Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

C’est le patron de la Fédération bancaire française, Daniel Baal, (également dirigeant du Crédit mutuel) qui l’a annoncé fièrement au cours d’une conférence de presse. Au 30 juin 2025 les six plus grandes banques du pays (BNP Paribas, Crédit agricole, Crédit mutuel, Banque postale et Société générale) avaient accordé 45 milliards d’euros de financement aux entreprises d’armement tricolores, soit une hausse de 75 % depuis 2021 pour un premier semestre et 22 % de plus qu’au premier semestre 2024. À ce montant s’ajoutent 22 milliards d’euros d’investissement à destination d’autres entreprises d’armement situées à l’étranger. En résumé les établissements bancaires font leur beurre en prêtant aux marchands de canons qui eux-mêmes s’enrichissent grâce notamment aux subventions publiques et aux commandes de l’État. Et c’est le citoyen lambda qui, en bas de l’échelle, finance tout cela avec ses impôts.

Le groupe Auchan, qui appartient à la richissime famille Mulliez, souhaite se concentrer sur ses hypermarchés et entend céder 91 supermarchés à son concurrent du Groupement Mousquetaires (Intermarché). L’opération devrait permettre à Auchan, en difficulté actuellement, d’améliorer ses résultats et de faire baisser les prix dans ses supermarchés, de 6 à 8 %. Mais qu’en sera-t-il du personnel ? Là c’est le silence radio. Les syndicats veulent qu’Auchan s’engage à maintenir tous les emplois et tous les acquis sociaux mais n’ont obtenu aucune garantie pour l’instant. Dans ce genre de monopoly commercial, les perdants sont toujours les mêmes : les salariés.

Le maire de la ville de Milan, Giuseppe Sala, ne décolère pas. Il a appris que des agents de l’ICE, la sanguinaire police américaine de l’immigration, seront présents aux prochains Jeux olympiques qui se déroulent à Milan et à Cortina à partir du 6 au 22 février prochains. « Ces gens à ne sont pas les bienvenus et personne ne les a invités. C’est une milice qui tue » a déclaré Sala. Officiellement, l’administration trumpiste explique qu’ « aux Jeux olympiques, le service de sécurité intérieure de l’ICE soutiendra le Service de sécurité diplomatique du département d’État américain, ainsi que le pays hôte, afin d’évaluer et d’atténuer les risques liés aux organisations criminelles transnationales ». Les autorités italiennes ont d’abord nié la présence d’agents de l’ICE, puis ont tenté d’en minimiser le rôle, suggérant qu’ils n’aideraient qu’à assurer la sécurité de la délégation américaine, dont le vice-président américain J.D. Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio, devant assister à la cérémonie d’ouverture. Mais d’ores et déjà des appels à manifester contre la présence de l’ICE ont été lancés dans le pays.

L’Association pour la santé des enfants a déposé un recours devant le tribunal administratif de Paris pour dénoncer « la carence grave de l’État dans la gestion du scandale sanitaire des laits infantiles contaminés ». Dans sa requête, l’association demande notamment à l’État d’ordonner sous 24 heures le rappel de l’ensemble des laits infantiles contenant l’huile riche en acide arachidonique produite par l’industriel chinois Cabio Biotech, utilisée par plusieurs producteurs de lait infantile. Elle demande également la « suspension immédiate et administrative des chaînes de fabrication des cinq usines concernées », citant notamment des usines des groupes Lactalis, Danone, Nestlé et Vitagermine. Déjà le 22 janvier dernier une autre ONG, Foodwatch, avait porté plainte contre X dénonçant les carences de l’État.

L’établissement d’enseignement catholique Notre-Dame de Bétharram, situé près de Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, est, depuis des mois, au centre d’accusations d’agressions sexistes et sexuelles, voire de tortures et de viols, dont se sont rendus coupables certains enseignants. Pour calmer le jeu, il a d’abord changé de nom – il s’appelle désormais le Beau Rameau – et le Secrétariat général de l’enseignement catholique a finalement confirmé qu’il allait fermer d’ici trois mois… pour déménager dans une commune voisine. Et de promettre que ses pratiques délictueuses seront renvoyées « dans les oubliettes de l’histoire ». Sans doute. Sauf que le scandale de Bétharram a servi de révélateur. Les langues se sont déliées et plusieurs autres établissements catholiques sont dans l’œil du cyclone. Alors plutôt que cacher la poussière sous le tapis il faudrait mieux s’interroger sur le laxisme des autorités universitaires qui ne contrôlent ces établissements qu’épisodiquement, voire pas du tout, bien qu’ils soient financés en grande partie avec de l’argent public.

Les forces militaires du nouveau pouvoir syrien dirigées par l’ex-djihadiste Ahmed al-Charaa, reconverti en démocrate pro occidental, ont entrepris de liquider l’enclave kurde du Rojava qui comprenait des régions peuplées majoritairement de Kurdes comme celle de Kobané et d’autres peuplées majoritairement d’Arabes comme celle de Rakka. Les FDS kurdes avaient conquis ces dernières à la faveur de la guerre contre Daech avec le soutien de l’armée américaine. C’est ce soutien qui avait permis la constitution du Rojava comme entité indépendante. Cette situation inquiétait le président turc Erdoğan qui voyait d’un mauvais œil la présence d’un embryon d’État kurde à ses frontières, alors que la Turquie compte 15 millions de Kurdes, soit 20 % de la population. Dès que le feu vert lui a été donné par les États-Unis, al-Charaa a entrepris de chasser les Kurdes avec la complicité d’Erdoğan. Les Kurdes du Rojava, se retrouvent pris en étau entre les armées syriennes et turques.

Une fois de plus, les nationalistes kurdes sont donc abandonnés par les puissances impérialistes et régionales qui les ont utilisés comme supplétifs contre leurs ennemis du moment. De tels retournements d’alliances n’ont quasiment jamais cessé depuis un siècle et les Kurdes en ont toujours été les victimes. C’est le prix d’une politique étroitement nationaliste de leurs dirigeants qui a consisté à compter sur les grandes puissances et toutes sortes de compromis régionaux, y compris avec des dictateurs comme Bachar el-Assad et avec Israël, pour tenter de se tailler une petite place au Moyen-Orient plutôt que de s’adresser aux travailleurs et aux peuples de la région.

Après avoir traité Alex Pretti, l’infirmier assassiné par les nervis de ICE, de « terroriste intérieur » et repris les mensonges des criminels qui prétendaient, comme tous les flics tueurs du monde, avoir agi en légitime défense, Trump a dû reculer. Il vient de retirer une partie des effectifs de l’ICE de Minneapolis et de rappeler Gregory Bovino, l’homme qui cultive le style nazi avec son crâne rasé et son long manteau. Les vidéos du meurtre visionnées par des millions de personnes et la préservation de la scène de crime, grâce à la population et à la police locale, rendaient difficile le maintien du mensonge. La colère continuait à monter et les manifestants à déferler dans les rues de Minneapolis et des grandes villes des États-Unis. Il est clair qu’une milice de trois mille hommes, même surarmés, ne peut pas faire durablement régner la terreur dans une ville de 400 000 habitants et une agglomération de plus de trois millions et demi de personnes. C’est donc un premier recul de Trump. Mais l’homme qu’il a envoyé à la place de Bovino, Tom Homan, dit « le tsar des frontières », ne vaut pas mieux. Les manifestants ne sont pas dupes. Vive la lutte des travailleurs des États-Unis !

Les forces armées syriennes assiègent actuellement la grande ville kurde de Kobané où un convoi de l’ONU est arrivé pour fournir une aide aux déplacés présents sur place. Cette opération fait partie de l’offensive lancée depuis des semaines par le président par intérim Ahmed al-Charaa, ancien djihadiste qui a renversé Bachar el-Assad, avec le feu vert des États-Unis et l’appui, sur le terrain, de milices liées à la Turquie. Ces forces se sont d’abord attaquées aux quartiers kurdes de certaines villes avant de s’en prendre directement à la région autonome du Rojava, dans le nord-est du pays. Tout comme la Turquie, l’Irak et l’Iran auparavant, la Syrie veut museler les Kurdes au nom de « l’unité » du pays et nier leurs droits à l’autodétermination. Solidarité avec le peuple kurde !

Arno Klarsfeld – un avocat surtout connu pour être le fils de Serge et Beate Klarsfeld qui passèrent une partie de leur vie à démasquer et traquer des anciens nazis – vient de préconiser sur la chaine de télévision d’extrême droite CNews d’organiser des rafles contre les migrants visés par une obligation de quitter le territoire français (OQTF), en prenant exemple sur les États-Unis de Donald Trump et les actions de la police de l’immigration (ICE). De plus, il justifie les meurtres et autres exactions de l’ICE au nom du « bien de l’État ». Ces propos écœurants n’ont provoqué aucune réaction chez les autres participants à l’émission, ce qui n’est pas surprenant lorsqu’on connait les gens qui sont invités sur la chaine Bolloré. Mais ils sont révélateurs du climat délétère qui s’est instauré depuis des années à l’égard des étrangers en général et des migrants en particulier. Climat qui n’est plus l’apanage de l’extrême droite mais est aussi entretenu par toutes les nuances du centre et de la droite. Et qu’il faut résolument combattre.