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Sénégal : le vrai visage du Pastef, parti réactionnaire et homophobe

Le Sénégal vient de devenir l’un des pays les plus répressifs envers l’homosexualité sur le continent africain. Le 11 mars dernier, l’Assemblée nationale sénégalaise a adopté, à la quasi-unanimité, un texte de loi durcissant les peines réprimant les relations homosexuelles dans le pays. Il prévoit de punir ce qu’il qualifie d’« actes contre nature » de cinq à dix ans de prison, contre un à cinq ans auparavant. En parallèle, toute une campagne se déroule actuellement dans certains médias et sur les réseaux sociaux pour assimiler homosexualité, pédophilie et sida. C’était une des promesses électorales du Premier ministre Ousmane Sonko et de son parti, le Pastef (les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) au pouvoir depuis avril 2024. Et c’est une des rares promesses tenues, car elle ne coûte rien à mettre en œuvre…

Sous le coup d’une importante dette publique, le Sénégal affronte des difficultés économiques. Comme tous les gouvernements, celui d’Ousmane Sonko ne demande rien aux plus riches : il se contente d’accuser l’ancien président Macky Sall, qui vit maintenant au Maroc, de « haute trahison » dans la gestion des affaires du pays, mais c’est à la population qu’il demande des « sacrifices », en imposant toute une série de nouvelles taxes. La répression vis-à-vis de l’homosexualité vient donc à point nommé, pour faire diversion.

Le Pastef, parti nationaliste et traditionaliste, se met en scène comme bataillant pour restaurer l’indépendance et la souveraineté du Sénégal, notamment face à la France. Mais, pour le moment, les promesses de ruptures de contrats avec les entreprises françaises, omniprésentes dans l’économie, voire de départ du franc CFA, sont restées lettre morte. Sous la pression de collectifs religieux, telle l’organisation sénégalaise islamique Jamra, seul le volet réactionnaire et moraliste du programme du Pastef est mis en œuvre. La criminalisation de l’homosexualité est ainsi présentée comme une mesure phare dans la lutte contre l’occidentalisation des mœurs. Les agressions homophobes se multiplient dans le pays, plongeant les personnes homosexuelles dans la terreur.

Lydie Grimal