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Brèves

L’actualité en bref

Les dockers CGT du port ont empêché le chargement d’un conteneur suspecté de transporter du matériel militaire français à destination d’Israël. Ce conteneur, pesant 22 tonnes, était destiné à l’entreprise israélienne Elbit Systems et devait transiter par le terminal portuaire privé MSC avant d’être embarqué sur un navire de la compagnie israélienne ZIM à destination du port de Haïfa. Le syndicat CGT, qui représente l’ensemble des 3 000 dockers havrais, avait été alerté par des associations, dont Urgence Palestine et le Palestinian Youth Movement, sur la nature de la cargaison. Cette action s’inscrit dans la continuité de précédentes mobilisations du syndicat contre la livraison de matériel militaire à l’État sioniste. Un exemple à suivre.

Un rapport de la Cour des comptes révèle que 9 % des heures de cours n’ont pas été assurées dans les collèges publics sur l’année scolaire 2023-2024 du fait essentiellement d’absences d’enseignants non remplacés. Cela représente 10,3 millions d’heures d’enseignement perdues. Les chiffres étaient de 9,5 % en 2021-2022 et de 11,2 % en 2022-2023. Sont ainsi comptabilisées les absences des enseignants liées à des raisons personnelles (maladie, congé maternité, autorisations d’absence), au fonctionnement du système éducatif (formations, examens et concours, sorties, voyages scolaires, réunions…) ou encore les heures perdues pour fermetures d’établissement (1 % des heures, pour cause d’examens notamment). Les mesures proposées par la Cour des comptes (remplacement d’un collègue absent sur la base du volontariat, réduction des absences institutionnelles, encouragement des profs à enseigner deux matières etc.) ne peuvent masquer le problème de fond : le nombre insuffisant de personnel pour assurer la présence d’un enseignant devant chaque élève tout au long de l’année.

12 décembre 2015 : le président de la République de l’époque, François Hollande, et Christiana Figueres, à la tête de l’agence ONU Climat, savouraient bras levés la signature de l’accord de Paris en marge de la COP21. Un accord parait-il « historique » (un de plus) censé faire un pas décisif sur la voie du ralentissement du réchauffement climatique. Une décennie plus tard, place au désenchantement. Malgré les déclarations fracassantes de Macron, qui avait déclaré que son second quinquennat « serait écologique ou ne serait pas », rien n’a vraiment changé. Pire, la baisse des émissions des gaz à effet de serre est en net recul et le détricotage de mesures écologistes pourtant bien modestes se poursuit. Pas étonnant dans ces conditions que tant l’Élysée que Matignon aient gardé un silence prudent sur cet anniversaire. Quant à la pollution de l’air, des sols, des eaux et leurs effets sur la santé, elle continue de plus belle.

La Coupe de monde de foot se déroulera l’an prochain aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le 26 juin, un match est prévu à Seattle, dans l’État de Washington. La communauté homosexuelle étant très présente dans cette ville le comité d’organisation local a décidé de dédier cette compétition à la cause LGBTQ+ en l’intitulant « match des fiertés ». Une première dans l’histoire de cette compétition. Ce qui a provoqué des réactions hostiles et indignées de la part des deux pays dont les équipes avaient été désignées par tirage au sort pour disputer ce match, en l’occurrence l’Iran et l’Égypte. Rappelons qu’en vertu du droit islamique (la charia), les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont interdites en Iran et peuvent dans certains cas être punies par la peine de mort. En Égypte, si l’homosexualité n’est pas explicitement interdite, elle est souvent sanctionnée en vertu de lois formulées de manière vague interdisant la « débauche ». La télévision d’État iranienne a indiqué que l’Iran allait « contester » cette décision auprès de la Fédération internationale de football. De son côté la Fédération égyptienne de foot a fait savoir qu’elle avait envoyé une lettre officielle au secrétaire général de la Fédération internationale rejetant « en termes absolus » toute activité liée au soutien LGBTQ+ lors du match. Il y a de fortes chances que les instances internationales du football, pas spécialement connues par leur ouverture d’esprit, donnent raison aux bigots islamistes.

Narges Mohammadi, 53 ans, qui se bat notamment contre le voile obligatoire pour les femmes et contre la peine de mort, a été arrêtée alors qu’elle participait à une cérémonie commémorative en l’honneur d’un avocat spécialisé dans les droits de l’homme, récemment retrouvé mort dans des circonstances controversées. Mohammadi avait reçu le prix Nobel de la paix en 2023 et purgeait depuis 2021 une peine de 31 ans de prison. Ses partisans avertissaient depuis des mois qu’elle risquait d’être renvoyée en prison après avoir bénéficié d’une permission de sortie en décembre 2024 pour raisons médicales. Alors que cette permission ne devait durer que trois semaines elle avait été prolongée du fait notamment des pressions internationales et des démonstrations de sympathie en sa faveur dans le pays. Liberté pour Narges Mohammadi !

La préfecture du Rhône a interdit les concerts d’artistes « anti-système » et « anti-police » prévus dans le cadre du festival antifasciste Lyon Antifa Fest, qui se tenait à Villeurbanne, près de Lyon. Cette décision a été prise en évoquant des risques de « troubles à l’ordre public ». Plusieurs groupes de punk rock et de rap étaient visés par cet arrêté. Le festival avait été pris pour cible par l’extrême droite, notamment par la députée Rassemblement national du Rhône, Tiffany Joncour, mais aussi par le syndicat de policiers Alliance, le tout avec le soutien du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Pour ne pas être en reste, la mairie lyonnaise avait, de son côté, pris un arrêté interdisant la tenue dans le cadre du festival d’une conférence intitulée « La Palestine : notre boussole anti-fasciste », à laquelle devait participer notamment l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri. Les organisateurs ont déposé un recours en référé-liberté devant le tribunal administratif pour suspendre cette décision qu’ils considèrent à raison comme une atteinte grave à la liberté d’expression.

L’Assemblée nationale a massivement approuvé le principe d’une hausse de 6,7 milliards d’euros des crédits consacrés à l’armée. Si les députés insoumis et communistes ont voté contre, les écologistes se sont courageusement abstenus. Mais les députés socialistes ont, sans état d’âme, mêlé leurs voix à celles du RN, des amis de Ciotti, des Républicains, des macronistes et des centristes de tout poil. Une façon comme une autre de se montrer « responsables » à l’égard de la bourgeoisie et des marchands de mort.

Le ministère de l’Éducation nationale met gratuitement à la disposition des établissements scolaires du primaire un petit livre de 36 pages intitulé Ma première cérémonie militaire. L’ouvrage en question a été réalisé en collaboration avec le bureau du protocole du gouverneur militaire de Paris. Il est censé « faire découvrir le cérémonial militaire à travers les yeux d’un petit garçon ». Depuis son discret lancement, en 2020, 320 000 exemplaires ont été écoulés. Mais où l’Éducation nationale a-t-elle trouvé le budget nécessaire pour imprimer cet opuscule ? Auprès des industriels de l’armement, bien sûr. C’est ainsi qu’ont craché au bassinet : le leader mondial dans la conception de missiles MBDA, Dassault Aviation, Airbus, Safran, Naval Group ou encore Arquus, spécialiste des véhicules militaires… mais aussi le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin. Mais attention, il ne s’agirait pas de bourrage de crâne militariste mais… d’instruction civique ! Charmant euphémisme.

L’Assemblée nationale a voté à l’unanimité une proposition de loi « historique » qui garantit que chaque enfant sous mesure d’assistance éducative – c’est-à-dire placé en famille d’accueil ou en foyer, ou suivi dans sa famille par des services sociaux – aura toujours un avocat à sa disposition pour défendre ses droits. La proposition de loi a été débattue alors qu’une vidéo montrant un enfant tondu par punition par des éducateurs dans un foyer d’enfants placés à Paris a suscité l’indignation. Que les enfants en difficulté (ils sont environ 380 000) soient mieux protégés est évidemment une bonne chose. Mais, alors que l’Aide sociale à l’enfance, qui dépend des départements, est dans une situation financière critique, qu’elle peine à recruter assistances sociales et éducateurs qualifiés, qui financera l’effort budgétaire important que nécessitera le fait de faire appel à des milliers d’avocats ? Qui dit que leurs dossiers seront prioritaires devant des juridictions déjà saturées ? La nouvelle loi est muette sur tout ça. Au-delà de l’effet d’annonce, elle risque donc fort de rester lettre morte.