Après avoir menacé l’Europe de droits de douane supplémentaires jusqu’à cession du Groenland, puis affirmé qu’il ne reculerait jamais, Trump s’est livré à un nouveau revirement dont il a le talent.
Officiellement, il aurait trouvé un accord satisfaisant avec l’Otan ; les dirigeants européens, eux, mettent cela sur le compte des quelques soldats qu’ils ont dépêchés sur place. La réalité est sans doute plutôt du côté de la finance américaine : une chute de 2,1 % de l’indice boursier américain S&P 5001 en une seule journée, ce qui a fait mauvais effet alors que Trump était entouré de tous les grands patrons et financiers de la planète à Davos.
Plus exceptionnel, les bons du trésor américains ont connu une chute simultanée, alors même qu’ils servent habituellement de refuge lorsque la bourse fait des siennes. La veille, deux fonds danois ont en effet mis en vente leurs titres de dette américaine – l’un, AkademikerPension, en détenait à lui seul pour 100 milliards de dollars ! Que la dette américaine serve de monnaie de chantage, il n’en fallait pas plus pour que Trump tonitrue… et recule ! Les dirigeants des fonds danois n’avaient revendiqué aucun « patriotisme », avouant avoir surtout anticipé d’éventuelles sanctions américaines contre le secteur financier danois.
La dette américaine est ainsi apparue comme une arme contre les menaces de Trump. Il est vrai que les États-Unis dépendent de plus en plus du reste du monde pour financer leur dette : 30 % est aujourd’hui détenue par des investisseurs étrangers, dont 9,5 % par des Européens. Les dirigeants européens ont annoncé qu’ils envisagent d’utiliser ce moyen de pression. Seul hic, une mise en vente massive risquerait fort de faire s’écrouler les cours… et donc d’entrainer de lourdes pertes pour les détenteurs actuels. Une arme à double tranchant !
La bourse américaine avait perdu 19 % en février après l’annonce des « tarifs réciproques », obligeant Trump à annoncer une pause. La bourse suffit-elle donc à le « raisonner » ? S’il est vrai qu’en bon dirigeant du monde capitaliste, il se doit de servir les intérêts de la finance et garde donc un œil sur les aléas boursiers, la bourse s’habitue aux menaces… comme aux revirements. Le dicton « Trump always chickens out » (« Trump se dégonfle toujours »), abrégé en TACO, a été inventé par un chroniqueur du Financial Times, conseillant au contraire d’acheter des actions quand Trump menace et que les cours baissent, pour revendre avec une plus-value quand les cours remontent après la reculade.
Au-delà des accrocs quand Trump semble aller trop loin au risque d’une rupture avec ses alliés historiques, la bourse poursuit son ascension : elle a augmenté de 16 % en un an de Trump au pouvoir. Preuve que la finance s’en satisfait très bien. D’autant que, si Trump recule, il en reste toujours quelque chose. Ses menaces du printemps lui ont permis d’imposer de nouveaux accords commerciaux, à la fois plus favorables aux États-Unis, et défavorables à la Chine (les accords imposant aux pays concernés de réduire leurs échanges avec le concurrent le plus menaçant pour la toute-puissance américaine). Les menaces sur le Groenland permettront sans doute d’accéder plus facilement au territoire pour de nouvelles bases ou pour l’exploitation du sous-sol riche en minerais.
Les seuls à pouvoir réellement mettre fin aux velléités impérialistes d’un Trump sont donc surtout ceux qui ont déjà commencé à se battre contre sa politique anti-migrants à Minneapolis et ailleurs, seuls alliés des travailleurs européens, non seulement contre Trump, mais aussi contre les dirigeants européens qui font les mêmes rêves que Trump, sans en avoir les mêmes moyens.
Maurice Spirz
1 Indice boursier géré par Standard & Poor’s basé sur 500 grandes entreprises cotées aux États-Unis.