris sur France2 au parti Les Républicains qu’il accuse d’avoir piqué le programmes de son parti dans deux projets de loi contre l’immigration. « C’est un copier-coller, quasi-mot pour mot, des propositions de Marine Le Pen ! » s’est il écrié à l’attention notamment de Bruno Retailleau, le chef de file des sénateurs LR. De son côté, le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a tenu à rappeler que le gouvernement ne renonçait pas à trouver « un compromis » avec LR, sur le sujet, leurs deux projets étant très proches. En fait, en dehors de quelques divergences mineures montées en épingle, tout ce petit monde de droite et d’extrême droite est d’accord pour taper sur les migrants et les expulser. Raison de plus pour que les travailleurs se rassemblent pour les défendre et rappeler que pour eux les seuls étrangers ce sont les patrons.

Carène, infirmière de 38 ans, est décédée mardi 23 mai, après avoir été poignardée sur son lieu de travail. Le meurtrier est un homme de 59 ans, sujet à des troubles psychiatriques, qui avait déjà été jugé « irresponsable » après des faits de violence. Mais cette agression n’est pas seulement le fruit du hasard et de la malchance. Dans les hôpitaux, c’est tous les jours que les soignants manquent cruellement de moyens et d’effectifs. Du coup les patients sont de plus en plus agressifs à cause du manque d’accès au soin, notamment aux urgences. Rien que pour les infirmières, c’est 35 qui sont agressées chaque jour à l’hôpital ! Or, le sous-effectif c’est pas une fatalité, c’est une politique. Et le gouvernement en porte l’entière responsabilité.

Alors, quand le ministre Braun sort son mouchoir en promettant des mesures de sécurité « en fin de semaine » alors que cela fait des années qu’il travaille comme ses prédécesseurs à réduire l’effectif hospitalier, ça donne envie de vomir. Ce qu’il faut à l’hôpital, ce n’est pas une « minute de silence » comme il veut l’imposer, mais bien une minute, une journée, un mois de colère et de révolte de tous les hospitaliers !

Alors que le ministre israélien d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, se livrait à une nouvelle provocation à l’égard des musulmans en allant prier sur l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem-Est, l’armée israélienne lançait un nouveau raid dans le nord de la Cisjordanie occupée, tuant trois combattants palestiniens. Mohammad Abou-Zaytoun (32 ans), Fathi Abou-Rizk (30 ans) et Abdallah Abou-Hamdane (24 ans) ont été abattus par balles alors qu’ils tentaient de s’opposer à l’incursion de l’armée sioniste dans le camp de réfugiés palestinien de Balata à Naplouse. Un bilan qui s’alourdit chaque jour dans l’indifférence de la communauté internationale.

Le jeune joueur du Real Madrid, Vinícius Júnior, un Brésilien d’origine africaine, a été la principale cible des insultes ces derniers mois lors des matchs de la Liga, la ligue professionnelle espagnole de football. Dernier épisode en date : le joueur a été traité de « singe » et d’« idiot » par une partie du public lors d’une rencontre le week-end dernier à Valence, avant d’être sorti du terrain par l’arbitre. « Ce qu’ont gagné les racistes, c’est mon expulsion. Ce n’est pas du foot. C’est la Liga », a dénoncé Vinícius sur Instagram après le match. L’entraîneur du Real Madrid, Carlo Ancelotti, est sorti de ses gonds en conférence de presse en affirmant que « La Liga a un problème avec le racisme ». Le Real Madrid a annoncé avoir déposé plainte et le parquet a ouvert une enquête pour « délit de haine ». En outre, quatre personnes ont été arrêtées mardi dans le cadre d’une autre enquête sur la pendaison d’un mannequin à l’effigie de l’attaquant. Ce n’est pas la première fois que le football professionnel donne une image lamentable de lui-même. Et pas seulement en Espagne.

Après un mois de suspension, l’opération Wuambushu (« reprise » en mahorais) a repris de plus belle. Les pelleteuses sont entrées en action pour démolir les cases en tôle de Talus 2, l’un des plus importants bidonvilles de cette île de l’océan Indien, un des territoires les plus pauvres de la République. Et ce « décasage » concerne non seulement les migrants comoriens sans papiers mais tous les habitants, quelle que soit leur nationalité. L’un d’eux a expliqué qu’on lui avait bien proposé d’être relogé mais à l’autre bout de l’île, ce qui empêcherait ses enfants de poursuivre leur scolarité. D’où la décision de sa famille de rester sur place et de dormir en plein air. Quant au ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, il s’est vanté avec cynisme que « le volontarisme politique paie », histoire de montrer à l’extrême droite qu’il est plus efficace qu’elle pour appliquer des mesures racistes. Pas de quoi s’en vanter.

À la suite du scandale provoqué par la demande faite par le ministère de l’Intérieur à certaines académies de signaler le nombre d’élèves musulmans absents pour la fête de l’Aïd al-Fitr, qui marque la fin du ramadan, le gouvernent a réagi. Par la voix de la secrétaire d’État chargée de la citoyenneté, Sonia Backès, il évoque une volonté d’étudier « l’impact de certaines fêtes religieuses sur le fonctionnement des services publics, et notamment au sein de la sphère scolaire » mais nie toute tentative de fichage. S’il s’agissait vraiment de ça, on se demande bien pourquoi un tel impact n’aurait pas été mesuré par le ministère de tutelle des établissements scolaires, c’est-à-dire celui de l’Éducation nationale, et non par celui de l’Intérieur, habitué aux flicages tous azimuts. Quant au ministre directement concerné, Pap Ndiaye, il a gardé le silence.