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Brèves

L’actualité en bref

En décembre dernier, l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri était extrait d’une prison israélienne et expulsé par avion vers la France. Depuis lors, à la demande d’organisations pro-palestiniennes et de défense des droits humains, il donne des conférences un peu partout pour expliquer la situation au Moyen-Orient et le sort réservé au peuple palestinien. Et à chaque fois le même scénario se reproduit : saisis par des organisations pro-sionistes très minoritaires mais vociférantes, les préfets interdisent ces conférences au motif d’un risque de « troubles à l’ordre public ». Cela s’est déjà produit à Versailles, à Poitiers et à Lyon, dans cette dernière ville l’annulation venant du maire écologiste Grégory Doucet qui avait mis en avant la nécessité d’« assurer la concorde » dans sa ville face aux « tensions très fortes » suscitées par cet événement. Mais, à Nancy, ces censeurs sont tombés sur un os. Saisi par l’Association France Palestine Solidarité de Lorraine Sud, Amnesty International, la Ligue des droits, le Syndicat des avocats de France et Salah Hamouri lui-même, le tribunal administratif a suspendu l’arrêté d’interdiction d’une conférence-débat pris la veille par le préfet de Meurthe-et-Moselle et autorisé la tenue de la réunion en accordant de plus des dommages et intérêts à Hamouri et aux autres requérants. Une petite victoire à savourer.

Après que la Réserve fédérale (la banque centrale américaine) a décidé de garantir les dépôts des épargnants qui avaient des comptes à la Silicon Valley Bank, pratiquement en faillite, ce sont les onze plus grandes banques américaines qui annoncent en chœur qu’elles vont injecter 30 milliards de dollars (un peu plus de 28 milliards d’euros) dans une autre banque en difficulté, la First Republic. Nul altruisme ni générosité de leur part, mais la claire conscience que la faillite de ces établissements pourrait mener à un effondrement de l’ensemble du système bancaire. Ce qui fait trembler les spéculateurs de tout poil, de Wall Street à la City et de la Bourse de Paris à celle de Tokyo.

La Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d’arrêt contre le président Vladimir Poutine et sa commissaire aux droits de l’enfant, Marie Alexeïevna Lvova-Belova, les accusant d’être responsables de la déportation et du transfert forcé d’enfants ukrainiens vers la Russie. Des accusations qui sont sans aucun doute fondées et des méfaits sordides qu’il convient bien sûr de dénoncer. Mais on peut s’étonner que la CPI – qui fonctionne depuis 2002 et est une juridiction à vocation universelle chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crime contre l’humanité, de crime d’agression et de crime de guerre – n’ait jamais réagi lorsque les présidents américains successifs ont mené une guerre de 20 ans en Afghanistan avec son lot de massacres et de crimes, lorsque le roi Salmane d’Arabie saoudite fait bombarder les populations civiles au Yémen ou lorsque le président turc Erdoğan massacre allègrement les Kurdes depuis des décennies. Les décisions de la Cour dans ce domaine semblent donc sérieusement orientées.

La justice a entamé des poursuites contre Julien Le Guet, porte-parole d’un collectif d’opposants aux « bassines », ces réserves d’eau utilisées pour l’irrigation agricole auxquelles s’opposent les défenseurs de l’environnement. Il lui est interdit de participer à la prochaine manifestation programmée le 25 mars et est également banni des villes voisines de Sainte-Soline et Mauzé-sur-le-Mignon, où diverses animations auront lieu durant trois jours. À sa sortie du tribunal, il a dénoncé une nouvelle intimidation des autorités, après l’interdiction de la manifestation par la préfète du département. Et il a souligné que cela l’encouragerait à se joindre à ces rassemblements organisés notamment par la Confédération paysanne, le mouvement écologiste, les Soulèvements de la Terre et le collectif Bassines, non merci.

François Bayrou et dix responsables du Modem, le parti centriste qui est un des alliés de Macron au Parlement, vont comparaitre devant un tribunal correctionnel dans l’affaire dite des assistants du Parlement européen. Ils sont soupçonnés d’avoir utilisé 1,4 million d’euros versés par Bruxelles pour rénumérer des permanents de leur propre parti. Mais ne jetons pas la pierre au Modem. Avant lui le Rassemblement national, les macronistes, la France insoumise, le PCF, les socialistes, les écologistes et bien d’autres ont été l’objet de poursuites similaires. Car les politiciens professionnels ont trop souvent tendance à faire payer leurs activités par le contribuable. Sans lui demander son avis bien sûr.

Une loi antisociale peut en cacher une autre. Alors que se poursuit la lutte pour faire abolir la loi sur les retraites, la commission des Lois du Sénat a considérablement durci dans un sens répressif le projet de loi sur l’immigration dit « loi Darmanin ». Ses membres ont adopté des amendements qui rendent plus difficiles les conditions d’accès au regroupement familial (niveau de langue, durée de séjour, conditions de ressources) ou prévoient la fin de l’aide médicale publique pour les étrangers sans papier. Et cela s’ajoute aux dispositions facilitant les expulsions des personnes en situation irrégulière. Le projet de loi sera examiné en séance plénière du Sénat le 28 mars pour un vote prévu le 4 avril, puis une discussion à l’Assemblée nationale ensuite. Ce qui donne un peu de temps pour se mobiliser contre cette loi qui foule aux pieds les droits démocratiques les plus élémentaires.

Nouvelles violences israéliennes en Cisjordanie. Quatre Palestiniens, dont un adolescent, ont été tués par des tirs de soldats dans le camp de réfugiés de Jénine, où l’armée israélienne est entrée en force. Vingt-trois personnes blessées ont également été hospitalisées, dont cinq dans un état grave, a indiqué le ministère palestinien de la Santé. Les quatre morts sont Omar Awadin, 16 ans, Nidal Khazim, 28 ans, Youssef Chrim, 29 ans et Louay Sghir, 37 ans. Ces morts s’ajoutant à trois autres qui ont perdu la vie le dimanche dernier à Naplouse. La tuerie continue.

Le gouvernement a rendu public un projet de loi visant à porter la semaine de travail à 69 heures afin notamment « de renforcer la compétitivité des entreprises ». Il faut dire qu’actuellement la durée maximale hebdomadaire est limitée à… 52 heures, soit 40 statutaires et 12 heures supplémentaires. Plafond qui monte déjà à 60 heures pour les PME de moins de 30 salariés. Nettement insuffisant pour le patronat qui veut augmenter cette semaine travaillée de plus de 20 %. Des jeunes de la Confédération coréenne des syndicats ont bloqué, en signe de protestation, le bureau du président de la République, Yoon Seok-youl, qui avait déclaré que le temps de travail hebdomadaire n’était pas suffisant « compte tenu des besoins de main-d’œuvre des différentes industries notamment pour faire face aux charges de travail lorsque la demande est élevée ou en haute saison ». Les syndicats de salariés sont vent debout contre ce projet et comptent bien le faire savoir.

Vladimir Poutine a appelé les forces de l’ordre « à être plus actives dans la lutte contre l’extrémisme ». Un terme fourre-tout qui permet de poursuivre aussi bien les djihadistes que les témoins de Jéhovah, mais qui vise surtout ceux qui critiquent la guerre d’Ukraine. Car, ces derniers temps, et malgré la répression, on a vu se multiplier sur les réseaux sociaux des mères s’inquiétant pour leurs fils envoyés au front, des conscrits eux-mêmes se plaignant d’aller au combat sans préparation et sans matériel adéquat, en passant par les opposants politiques résolus au régime. Ce sont de petits signes qui montrent qu’au sein de la population russe la prise de conscience de l’absurdité du conflit progresse lentement. Et c’est plutôt encourageant.