
Après plusieurs semaines d’offensive contre les forces autonomistes kurdes, un accord a été signé entre al-Charaa, djihadiste du groupe HTS devenu président de la Syrie, et Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS, qui regroupaient des milices kurdes et arabes). Celui-ci consacre « l’intégration » des forces militaires kurdes au sein de l’appareil d’État issu de la chute de Bachar el-Assad mais surtout l’entrée de l’administration et des troupes d’HTS dans les principales villes kurdes. Un accord obtenu sous la contrainte (Hassaké et Kobané assiégées sans eau ni électricité) qui met fin aux rêves d’autonomie kurdes du PYD, organisation politique liée au Parti des travailleurs kurdes de Turquie (PKK).
L’Administration autonome du nord-est syrien (AANES, aussi appelée Rojava) est née au cœur de la guerre civile syrienne ayant succédée aux Printemps arabes de 2011. Affaibli, le régime de Bachar el-Assad avait alors négocié son retrait des territoires kurdes avec le PYD, afin de mieux concentrer ses forces contre l’opposition. Alors que la guerre civile s’approfondissait, les forces kurdes – soutenues par les puissances impérialistes – ont occupé des territoires à majorité arabe dans leur lutte contre l’État islamique.
Pour les impérialistes, c’est « Mission terminée » pour les Kurdes
La chute de Bachar el-Assad et la prise du pouvoir à Damas par le HTS d’al-Charaa en 2024 a rebattu les cartes : l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie soutiennent directement al-Charaa et les États-Unis (et ses alliés occidentaux dont la France et Israël) ont vu en lui un meilleur atout dans la région que des partis nationalistes kurdes qui se réclament du socialisme et ne leur sont pas directement soumis. L’AANES est donc devenue superflue pour les impérialistes, et al-Charaa a reçu le feu vert de Trump pour dissoudre par la force l’autonomie kurde établie depuis plus de dix ans.
Quelles seront les conséquences pour les populations kurdes en Syrie et en Turquie ? Mazloum Abdi a réussi à négocier auprès de Damas le maintien de 20 000 de ses soldats dans les villes kurdes, mais sous commandement HTS. L’accord prévoit également la nomination d’un gouverneur régional, ainsi que quelques garanties administratives pour les Kurdes. Mais ce n’est pas la première fois qu’un accord est signé, avant d’être déchiré. D’autant plus qu’al-Charaa et ses partisans – qui ont déjà massacré d’autres minorités principalement parmi les alaouites et druzes – défendent l’établissement d’un régime dictatorial, et disposent désormais de troupes dans les centres urbains kurdes. Quant au PKK en Turquie, il est désormais privé de sa base arrière en Syrie, alors qu’il est englué dans un « processus de paix » avec le gouvernement turc d’Erdoğan qui ne lui a fait aucune concession en échange de sa démilitarisation.
Une preuve de plus, s’il en fallait, que l’émancipation des peuples opprimées ne pourra jamais être négociée avec des puissances régionales ou impérialistes : seule la mobilisation révolutionnaire des travailleurs et des travailleuses, par de-là les frontières peut en finir avec cet ordre régional inique.
3 février 2026. Stefan Ino