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Brèves

L’actualité en bref

Dans une note interne que les journalistes du quotidien L’Humanité ont pu consulter, les services du ministère du Travail établissent, à l’attention des inspecteurs du travail – et au-delà des chefs du personnel des entreprises – un véritable manuel pratique sur la meilleure façon de s’y prendre pour licencier des syndicalistes grévistes dans les cas où ces derniers sont protégés par un mandat syndical ou de représentant du personnel. Et d’énumérer notamment une série de jurisprudences allant dans ce sens. Pour la CGT du ministère du Travail, « ce document est un véritable manuel juridique pour faciliter les licenciements en justifiant des décisions d’autorisations pour motif disciplinaire des grévistes ». Olivier Dussopt, le ministre du Travail, marche main dans la main avec les patrons pour tenter de briser les grèves et se débarrasser de militants ouvriers. Cela n’étonnera personne.

Le Mouvement national des chômeurs et précaires a dénoncé le « mépris, l’arrogance, et l’ego » d’Emmanuel Macron après les déclarations de ce dernier sur la réforme du revenu de solidarité active (RSA), réforme dont le but est de priver le plus grand nombre possible de bénéficiaires des 598 euros mensuels qu’ils touchent actuellement en conditionnant ce versement à des heures de travail ou d’insertion. Comble de cynisme, le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a estimé qu’il s’agissait d’un geste « de solidarité » de la part du locataire de l’Élysée à l’égard des bénéficiaires du RSA. Si ça c’est de la « solidarité », alors qu’est-ce qu’une attaque anti-pauvres ?

Le gouverneur républicain de Floride, Ron de Santis, cherche à interdire l’enseignement de sujets en lien avec l’orientation sexuelle ou l’identité de genre à tous les niveaux scolaires. Il s’agit pour lui d’étendre à l’enseignement secondaire une loi très controversée s’appliquant pour l’heure uniquement à l’école primaire. La proposition de son administration, qui n’a pas besoin de recevoir l’approbation du parlement de Floride, sera votée par le Conseil de l’éducation de l’État le 19 avril, et a déjà été validée par les autorités locales d’enseignement. Si elle est adoptée, l’enseignement « intentionnel » de ces sujets sera interdit de la maternelle au lycée. De Santis veut aller vite, car il compte se présenter aux primaires du Parti républicain face à Donald Trump et veut apparaître moins fantasque mais tout aussi réactionnaire que lui dans les questions sociétales. Il est en bonne voie.

Romdhane Ben Amor, porte-parole du Forum tunisien pour les droits sociaux et économiques, une ONG d’aide aux réfugiés, a indiqué que cinq migrants sont morts noyés et vingt-huit autres portés disparus après le naufrage de leur embarcation surchargée au large de la Tunisie. Cinq personnes ont pu être secourues. La plupart des passagers étaient originaires de Côte d’Ivoire et avaient embarqué dans le port de Sfax pour tenter d’atteindre l’île italienne de Lampedusa. Depuis les déclarations anti-Noirs du président Saïed le mois dernier, des milliers d’entre eux ont été expulsés de leur logement et campent dans la rue. Beaucoup tentent de quitter le pays au péril de leur vie. Et ce genre de drame se reproduit malheureusement régulièrement.

Cité par Courrier international, le journal italien Il Foglio, de Milan, a calculé que depuis la chute du mur de Berlin, en 1989, l’Union européenne a érigé plus de 3 000 kilomètres de murs, clôtures et barrières diverses pour empêcher les migrants d’entrer sur son territoire. Elle a fait de Frontex, l’organisme de contrôle aux frontières extérieures, la première agence de l’Union. De plus elle veut entraver les activités des ONG spécialisées dans le sauvetage en mer des migrants. Désormais elle envisage la possibilité de financer la relocalisation de 50 000 réfugiés alors même que l’an dernier près d’un million de demandes d’asile ont été enregistrées dans l’Europe des 27. Une goutte d’eau. Quant à l’idéal européen, censé représenter la fraternité et l’ouverture des frontières, il apparait pour ce qu’il est : une sinistre plaisanterie.

Un incendie criminel a endommagé la maison de Yannick Morez, le maire de Saint-Brevin-les-Pins, alors qu’il dormait avec son épouse. Depuis des mois, l’extrême droite multiplie les menaces et les provocations à l’égard du maire et, plus largement, de tous ceux qui soutiennent l’agrandissement du centre d’accueil des demandeurs d’asile qui existe dans cette commune. Dans le passé, des coups de feu avaient été tirés contre la façade du bâtiment, des lettres de menaces envoyées aux élus mais personne n’a jamais été inquiété, et encore moins arrêté. Le 25 février, 900 personnes avaient défilé en faveur du centre alors que 400 autres manifestaient contre la venue des demandeurs d’asile scandant notamment « La France aux Français » et brandissant des drapeaux du parti Reconquête d’Éric Zemmour. Et Darmanin, qui se répand contre les prétendus « casseurs » qui placardent des affiches sur les permanences des députés Renaissance n’a pas dit un mot sur cet attentat raciste. À chacun ses préoccupations !

Les déclarations de Macron sur TF1 sur la réforme des retraites ont quelque peu éclipsé ses autres prises de position, tout aussi réactionnaires, sur l’Éducation nationale. Selon lui, pour combler l’absentéisme des professeurs on demandera à leurs collègues de les remplacer au pied levé même si ce n’est pas leur spécialité. Ainsi un prof d’histoire sera tenu de faire un cours de chimie et un prof de gym un cours de français. Dans les campagnes, on continuera de fermer des classes et on multipliera celles à plusieurs niveaux, c’est-à-dire qu’un enseignant pourra faire face simultanément à des élèves allant par exemple du CP au CM2. Enfin les lycées professionnels seront transformés à terme en simples centres d’apprentissage dans le but de répondre le mieux possible aux besoins des patrons locaux. Tout comme la réforme des retraites se fiche royalement du sort des retraités, celle de l’enseignement se moque royalement de l’intérêt des élèves.

Après avoir provoqué un tollé en février en dénonçant la présence, dans le pays, de « hordes de migrants sub-sahariens », ce qui avait été le signal pour les éléments les plus racistes de la police et de la population de se déchaîner contre les Noirs, le président Kaïs Saïed récidive. Cette fois il veut détourner le mécontentement de la population – qui souffre d’une crise économique sévère qui a fait s’envoler le prix des produits de première nécessité – vers la Libye voisine. Il vient donc de remettre sur la table un litige, résolu en 1985 par la Cour internationale de justice, et qui concerne le champ pétrolier libyen offshore de Bouri en Méditerranée, situé à 120 kilomètres des côtes. Selon le chef de l’État, le partage équitable de ses revenus pourrait « répondre à tous les besoins de la Tunisie et plus encore ». Personne n’y croit vraiment mais Saïed, qui négocie un prêt de deux milliards d’euros avec le Fonds monétaire international, espère ainsi raviver des sentiments nationalistes et xénophobes à l’égard de son voisin. Pas sûr qu’il y parvienne.

L’ancien Premier ministre, Boris Johnson, joue son avenir politique devant une commission parlementaire qui enquête sur des fêtes tenues en pleine pandémie à sa résidence officielle du 10, Downing Street, alors même qu’il imposait un confinement strict au reste de la population. Sa ligne de défense : il reconnaît avoir induit les députés en erreur en affirmant que ces fêtes avaient respecté les règles du confinement, mais il plaide la bonne foi affirmant qu’à l’époque il pensait être dans les clous. Si les députés gobent ces explications vaseuses, dont Johnson est un habitué, c’est qu’ils ont l’estomac solide. Mais même s’ils le sanctionnent ce ne sera que pour un motif finalement mineur alors même que Johnson, en tant que Premier ministre, a, pendant des mois, minimisé la gravité de l’épidémie de Covid-19 et retardé la prise en compte de mesures sanitaires fortes, ce qui a conduit à des milliers de morts qui auraient pu être évités. Mais pour cela il n’a pas été poursuivi.