Nos vies valent plus que leurs profits

Un monde à vendre : la saga des traders de matières premières — de Javier Blas et Jack Farchy

Un monde à vendre : la saga des traders de matières premières
Javier Blas et Jack Farchy
Novice, 2025, 462 p., 22,90 €

3 août 2010, les marchés agricoles sont sous tension. Yuri Ognev vient d’annoncer qu’il est favorable à ce que la Russie interdise les exportations de blé, pour soulager les prix sur le marché intérieur. Ce n’est pas n’importe qui, il dirige le négoce des céréales russes chez Glencore, une maison qui achète et qui vend des matières premières dans le monde entier. Deux jours plus tard, le Kremlin suit sa recommandation, le prix du blé prend 15 % instantanément et la division agricole de Glencore, qui avait parié sur la hausse des prix, fera 659 millions de dollars de bénéfice pour 2010. Quelques mois plus tard, c’est le début des printemps arabes, durant lesquels la cherté de la vie et notamment de la nourriture était au centre de la colère.

Des « anecdotes » comme celle-ci, le livre en est truffé, sans d’ailleurs que les auteurs, deux chroniqueurs boursiers, ne s’en révoltent au-delà des convenances. Mais la lecture de leur ouvrage présente quand même un intérêt pour les révolutionnaires de 2025, celui de raconter l’histoire d’un domaine méconnu d’action du capital, le négoce de matières premières. Quelques maisons contrôlent aujourd’hui la circulation mondiale du pétrole, du charbon, des métaux et de la nourriture. Elles ont pris leur envol après la guerre, alors que le vieil ordre impérialiste, déjà menacé par la révolution russe de 1917, était bousculé par les révolutions dans les pays dominés. Elles ont joué le rôle d’intermédiaires sur le marché mondial et, de plus en plus, se sont immiscées dans la production, au point de contrôler des branches entières. Elles sont aussi discrètes que décisives et gagnent donc à être connues… pour être mieux combattues.

Bastien Thomas