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Syrie : le régime islamiste fait la guerre aux Kurdes

Ahmed al-Charaa, novembre 2025.
Photo: Ricardo Stuckert / PR

Un an après la chute de Bachar el-Assad, les peuples de Syrie vivent toujours au son des canons. Le 7 janvier, les forces du gouvernement islamiste HTS ont pris d’assaut les quartiers kurdes d’Alep. Douze jours plus tard, c’est au tour de Kobané et Hassakeh d’être assiégées par les troupes d’Ahmed al-Charaa, le djihadiste devenu « président par intérim » de la Syrie.

Une offensive cautionnée par les puissances impérialistes

Après plusieurs mois de blocus économique et d’accrochages militaires, l’offensive islamiste a débuté après avoir obtenu un feu vert de la part des États-Unis et d’Israël à la suite d’une rencontre diplomatique le 6 janvier à Paris, en échange d’une normalisation accélérée des relations avec l’État sioniste1 – qui occupe pourtant des territoires au sud de la Syrie où il a détruit une bonne partie des équipements militaires qui y étaient présents.

Si les impérialistes abandonnent aujourd’hui ceux qu’ils ont appelé jusque-là leurs « partenaires » kurdes2 (ceux-ci ayant servi de chair à canon contre Daech il y a dix ans), c’est qu’ils considèrent le régime d’al-Charaa – le protégé d’Erdoğan et des pays du Golfe – comme suffisamment sous leur coupe pour maintenir leur « ordre » social dans la région.

Un renforcement de la dictature d’al-Charaa

En écrasant l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), le régime islamiste cherche à terroriser l’ensemble de la population syrienne, à commencer par les Azéris (massacrés par milliers en mars 2025) et les Druzes (attaqués en juin dernier). La signature d’un « décret présidentiel » reconnaissant les droits nationaux kurdes n’est qu’une manœuvre dédiée aux chancelleries occidentales : al-Charaa règne depuis plus d’un an par la terreur et il n’entend pas s’arrêter.

Quelles possibilités pour les Kurdes ?

L’avancée fulgurante des troupes d’HTS dans les territoires dirigés par l’AANES entre le 17 et 19 janvier n’est pas le fruit d’une victoire militaire, mais de l’abandon des FDS par la majorité de ses soldats d’origine arabe, les chefs tribaux ayant fait le choix de soutenir l’offensive d’al-Charaa3.

Les forces kurdes ont donc décidé de se retirer des zones à majorité arabe (où se trouvent de nombreux champs de pétrole) pour se concentrer dans les territoires kurdes, autour de Kobané, Qamishli et Hassakeh, après l’échec des négociations entre al-Charaa et Mazloum Abdi, commandant en chef des troupes kurdes le 19 janvier.

Une fois de plus, les puissances impérialistes abandonnent les Kurdes après les avoir utilisés. Une leçon qui résonne d’autant plus alors que les États-Unis (comme la France) continuent de justifier leurs interventions militaires au nom du droit des peuples et de la démocratie.

Stefan Ino

1  Au programme, « coordination militaire et économique » entre Israël et la Syrie.

2  Les États-Unis font pression depuis plus d’un an pour obtenir la dissolution de l’AANES et des troupes kurdes au sein de l’appareil d’État d’al-Charaa.

3  Ceux-ci ont l’habitude de changer de camp : de Bachar al-Assad aux FDS, en passant par Daesh et les milices chiites pro-Iran…