Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Une larme émue pour les 17 anciens Premiers ministres toujours vivants qui, à partir du 1er janvier, ont perdu les avantages dont ils bénéficiaient, à savoir notamment véhicules avec chauffeurs et officiers de sécurité. C’était une promesse de Sébastien Lecornu qui y voyait parait-il « un moyen de faire des économies ». Mais Matignon a ajouté aussitôt que, dans certains cas, une protection policière leur sera maintenue, toujours aux frais du contribuable bien sûr. Retour donc à la case départ. Une mesure qui tient plus de l’esbroufe que de la rigueur budgétaire.

C’est l’hebdomadaire allemand Der Spiegel qui a levé le lièvre. Il a affirmé dans son dernier numéro, sans être démenti par le département d’État américain, que les magistrats parisiens ayant condamné Marine Le Pen en mars dernier à de la prison et à l’inéligibilité seraient dans le collimateur de l’administration Trump. La Maison-Blanche attendrait la décision de la cour d’appel avant d’éventuellement d’interdire de séjour aux États-Unis l’ensemble des juges impliqués, comme elle l’a fait avec l’ancien commissaire européen Thierry Breton, coupable d’avoir sanctionné d’une amende Elon Musk pour violation de la législation sur les réseaux sociaux. Mais pas sûr que l’ex-présidente du Rassemblement national, toujours à la recherche de « respectabilité », apprécie beaucoup le geste de son puissant mais encombrant ami Trump.

Au moins 1 500 condamnés à mort ont été exécutés dans le pays en 2025, selon un décompte de l’ONG Iran Human Rights (Droits humains en Iran), basée en Norvège, qui affirme qu’il s’agit du chiffre annuel d’exécutions le plus élevé recensé par l’organisation depuis 35 ans. Ce chiffre est sans doute sous-estimé car selon le porte-parole de l’ONG, Mahmoud Amiry-Moghaddam, « il reste encore quelques centaines d’exécutions non confirmées ». Une autre facette d’un régime barbare.

Un scandale secoue le réseau X autour de Grok, l’intelligence artificielle d’Elon Musk. Cette IA permet aux utilisateurs de modifier des photos publiées par des femmes sur le réseau, en générant des versions en bikini, lingerie, ou des poses sexualisées, sans le consentement des concernées. Si on atteint ici un niveau de harcèlement massif, l’espace public, y compris numérique, n’a jamais été un espace sûr pour les femmes. Le rapport au corps des femmes n’est pas déterminé par l’IA, qui ne fait que l’amplifier, mais par les rapports de genre dans la société capitaliste ; les patrons du numérique leur donnent tous les moyens de se déployer. La question n’est donc pas seulement celle de l’usage des IA, mais aussi du contrôle des infrastructures numériques. Tant qu’elles resteront la propriété de quelques patrons et hors du contrôle des femmes, elles leur resteront hostiles, comme à toute parole ou utilisation émancipatrice.

Le terrible incendie qui a ravagé la cave d’un bar de la station de ski huppée de Crans-Montana, en Suisse, et a fait plusieurs dizaines de morts et une centaine de blessés, n’est pas un accident isolé. Depuis 1970, des incendies de discothèques ont causé la mort de plus de 2500 personnes auxquelles s’ajoutent des milliers de blessés graves par brûlures et intoxication de fumée. Il est évident que des lieux clos où se rassemblent des centaines de personnes pour danser et faire la fête sont particulièrement dangereux en cas d’incendie. De fait, des réglementations ont été établies pour tenter de limiter les risques. Mais ces réglementations sont-elles suffisantes et, surtout, sont-elles toujours respectées ? À l’occasion de ce drame, les patrons de discothèques sont montés au créneau pour défendre leur business. On n’entend qu’eux dans les médias – davantage que les pompiers ! – pour expliquer que les discothèques sont différentes des bars et très sûres. En réalité, tous ces commerces obéissent à la loi du profit. Pour faire du fric, leurs patrons n’hésitent pas à entasser le maximum de clients et ils cherchent aussi à économiser sur les dispositifs de sécurité. Certains lieux sont d’ailleurs quasiment impossibles à sécuriser par manque d’accès susceptibles de servir d’issues de secours. Dans la société capitaliste, et même dans les pays les plus riches, le profit passe avant la vie humaine, y compris dans les lieux fréquentés par une clientèle aisée.

Des affrontements localisés entre manifestants et forces de l’ordre ont fait six morts dans l’ouest de l’Iran, les premiers depuis le début il y a six jours d’une mobilisation contre la vie chère. En outre, trente personnes accusées de « troubles à l’ordre public » ont été arrêtées à Téhéran. Alors que la mobilisation se poursuit un peu partout dans le pays, les forces de l’ordre ont tué deux personnes à Lordegan au cours d’une manifestation. Des manifestants se sont aussi rassemblés en masse à Marvdasht, une ville du sud à proximité de Chiraz, scandant des slogans hostiles au guide suprême. Le mouvement s’est étendu à au moins dix universités du pays et à d’autres villes, où des incidents ont été rapportés. Le mécontentement, limité d’abord à une protestation contre l’inflation, le coût de la vie et le manque d’eau et d’électricité, se transforme peu à peu en une contestation globale du régime islamique.

Selon le gouvernement britannique, le nombre de migrants arrivés sur les côtes britanniques en 2025 s’élève à 41 472 personnes, soit le deuxième chiffre le plus élevé enregistré derrière le record de 2022 (45 774). Ces traversées ont occasionné plusieurs naufrages et au moins 29 personnes ont péri en mer pendant l’année écoulée. La hausse du nombre des arrivées démontre le peu d’efficacité de l’accord scélérat conclu l’été dernier entre Londres et Paris pour tenter de freiner l’immigration, tout comme les restrictions du droit d’asile décidées par le Premier ministre travailliste Keir Starmer. Plus que jamais il faut défendre le droit à la libre circulation et installation des migrants.

Plusieurs mères isolées avec enfants, hébergées jusqu’alors dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile situé à Tergnier et dans un logement d’urgence à Sissonne, risquent de se retrouver à la rue en plein hiver, sans solution de relogement, leurs demandes d’asile ayant été rejetées. Ces situations ont suscité localement une vive indignation et une mobilisation de collectifs d’aide aux migrants et d’enseignants dénonçant ces expulsions révoltantes, notamment en pleine trêve hivernale, trêve qui ne s’applique pas aux demandeurs d’asile déboutés. Quant à la préfecture de l’Aisne, elle est aux abonnés absents, tout comme l’aide sociale à l’enfance et les centres maternels censés les protéger. Une situation scandaleuse qui n’est pas propre à l’Aisne et se retrouve un peu partout dans le pays.

Une loi votée le 24 décembre 2021 « visant à accélérer l’égalité économique et professionnelle » entre les hommes et les femmes prévoit qu’au 1er mars 2026 les entreprises de plus de 1 000 salariés seront dans l’obligation de respecter un seuil de 30 % de femmes au niveau de leurs organismes de direction (comités exécutifs ou comités de direction). À partir du 1er mars 2029 l’objectif passera à 40 %. Pour l’instant, dans les grandes entreprises, on est loin du compte. Chez Bouygues, les femmes représentent 7 % de la direction, 13 % chez Stellantis, 20 % chez Airbus, 21 % chez Vinci, 24 % chez Capgemini, 25 % chez Danone, LVMH, et Sanofi, 25 % chez Safran et 27 % chez Renault. Mais attention : si elles n’atteignent pas les 30 % à la date butoir, ces entreprises ne seront pas pénalisées. Ce n’est qu’à partir du 1er mars 2029 qu’elles disposeront… d’un délai de deux ans pour se mettre aux normes. Elles sont donc tranquilles au moins jusqu’en 2031. À moins que cette date ne soit à nouveau reculée. Autant dire que même à ce niveau, la parité hommes-femmes n’est pas pour demain.