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Brèves

L’actualité en bref

Suite à l’explosion survenue lundi dernier à l’usine Elkem Silicones, à Saint-Fons, au sud de Lyon, un homme âgé de 47 ans est décédé des suites de ses brûlures. Outre cette victime, deux hommes et une femme ont été blessés et sont toujours hospitalisés. L’usine en question est classée Seveso seuil haut, c’est-à-dire extrêmement dangereuse pour celles et ceux qui y travaillent ou habitent aux alentours. La préfecture du Rhône avait d’ailleurs ordonné aux riverains de rester chez eux, le temps de l’intervention des secours avant que ce confinement ne soit levé dans la soirée. En juin 2016, un important incendie s’était déjà produit dans cette usine, causant la mort d’un opérateur logistique de 25 ans. De plus, en janvier dernier, une fuite de matières dangereuses dans l’atmosphère avait été constatée. Que ce genre de bombe à retardement soit implantée au cœur de zone densément peuplée ne semble pas poser de problème aux pouvoirs publics… jusqu’au jour où cela explose comme cela s’est produit à Toulouse en 2001 avec l’accident de l’usine AZF qui avait tué 31 personnes et fait plus de 2 500 blessés.

En marge de la commémoration pour le premier anniversaire du passage du cyclone Chido à Mayotte, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, tenait un point presse. Elle s’est énervée mais n’a pas répondu lorsque l’envoyé spécial du quotidien L’Humanité lui a demandé :« Comment expliquez-vous que l’État français n’ait pas lancé d’enquête pour connaître le véritable bilan humain du cyclone ? » Une question qui fâche, car il est probable que des centaines, voire des milliers, de morts étaient des migrants comoriens et africains que les autorités ne cessent de pourchasser, qui vivent dans des conditions indignes et ont été les premières victimes du cyclone. Et là la responsabilité de l’État français est engagée.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais, peu après, le préfet, François Xavier Bieuville, entouré de militaires et de fonctionnaires, s’est planté devant les journalistes, les menaçant de poursuites et déclarant : « Ce que vous venez de faire est un scandale journalistique, votre liberté de la presse s’arrête où commence la justice… » Il faut dire que ce haut fonctionnaire jouit de pouvoirs étendus du fait notamment que depuis un an l’état d’urgence s’applique toujours dans l’archipel. Dans un passé récent il a menacé de « couper les couilles » à un journaliste qui voulait faire le point sur la situation sanitaire. Il aurait aussi lancé à l’un des quatre parlementaires mahorais : « Votre patron, c’est moi. »

La ministre et le préfet, deux dignes représentants de l’oppression et de la morgue coloniale.

Le Parlement a voté à l’unanimité une proposition de loi qualifiant la colonisation française (1830-1962) de « crime d’État » et réclamant à la France « des excuses officielles ». Il est peu niable que cette colonisation, qui se traduisit notamment par un million de victimes pendant la seule guerre d’indépendance (1954-1962), fut une entreprise criminelle de grande ampleur et que les méfaits du colonialisme doivent être dénoncés sans concession. Mais cette résolution, largement symbolique, a surtout pour but d’utiliser les crimes de la France pour inciter la population à faire bloc autour du très autoritaire président Abdelmadjid Tebboune qui musèle ses opposants et en a envoyé un certain nombre derrières les barreaux. Une banale opération de politique intérieure, qui avait déjà été tentée en 2001 et 2005.

Depuis deux ans, Benjamin Netanyahou est sous pression pour créer un organe chargé de faire la lumière sur l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et les responsabilités du gouvernement israélien dont il était déjà Premier ministre. Après avoir longtemps tergiversé, il a finalement annoncé un projet de loi qui vise à la création d’une commission d’enquête spéciale, un « comité équilibré chargé d’enquêter sur les événements ». Sauf que, contrairement à la législation israélienne, ce n’est pas la Cour suprême qui désignera les membres de cette commission mais… principalement Netanyahou lui-même et ses amis. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Le lendemain de cette décision, un groupe de familles de victimes a appelé la population à rejoindre sa lutte contre ce qu’un père de soldat tué a qualifié de « honteuse fraude politique ». Un genre de fraude dont le génocidaire de Jérusalem est un habitué.

L’administration Trump a publié un spot de fin d’année où le père Noël est un agent de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, c’est-à-dire la police de l’immigration) qui expulse des migrants. En légende, l’ICE promeut son plan de départs volontaires. On peut y lire : « Évitez la liste des vilains du père Noël ! Expulsez-vous vous-même dès aujourd’hui avec l’application CBP Home, gagnez 3 000 dollars (2544 euros) et passez Noël en famille. Cette offre spéciale est valable jusqu’à fin 2025. » Sur son site, le ministère américain de la Sécurité intérieure en a remis une couche en indiquant que « les étrangers en situation irrégulière qui ne profitent pas de cette offre spéciale aujourd’hui n’ont qu’une seule alternative : ils seront arrêtés, expulsés et ne pourront plus jamais revenir aux États-Unis ». Le tout au son d’une musique à la guitare électrique. Dans un passé récent, l’administration américaine avait déjà publié des vidéos comparant les migrants à des Pokémon. Des dirigeants ignobles et fiers de l’être.

Huit militants du groupe Palestine Action sont en grève de la faim depuis cinquante jours. Ils sont détenus depuis un an sans procès après une action contre un site de l’entreprise d’armement israélienne Elbit à Filton, près de Bristol. Deux d’entre eux, Kamran Ahmed et Quesser Zuhra, ont été hospitalisés en urgence dans un état critique. Leurs avocats demandent leur libération conditionnelle ce que refuse le ministère de la justice britannique. Palestine Action a été interdit par le gouvernement britannique en juillet 2025, ce qui a conduit à des manifestations de protestation et à plus de 2 000 arrestations. Cette interdiction est partie intégrante de la politique pro-israélienne du gouvernement travailliste de Keir Starmer qui vise aussi à criminaliser le soutien à la Palestine. Liberté pour les militants de Palestine Action !

Le nom « La Négresse » a été finalement retiré ces jours-ci du péage autoroutier de Biarritz géré par Vinci Autoroutes. Cette décision fait suite à une décision de la cour administrative d’appel de Bordeaux qui avait ordonné, en février dernier, à la ville de Biarritz de débaptiser un quartier et une rue portant ce nom à connotation raciste et sexiste et qui portait atteinte à la dignité humaine. La ville s’est exécutée pour la rue mais refuse de le faire pour le quartier affirmant que c’est un nom d’usage qui n’est pas de son ressort. Ce combat est mené, depuis 2013, par l’association anti-raciste Mémoires et partages, qui compte maintenant s’attaquer aux commerces locaux et au quartier portant encore ce nom. Notons que ses membres ont subi maintes attaques sur Internet allant jusqu’à des menaces de mort. Décidément le racisme a la peau dure…

Huit militants écologistes du mouvement Extinction Rebellion ont été jugés par le tribunal de Saverne, dans le Bas-Rhin, pour avoir alerté, par des tags sur un pont d’autoroute à Dorlisheim, contre l’enfouissement de déchets toxiques dans l’ancienne mine de potasse de Stocamine. Ils avaient écrit : « Stocamine contamine ». Pour ce délit « gravissime » le parquet a requis trois mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende pour chacun d’eux. Des peines supérieures à celles que le parquet demande généralement contre les flics tabasseurs ou contre les membres de la Coordination rurale qui saccagent des bâtiments publics. Deux poids deux mesures.

La branche française de l’équipementier finlandais Nokia a officialisé la suppression de 421 postes sur ses sites de Paris-Saclay (343 postes) et de Lannion (84 postes) dans les Côtes-d’Armor. Cela représente plus de 18 % des 2 300 salariés de Nokia France. C’est le septième plan de suppressions d’emplois depuis que l’entreprise a été rachetée au groupe Alcatel-Lucenr en 2016. Ce plan de licenciements, appelé rupture conventionnelle collective, a été cautionné et signé par les syndicats CFDT et CFE-CGC. L’entreprise ne se porte pourtant pas trop mal puisqu’elle a réalisé l’an dernier un bénéfice de 846 millions d’euros. Ces suppressions d’emplois devraient lui permettre d’accroître encore ses marges. Non aux licenciements, répartition du travail entre tous !