Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, s’est dit ouvert à une « suspension » de la suppression de la prime de Noël pour les foyers éligibles sans enfants (bénéficiaires du RSA et chômeurs en fin de droits) qu’il avait annoncée auparavant en ayant le culot d’affirmer qu’à l’égard de ces personnes l’État ne peut plus poursuivre « ses politiques de générosité maximale. » À l’évidence, il confond les précaires et les grandes patrons. Mais il met une condition à cette suspension : trouver ailleurs 210 millions d’euros. Et il a dans le collimateur les classes populaires. Une façon de reprendre d’une main ce qu’il a donné de l’autre.

Emmanuel Macron a conclu sa tournée en Amérique latine par une visite à Mexico. Là il a été question de la restitution par la France de deux « codex », œuvres illustrant l’histoire et la vie dans la civilisation aztèque, dont l’un est conservé à l’Assemblée nationale et l’autre dans les collections de la Bibliothèque nationale de France. Ces manuscrits ont été dérobés alors que le Mexique était une colonie espagnole et se sont retrouvés aux mains de collectionneurs privés qui les ont ensuite monnayés. Mais ces codex ne sont que deux des milliers d’objets d’art pillés par les puissances coloniales (France, Grande-Bretagne, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Portugal…) en Amérique latine, en Afrique et en Asie au cours de leur domination et dont les ex-peuples colonisés demandent la restitution. Un juste retour des choses…

À l’incitation du président Recep Tayyip Erdoğan, le parquet général d’Istanbul a lancé des mandats d’arrêt contre 37 dirigeants israéliens dont Benyamin Netanyahou, les ministres Israël Katz et Itamar Ben-Gvir, le chef d’état-major, Eyal Zamir, etc. Ils sont accusés de « génocide et de crimes contre l’humanité perpétrés de manière systématique par l’État israélien à Gaza ». Mais l’action et l’indignation de la justice turque paraîtraient plus crédibles et dignes de considération si, depuis des années, les magistrats turcs n’avaient pas laissé les mains libres à Erdoğan pour commettre des exactions sans nombre contre le peuple kurde (40 000 morts), qui représente 20 % de la population de son pays. En outre le système judiciaire est depuis longtemps utilisé par Erdoğan pour réduire au silence ses rivaux politiques, poursuivre et emprisonner des journalistes, des juges et des maires, comme celui d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, en prison depuis mars. En outre il a destitué nombre de maires kurdes pour les remplacer par des administrateurs à sa solde. Dans un communiqué, le Hamas a salué la décision du parquet général stambouliote. C’est bien le seul…

Au Congrès de Washington, représentants démocrates et républicains ne parviennent toujours pas à se mettre d’accord sur un budget, ce qui a conduit à l’arrêt des financements publics de nombre d’activités, ce qu’on appelle la paralysie budgétaire ou « shutdown ». Des centaines de milliers de fonctionnaires fédéraux ont déjà été mis au chômage technique et des contrôleurs aériens ont cessé le travail faute d’être payés. Mais l’une des conséquences les plus dramatiques de cette situation est que les aides alimentaires publiques dont bénéficient plus de 42 millions de personnes sont désormais menacées. Selon le ministère de l’Agriculture, qui administre ces aides, un résident américain sur huit bénéficiait en 2023 – date du dernier recensement – d’une moyenne de 187 dollars (162 euros) de chèques alimentation par mois et par personne. Parmi les récipiendaires, 39 % étaient des enfants et des adolescents de moins de 18 ans. Mais de cela les politiciens s’en moquent.

Les représentants américains ne se sont pas présentés à l’Examen périodique universel de leurs performances en matière de droits de l’homme, une structure mise en place en 2008 pour évaluer la situation des droits humains dans chaque pays. Les États-Unis avaient informé l’ONU de leur décision par une lettre adressée au Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, soulignant notamment que le Conseil était « politisé ». Washington ne tenait pas à ce que ses représentants soient interrogés sur les violations sans nombre de libertés publiques commises par Trump et son administration. Depuis la création d’une telle structure, un seul pays l’avait boycotté en 2013… Israël, l’État sioniste étant peu désireux de s’expliquer sur l’apartheid qu’il pratiquait à l’égard des Palestiniens. Qui se ressemble…

La Commission européenne a annoncé que vingt-et-une compagnies aériennes du Vieux Continent, dont Lufthansa et Air France, se sont engagées à renoncer à leurs allégations environnementales trompeuses sur la « compensation » carbone de leurs vols. Une attitude frauduleuse que l’on appelle « greenwashing » ou « écoblanchiment ». À l’issue d’un dialogue avec la Commission et des associations de protection de consommateurs, ces compagnies doivent cesser « prétendre » neutraliser, compenser ou réduire directement les émissions de CO2 de leurs vols par des « éco-contributions » des passagers. Cet engagement, qui n’engage dans les faits à pas grand-chose, fait suite à la condamnation de certaines compagnies par des tribunaux en Allemagne, aux Pays-Bas et en France sur plaintes d’associations de consommateurs. Mais comme l’a souligné Diane Vitry, directrice aviation de l’ONG Transport and Environment : « Il y a une marge d’évolution sur l’honnêteté de la communication des compagnies. » Pour le dire plus crûment cette communication est carrément mensongère.

Le Parlement a entériné le proposition de Gabriel Attal élevant à titre posthume Alfred Dreyfus au grade de général de brigade. À l’issue d’un ultime vote, les sénateurs, comme les députés avant eux en juin, ont adopté ce texte à l’unanimité. Cent trente ans après sa condamnation pour haute trahison sur la base de faux documents Dreyfus est symboliquement rétabli dans ses droits militaires après avoir été réhabilité en 1906. De quoi s’en réjouir ? Pas vraiment. Car, pas plus à l’Assemblée nationale qu’au Sénat, il n’y a eu aucun parlementaire, fût-il de gauche – socialiste, communiste, écologiste ou insoumis – pour profiter de l’occasion pour dénoncer le rôle de l’armée dans le calvaire du capitaine juif et dans la campagne antisémite qui s’ensuivit. Et, depuis lors, cette armée raciste, colonialiste et impérialiste a fait bien pire en Algérie, au Vietnam, à Madagascar, dans toute l’Afrique et ailleurs. Être promu en son sein n’est vraiment pas un honneur.

Cinq ans après l’interpellation très violente du producteur de musique martiniquais Michel Zecler, la défenseure des droits, Claire Hédon, réclame que les policiers mis en cause passent enfin devant un conseil de discipline pour des manquements déontologiques graves, dont la tenue de propos racistes. L’arrestation et le tabassage de Zecler avaient été enregistrés par une caméra de surveillance. L’affaire avait fait grand bruit à l’époque et Macron s’était fendu d’une déclaration dénonçant « une agression inacceptable », avait réclamé une police « exemplaire » et demandé des sanctions claires. Cause toujours. Les juges d’instruction ont bien ordonné en juin dernier le renvoi devant une cour criminelle de trois des quatre policiers (le quatrième sera jugé en correctionnelle) mais la circonstance aggravante de racisme a été écartée, en dépit de quatre témoignages concordants. Mais les flics tabasseurs n’ont toujours pas été sanctionnés malgré le rapport accablant de l’IGPN, la police des polices, publié en juillet 2021, qui demandait au préfet de police de Paris de les faire passer en conseil de discipline. Peine perdue. Les policiers impliqués n’ont pas été inquiétés par leur hiérarchie qui ne semble guère s’ émouvoir du comportement de voyous de ses troupes.

Dans un rapport analysant les droits d’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans une quarantaine de pays d’Europe, Amnesty International lance un cri d’alarme en constatant : « Des victoires durement acquises en matière de droits reproductifs courent un risque grave d’être compromises par une vague de politiques régressives, soutenues par le mouvement anti-genre et défendues par des politiciens et politiciennes populistes ayant recours à des pratiques autoritaires. » Parmi les différents obstacles « administratifs, sociaux et financiers » qui restreignent l’accès des femmes à l’avortement le rapport signale notamment que dans plus d’une dizaine de pays – comme l’Allemagne, l’Autriche et la Bulgarie – le coût de l’ IVG peut être « prohibitif » quand elle n’est pas prise en charge par le système de santé. Dans d’autres, comme l’Italie, la Croatie et la Roumanie, le nombre « très élevé » de professionnels de santé refusant de pratiquer les avortements en raison de convictions personnelles ou religieuses compromettent l’accès à la procédure. De plus en Albanie, en Belgique, en Hongrie, en Lettonie et au Portugal on impose aux femmes « des prérequis injustifiés sur le plan médical », comme un délai d’attente ou une consultation obligatoire de conseil, « susceptibles d’entraîner des retards d’accès ». En Pologne et en Autriche, on a signalé la présence de militants anti-avortement « agressifs » aux abords des établissements spécialisés dans la santé sexuelle et reproductive alors que des centres de planification familiale en France et des centres de conseil obligatoire en Allemagne ont eux subi des attaques de la part de groupes hostiles à l’avortement. Partout le combat pour le droit à l’avortement libre et gratuit reste d’actualité.