Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

« Records historiques », « On atteint des sommets », « Une santé insolente », « Un optimisme à toute épreuve », « Début d’année en fanfare ». Observateurs et médias spécialisés ne tarissent pas d’éloges sur la bonne santé des Bourses des valeurs de Londres et de Paris. Du côté de la capitale britannique, l’indice FTSE 100 a dépassé les 8 000 points pour la première fois de son histoire alors qu’en France le CAC 40 a enregistré un nouveau record à 7 387,29 points. Tirés par l’industrie du luxe, l’énergie, les banques et les marchands de canons, les marchés financiers prospèrent. Pendant ce temps, un peu partout, le niveau de vie des classes populaires stagne, voire baisse. Mais, comme le dit la chanson : « Ça branle dans le manche… et gare à la revanche quand tous les pauvres s’y mettront. »

La présidente macroniste de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a confondu les deux députées insoumises noires, Nadège Abomangoli, de Seine-Saint-Denis, et Rachel Keke, du Val-de-Marne, lors de la fin des débats sur la réforme des retraites. Face aux réactions indignées de certains élus, elle a immédiatement rectifié le tir : « Je vous prie de m’excuser. Je dois en être à ma treizième heure de présidence. » Et Nadège Abomangoli de lui rétorquer : « Racisme latent et mépris ordinaire : la présidente de l’Assemblée me confond avec Rachel Keke. Elle invoque la fatigue. Et ce sont les mêmes qui veulent faire trimer deux ans de plus les gens qui s’usent au travail, eux ! » Bien envoyé.

Les appels à poursuivre la grève « qui mettra le pays à l’arrêt » le lendemain, le 8 mars, journée de lutte internationale pour les droits des femmes est une très bonne nouvelle. Car les femmes seront parmi les plus impactées par le recul de l’âge légal et l’augmentation du nombre d’années de cotisations, car elles sont moins payées et leurs carrières sont les plus heurtées. Ce sera la double peine tout au long de la vie en plus de celle qui frappe les femmes au quotidien avec la double journée de travail ! Mais du coup, le 8 mars, pas question de laisser les femmes seules en grève ou en manifestation, ce n’est pas « leur journée », c’est l’occasion de montrer que l’ensemble du monde du travail a conscience que gagner face à Borne, Macron et les patrons nécessite l’unité de notre classe et qu’arracher plus de droits pour les femmes s’insère dans une lutte générale pour que nos vies valent plus que leurs profits !

Les appels à la grève, à « mettre le pays à l’arrêt », à « durcir le mouvement » à partir du 7 mars, et à poursuivre le 8 mars se multiplient, qu’ils viennent de l’intersyndicale nationale ou d’un certain nombre de secteurs (RATP, rail, raffineries, éducation nationale, énergie, ramassage des déchets…). Les organisations de jeunesse appellent à une grosse journée de mobilisation le 9 mars, en appelant tous les lycéens et les étudiants à descendre dans la rue. On a donc pour la première fois depuis très longtemps un créneau de trois jours pour donner un coup d’envoi décisif à un mouvement d’ensemble capable de nous faire gagner. Cela veut dire qu’on est toutes et tous concernés par ces appels. Il n’y aura pas de secteur « sauveur suprême », tous les grévistes qui commenceront le 7 et continueront le 8 se donneront confiance mutuellement. Et si ces grévistes se mélangent dans la rue avec la jeunesse le 9, cela aura un petit air de grève générale qui prend son envol !

L’Association des banques a publié un communiqué dénonçant les attaques lancées contre plusieurs banques de Beyrouth et affirmant que « les fonds qui permettraient de rembourser les dépôts » ne se trouvent pas dans les établissements bancaires et que les prendre d’assaut « ne sert donc à rien ». Cette déclaration survient alors même que des déposants en colère, qui n’arrivent pas à récupérer leurs avoirs et menés par un groupe de défense des droits des clients des banques, ont mis le feu à des agences de la Fransabank, de Bank Audi, du Crédit bancaire, de Byblos Bank, de BBAC et de la Banque Libano-Française dans le quartier de Badaro de la capitale. Des membres du même groupe ont également organisé un sit-in à Horch Tabet, une banlieue beyrouthine, devant le domicile de Salim Sfeir, le directeur de l’Association des banques libanaises. Auparavant plusieurs clients armés avaient organisé des hold-up de leur propre banque pour avoir accès à leurs dépôts gelés. Et si, depuis trois ans, le pays fait face à une crise économique et financière sans précédent, les dirigeants et les propriétaires des banques ont généralement réussi à tirer leur épingle du jeu. Ainsi le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, a été officiellement accusé d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent et a été mis en examen avec plusieurs de ses proches. Il est également poursuivi par la justice suisse. Et il est loin d’être un cas isolé.

Une mannequin a été condamnée en appel à cinq ans d’emprisonnement par un tribunal de Sanaa, la capitale contrôlée par les rebelles Houthis proches de l’Iran. Intissar al-Hammadi, aujourd’hui âgée de 21 ans, avait été arrêtée le 20 février 2021 alors qu’elle se rendait avec une amie à une séance photo. En 2022, les deux femmes avaient écopé en première instance de la même peine pour « fornication », « prostitution » et « usage de drogue », de fausses accusations et une atteinte aux libertés des femmes, selon son avocat et des ONG, dont Amnesty International. Intissar al-Hammadi posait régulièrement pour des créateurs de mode locaux, les cheveux souvent dévoilés, des photos qu’elle partageait avec ses milliers d’abonnés sur Instagram et Facebook. Ce qui a profondément déplu aux Houthis, en guerre depuis 2014 contre les forces pro-gouvernementales, appuyées par l’Arabie saoudite voisine. Et les Houthis, qui se sont emparés d’une bonne partie du territoire du pays, imposent des restrictions sévères aux femmes comparables à celles qui existent en Iran.

Le géant des produits laitiers Lactalis a été mis en examen par un juge du pôle santé publique du tribunal judiciaire de Paris dans une affaire de lait contaminé à la salmonelle. À la fin de l’année 2017, cinquante sept nourrissons avaient été malades après avoir consommé ce produit en poudre fabriqué à l’usine Célia, de Craon, en Mayenne. Dans un premier temps, 620 lots avaient été retirés, avant la fermeture définitive début 2018 de la tour de séchage contaminée par la salmonelle. Le site avait déjà subi une contamination identique en 2005. Les dirigeants de l’entreprise devront répondre des chefs d’accusation de blessures involontaires, de tromperie aggravée et d’inexécution de mesures de retrait et rappel. Une consignation de 600 000 euros leur a été imposée. Quentin Guillemain, président de l’association pour la santé des enfants (qui regroupe les familles de l’affaire Lactalis qui attendent toujours le procès dans cette affaire), a réagi à cette mise en examen en déclarant : « Enfin une avancée significative dans cette affaire qui n’a que trop duré ! Il est plus que temps que les responsables soient connus et que des sanctions exemplaires soient prononcées afin que l’impunité de ces grandes industries cessent et que leurs pratiques soient mises au banc. » Lactalis sera sans doute condamnée dans cette affaire. De là à affirmer qu’une telle condamnation pourrait mettre fin aux pratiques douteuses des grands trusts de l’agro-alimentaire il n’y a qu’un pas. Que nous ne franchirons pas.

Il a fallu un article du Monde et une polémique avec la députée insoumise de Seine-Maritime, Alma Dufour, pour qu’on apprenne qu’Yaël Braun-Pivet, la très macroniste présidente de l’Assemblée nationale, disposait d’un patrimoine confortable. L’élue des Yvelines détient notamment 40 000 euros d’actions dans des sociétés cotées comme TotalEnergies ou BNP Paribas. On comprend mieux pourquoi elle a combattu bec et ongles dans l’hémicycle toute proposition visant à piocher dans les profits des grands groupes pour financer les retraites.

Le mois dernier, on a dénombré neuf femmes tuées par leur compagnon ou ex-compagnon, soit presque une tous les trois jours. Et ce mois-ci risque d’être encore pire. Au 14 février, déjà huit femmes avaient été tuées dans l’indifférence générale. À ce rythme, le chiffre de 109 femmes tuées en 2022 risque d’être dépassé. Et c’est un sujet sur lequel le monde politique garde un silence gêné. Quant au « Grenelle contre les violences conjugales » de 2019 et ses « 30 mesures contre les violences de genre », il y a bien longtemps qu’ils sont passés aux oubliettes.