
Une taxe carbone est entrée en vigueur le 1er janvier 2026 aux frontières de l’Union européenne. Elle concerne les importations d’acier, d’aluminium, de ciment, d’engrais, d’hydrogène et d’électricité, pour un total d’environ 3 % des importations européennes. Une nouvelle mesure protectionniste dans un contexte de guerre commerciale entre grandes puissances, à la suite notamment de la hausse des droits de douane de Trump. Ici encore, la Chine fait partie des pays visés, puisqu’elle produit plus de la moitié de la production mondiale d’acier brut, d’aluminium ou encore de ciment, avec des processus très émetteurs en CO2. Objectif affiché : obliger les industries des pays qui exportent en Europe à s’aligner sur les réglementations européennes en matière d’émission de CO2 pour mettre un terme à une supposée concurrence déloyale et empêcher les délocalisations.
Une mesure écologique ou une nouvelle preuve d’hypocrisie ?
Cette réglementation européenne s’appuie sur le marché carbone, sur lequel chaque entreprise achète des droits à polluer sous forme de quotas carbone, de l’ordre de quelques dizaines d’euros par tonne de CO2 émise. Eh oui, pour les capitalistes, même le droit de polluer peut se marchander ! Avec les résultats que l’on connaît : depuis la mise en place de ce marché carbone il y a vingt ans, les rapports toujours plus alarmants du Giec se sont accumulés, et en 2025 les émissions de CO2 ont atteint de nouveaux records en augmentant de plus de 1 % par rapport à 2024.
D’ailleurs, preuve que la réduction des émissions de gaz à effet de serre n’est pas d’actualité, l’ambition de l’UE d’interdire la vente de véhicules thermiques en Europe en 2035 vient d’être reportée afin de répondre aux désirs des patrons de l’automobile. L’État français, de son côté, ne trouve pas grand-chose à redire à son industriel pollueur phare, TotalEnergies, et a même fourni à son PDG, Patrick Pouyané, une accréditation dans la délégation française pour la COP30. Les politiques en matière économique, écologique ou encore militaire de l’Union européenne, tout comme celles des États, n’ont qu’un but au fond : assurer un maximum de profits à leurs grandes entreprises.
Les industriels choyés par l’État, mais les travailleurs sur le carreau
Si cette taxe carbone n’aura qu’un impact anecdotique sur les émissions de gaz à effet de serre, elle aura par contre un impact réel sur le pouvoir d’achat en se répercutant sur les prix des produits finis, et rien ne garantit qu’elle empêchera des suppressions d’emplois. Les réglementations environnementales sont d’ailleurs déjà utilisées par les patrons de l’automobile pour justifier des licenciements sous couvert de passage à la production de voitures électriques. De même, des grands groupes de la sidérurgie comme ArcelorMittal ou Saint-Gobain comptent faire payer la décarbonation de leur production aux travailleurs (salaires en berne, suppressions d’emploi), en faisant au passage pression sur l’État pour l’obliger à casquer.
Aucun marché carbone ni aucune taxe ne nous protégeront de la catastrophe climatique. Pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, il faudra ôter à la bourgeoisie les manettes de l’économie.
Raphaël Merreux