Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Quatre mois de siège et de bombardements, des milliers de morts et de blessés, des quartiers réduits en cendres ou à l’état de décombres, la prise de Marioupol en Ukraine par l’armée russe en mai 2022 fut l’un des pires désastres, à ce jour, de la guerre d’Ukraine. Et voilà que le principal responsable de ces massacres, Poutine, est venu se pavaner dans la ville détruite, sans honte ni remords. De tout temps, les criminels de guerre ont été fiers de leurs méfaits, mais quand les travailleurs russes et ukrainiens renverseront son régime, le criminel devra rendre des comptes.

La Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d’arrêt contre Poutine, l’accusant d’être responsable de la déportation et du transfert forcé d’enfants ukrainiens vers la Russie. Des accusations qui sont sans aucun doute fondées et des méfaits sordides qu’il convient bien sûr de dénoncer. Mais la CPI, qui existe depuis 2002, n’a jamais réagi lorsque les présidents américains successifs ont mené une guerre de 20 ans en Afghanistan avec son lot de massacres et de crimes, lorsque le roi Salmane d’Arabie saoudite fait bombarder les populations civiles au Yémen ou lorsque le président turc Erdoğan massacre allègrement les Kurdes depuis des décennies.
Comme aurait pu le dire La Fontaine, selon que vous serez amis ou ennemis de l’impérialisme occidental, la CPI vous fera blanc ou noir…

Dans le Journal du dimanche (JDD), le ministre du Travail, Dussopt, explique que « jusqu’au dernier moment, nous avons cherché à éviter ce 49.3 ». En clair : on aurait bien laissé voter les députés, à condition qu’ils votent comme demandé. Cela reflète bien l’hypocrisie de la démocratie bourgeoise, qui n’accorde le droit de vote que quand le résultat correspond aux intérêts du patronat.
De son côté, la Première ministre, Borne, prétendait face à des jeunes que « redonner confiance dans notre démocratie, c’est une priorité ». Décidément, ce gouvernement s’y connaît en bras d’honneur !

Depuis la faillite d’une grande banque américaine, la Silicon Valley Bank, suivie de peu par la deuxième banque helvétique, le Crédit suisse, c’est la panique dans la finance mondiale. Il n’en a pas fallu plus pour que les gouvernements oublient les promesses faites la main sur le cœur après 2008 de ne plus utiliser l’argent public pour voler au secours des banques. Les États américain et suisse ont mis plusieurs milliards de dollars sur la table pour garantir les dépôts de leurs riches clients. De leur côté, les banques centrales promettent de baisser les taux d’intérêts si besoin, quitte à laisser filer l’inflation. Loin de se préoccuper du pouvoir d’achat des classes populaires, la banque centrale européenne et ses homologues n’ont au cœur que la préservation des rentes financières.
Pour les retraites et les services publics, par contre, il n’y a plus d’argent…

Jeudi 16 mars, jour de passage en force de la réforme à l’Assemblée, ce sont six militants de la CGT Énergie, dont le secrétaire départemental, qui ont été placés en garde-à-vue à Marseille, après avoir été interpellés à leur domicile au petit matin. Ces arrestations interviennent suite à une plainte d’Enedis pour des faits remontant pour certains au mois de juin dernier et liés aux mobilisations des gaziers et électriciens de ces derniers mois. Mais comment ne pas y voir une tentative d’intimidation, alors que les énergéticiens sont en pointe dans la mobilisation actuelle contre la réforme des retraites, multipliant les actions de « Robins des bois de l’énergie », coupures et rétablissements ciblés, en se réappropriant leur outil de production ?

Trois d’entre eux en sortent avec une amende, un placement sous contrôle judiciaire avec bracelet électronique, une interdiction de sites d’Enedis et une convocation au tribunal en septembre prochain ! Des charges lourdes, destinées à faire plier des militants, mais qui ne font que renforcer le sentiment de colère de bien des travailleurs face aux attaques de Macron et du patronat.

Aucune poursuite contre les travailleurs en lutte !

Au cours de sa campagne électorale Joe Biden l’avait martelé : s’il était élu il n’accepterait jamais de nouveaux forages gaziers et pétroliers sur les terres fédérales. Bref, il était écolo et tenait à le faire savoir. C’est sans doute pourquoi il vient d’approuver le projet Willow de la compagnie pétrolière ConocoPhillips, qui consiste à extraire sur trente ans 576 millions de barils (un baril équivaut à 159 litres) dans les terres vierges du nord-ouest de l’Alaska, un territoire fédéral, en générant l’émission de 239 millions de tonnes de CO2. Outre-Atlantique aussi les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient.

Le gouvernement helvétique a annoncé débloquer 50 milliards de dollars (46 milliards d’euros) pour venir en aide au Crédit suisse, première banque en Europe à trembler sous le choc des faillites bancaires aux États-Unis. La seconde banque suisse a développé au cours des années une éthique assez particulière puisqu’elle a eu maille à partir avec la justice pour des questions de blanchiment, de dissimulation de la fortune de dictateurs, de trafic de cocaïne, de liens avec les mafias japonaises (les yakuzas), de corruption en Afrique, d’espionnage et d’escroquerie. En son temps Bertolt Brecht avait illustré dans sa pièce La résistible ascension d’Arturo Ui l’interaction entre les milieux d’affaires, de la politique et ceux du gangstérisme. Le Crédit suisse en donne une bonne illustration.

« Nous avons décidé d’entamer le processus d’adhésion de la Finlande à l’Otan dans notre Parlement », a déclaré Recep Tayyip Erdoğan à l’issue d’une rencontre à Ankara avec son homologue finlandais Sauli Niinistö. Ce feu vert donné par le président turc à l’intégration du pays nordique à l’alliance militaire occidentale a cependant une contre-partie : la promesse finlandaise de mener la vie dure aux militants du Parti des travailleurs du Kurdistan, hostiles à Erdoğan et qui ont trouvé refuge dans ce pays. La Turquie a mis le même marché en main à la Suède qui pour l’instant tergiverse. L’an dernier, le gouvernement d’Ankara avait fait savoir qu’il réclamait l’extradition de 12 « terroristes kurdes » de Finlande et 21 de Suède. Bref du donnant-donnant dont les Kurdes sont, encore une fois, les victimes.

Des sociologues, soutenus par la Défenseure des droits, Claire Hédon, viennent de publier un rapport « REACTAsie » qui met en évidence un racisme que l’on oublie souvent, celui dont sont victimes les personnes d’origine asiatique. Ce racisme – dont on parle beaucoup moins que ceux dont sont victimes les Arabes, les Noirs, les Juifs ou les Tziganes – n’en est pas moins réel. La pandémie de Covid-19 a contribué à une accélération de la prise de conscience de ces discriminations, poussant la recherche scientifique à se mobiliser pour les documenter. Pour réaliser cette enquête, des entretiens biographiques approfondis ont été menés, entre 2020 et 2022, auprès de 32 jeunes diplômés de l’enseignement supérieur, âgés de 20 à 40 ans et originaires de neuf pays (primo-arrivants ou descendants de migrants) : Chine continentale, Japon, Corée, Vietnam, Laos, Cambodge, Philippines, Hong Kong, Taïwan. Et tous font état d’attitudes discriminatoires et de plaisanteries à leur égard qui s’expriment à l’école, à l’université, au travail, ou dans les relations personnelles. Rarement dénoncée, la discrimination à l’encontre des Asiatiques n’avait jusqu’ici jamais fait l’objet d’un rapport officiel financé par une autorité constitutionnelle indépendante. C’est donc une première qui devrait ouvrir la voie à d’autres études plus complètes.