L’hôpital de Novillars est un établissement psychiatrique situé près de Besançon. Il suit plus de 9 000 personnes par an et compte plus de 800 salariés.
Le directeur est un ancien conseiller municipal socialiste dans le Nord. Depuis décembre, il tente de mettre en place une nouvelle gestion du personnel. Pour assurer les imprévus, les agents sont souvent obligés de faire des heures supplémentaires pour faire fonctionner les services. Les temps de relève entre deux équipes sont trop courts, il faut aller chercher des patients dans d’autres établissements, faire des accompagnements au CHU… Depuis janvier, la direction a décidé que nous ne pourrions plus récupérer ces heures en les cumulant sur des journées complètes. Il faut poser des heures par-ci par-là. Oui mais voilà, avec les contraintes de service, beaucoup ne peuvent pas les poser et finissent par travailler gratuitement pour l’établissement. Certains cadres zélés ont même décidé de ne plus noter les horaires des agents, évitant ainsi de devoir leur rendre les heures dues.
Dans sa nouvelle gestion du personnel, la direction a aussi exigé que désormais les équipes seraient en effectif minimum le week-end et les jours fériés afin d’économiser les primes liées au travail ces jours-là. Le directeur a même parlé d’organiser un loto pour savoir qui devra poser un jour. Un discours particulièrement déplacé quand il nous accuse de tricher sur les heures pour toucher une « prime ridicule ». Des agents se voient régulièrement imposer des journées de travail sur leurs jours de repos hebdomadaire… Dans un service, une infirmière qui a décidé de travailler à 80 % n’a pas eu l’autorisation de poser ses jours de temps partiel pendant cinq mois alors qu’elle aurait dû bénéficier d’un jour de repos supplémentaire par semaine. Bref, une colère accumulée qui a fini par déboucher sur une journée de grève jeudi 5 mars.
Nous nous sommes retrouvés à une soixantaine devant l’hôpital à 11 heures. La presse locale était présente et nous avons pu expliquer aux journalistes nos conditions de travail. La direction a bien essayé d’intervenir, mais elle a été huée. Même la gendarmerie s’est déplacée sur demande du directeur. Mais devant nos protestations et nos moqueries, ils ont fini par repartir, pas très fiers.
À 14 heures, nous nous sommes retrouvés en assemblée générale pour discuter de la suite du mouvement. Un nouveau jour de grève a été voté et nous avons décidé d’envahir les prochaines instances.
À 14 heures 30, le directeur devait répondre à la presse et, curieux de savoir ce qu’il allait dire, nous nous sommes invités dans les locaux de la direction. Pendant presque deux heures, avec le renfort des collègues du matin, nous avons pu exprimer notre colère. Les agents ont expliqué leurs conditions de travail et ont pu donner des exemples devant la presse des manières peu orthodoxes de la direction. Celle-ci s’est décomposée au fur et à mesure de la séance, mettant toutes les fautes sur le dos de l’encadrement qui aurait mal compris les consignes. Cependant, elle n’a pas voulu revoir sa copie. Alors nous ne nous arrêterons pas non plus !
Correspondante
