Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Plus à l’aise dans les fauteuils du Parlement que dans la rue, la gauche profite du 49.3 pour refaire surface… et proposer des solutions institutionnelles à ceux qui luttent contre la réforme des retraites de Macron. Référendum d’initiative partagée, recours au Conseil constitutionnel, dissolution de l’Assemblée… ce sont de fausses solutions, voire des issues de secours pour un gouvernement qui paniquerait face à la détermination du monde du travail et de la jeunesse. Pas surprenant de la part de cette gauche qui défend les retraites dans l’opposition, mais a fait passer sous Hollande la loi Touraine, qui nous impose de travailler 43 annuités.
On n’a pas besoin d’illusions parlementaires : c’est par la lutte collective qu’on fera reculer Macron et le patronat. Et c’est comme ça qu’on gagnera, bien plus que par les lendemains qui (dé)chantent que nous promet la gauche.

Le groupe Nestlé a fait 9,4 milliards d’euros de bénéfices en 2022 et récompense ses salariés en fermant l’usine Buitoni, située à Caudry dans le Cambrésis. Sur ce site ont été produites les pizzas de la gamme Fraich’up qui ont intoxiqué 55 personnes. Mais ce n’est pas ce scandale mais plutôt ses répercussions commerciales qui conduisent le patronat de Nestlé à fermer ce site. Le ministre de l’Industrie, Romain Lescure, est venu sur place pour prendre un engagement… celui de subventionner les industries qui remplaceront l’usine fermée.
Des travailleurs de cette entreprise, qui compte environ 150 salariés, ont rejoint leurs camarades d’Escaudœuvres, à quelques kilomètres de là, qui voient leur sucrerie fermer. Les liens qu’ils ont pu tisser à cette occasion sont précieux pour un combat qui doit se mener collectivement contre le patronat et le gouvernement dont la politique est d’arroser les licencieurs milliardaires.

Après quasiment 18 milliards de dollars de profits en 2021, l’armateur CMA-CGM, dont la famille Saadé est la principale actionnaire, a engrangé pas loin de 25 milliards l’an dernier. Et pour ne rien gâcher, on apprend qu’ils bénéficient d’une niche fiscale qui réduit drastiquement les impôts de tous les transporteurs français, d’un total de quatre milliards d’euros pour 2022. Qu’on ne vienne plus nous dire qu’il n’y a pas d’argent pour l’éducation, la santé… ou les retraites.

Au Portugal, les grèves contre les mauvaises conditions de travail et la vie chère se succèdent : professeurs, cheminots, personnel hospitalier dénoncent les bas salaires, le manque de personnel, bref l’austérité que subissent les services publics comme en France. Vendredi 17 mars, à l’appel d’une intersyndicale, éboueurs, enseignants, cheminots étaient en grève et le lendemain, 100 000 travailleurs du privé comme du public sont montés à Lisbonne pour une manifestation nationale appelée par le plus grand syndicat, la CGTP. Les syndicats exigent 10 % d’augmentation, 100 euros minimum pour tous car l’inflation ne permet plus de boucler le mois. Comme ici, les grands groupes ont engrangé des profits records, mais 56 % des travailleurs gagnent moins de mille euros, ce qui aujourd’hui ne permet plus de se loger et vivre décemment.
La colère monte et là-bas comme partout, la force des travailleurs, c’est la grève !

Le RN fait semblant de défendre les classes populaires, mais il parle de la colère légitime des manifestants qui se sont rassemblés après l’application du 49.3 comme d’un « chaos ». Ni les grèves ni les manifestations qui ébranlent depuis des semaines le pouvoir en place ne sont sa tasse de thé, le parti d’extrême droite préfère la mascarade parlementaire qui ne met pas en danger les profits capitalistes. Avec Bardella, ces profits seront bien gardés : il est contre l’augmentation du Smic. Et pas question pour lui d’aller chercher dans les poches des patrons et actionnaires milliardaires de quoi augmenter les salaires. Tout ce que son parti propose, c’est de verser moins dans les caisses sociales, dont celles des retraites ! Bref, prendre dans la poche droite des travailleurs de quoi remplir leur poche gauche…

Campés dans leur posture contre la réforme des retraites – alors qu’ils étaient pour le recul de l’âge de départ à 65 ans il y a quelques années – le Rassemblement national et son patron Jordan Bardella ont proposé aux députés LR de ne pas se présenter dans les circonscriptions où ceux-ci voteraient la motion de censure au gouvernement. C’est bien l’aveu que tout ce personnel politique s’entend à merveille pour se partager le pouvoir au service des riches et du patronat.

Si certains doutaient encore que le patronat souhaite cette réforme des retraites, Elon Musk, le patron de Tesla se permet de twitter : « L’âge de la retraite en France est trop bas. C’est un vrai problème. » Mais le vrai problème c’est que pour l’instant ce sont ces milliardaires qui nous exploitent qui décident de nos vies ! Qu’ils viennent ramasser les poubelles, nettoyer les grandes surfaces, faire la caisse du supermarché, conduire des bus et métros et les réparer…

Cela fait plus de quinze jours que les éboueurs des entreprises privées comme publiques se sont mis en grève de Paris à Nantes, du Havre à Montpellier en passant par Nice. Scoop pour la bourgeoisie : quand les travailleurs sont en grève ça se voit, car ils sont utiles au fonctionnement de la société – on n’en dirait pas tant de tous ces parasites à la tête des entreprises et de l’État.
Le gouvernement craint tellement que cette grève reconductible en entraine d’autre qu’il tente par tous les moyens de la casser en recourant à la réquisition de grévistes et menace les récalcitrants de six mois de prison et 10 000 euros d’amende. Mais ce week-end déjà, les réquisitionnés résistaient en ralentissant leur tournée malgré la menace policière présente jusqu’à leur dépôt ! Il en faudra plus pour calmer la colère des travailleurs et pour entraver le mouvement !

Le 15 mars, plusieurs centaines de manifestants sont allés rendre une visite matinale au siège de la CMA-CGM à Marseille. « De l’argent il y en a dans les caisses du patronat » scandaient les manifestants, brocardant le PDG : « Saadé, rends le blé ! » Eh oui, il y en a dans les soutes de la compagnie maritime, avec ses 23,4 milliards d’euros de bénéfice net en 2022, un record pour une entreprise française. Alors, pour tout le monde, il était naturel de rappeler qu’il n’est pas question d’accepter de se crever deux ans de plus au travail pour les bénéfices des grands capitalistes.