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Argentine : contre la réforme du travail de Milei

Marche en défense de l’hôpital de Garrahan, en janvier 2026. Crédit : Periodismo de Izquierda

Le président d’extrême droite tente de faire voter une réforme du travail qui attaque la journée de huit heures, le droit de grève et facilite les licenciements. Pendant que la CGT argentine négocie le poids des chaînes, les militants essaient de mobiliser pour construire un rapport de force suffisant pour déjouer les plans de Milei.

En Argentine, le président d’extrême droite, Javier Milei, poursuit ses attaques incessantes contre la classe ouvrière. Prochaine offensive de taille, une « loi de modernisation du travail » qui constituerait un immense bond en arrière pour les travailleurs. Ce projet de loi, actuellement discuté au Parlement, revient sur la journée de huit heures, en permettant aux patrons de mensualiser le temps de travail, normalisant ainsi les journées jusqu’à douze heures, sans les payer comme des heures supplémentaires. Milei cherche à restreindre le droit de grève dans de nombreuses filières, en instaurant un service minimum obligatoire de 75 % dans le transport, l’éducation, la santé et l’énergie, et de 50 % dans les secteurs alimentaire, agricole, minier, pharmaceutique, média, sidérurgie, aluminium, ciment, chimie, construction, banque, restauration… Le texte prévoit aussi d’indexer les salaires sur la productivité de l’entreprise et de reverser une partie des cotisations patronales vers un fonds pour licenciement, dans le but de les simplifier au maximum, sans indemnités. Les conventions collectives seraient également renégociées régulièrement (évidemment à la baisse dès que le rapport de force serait moins favorable), en priorisant les accords d’entreprise, isolant les employés des petites entreprises face à leur patron. Autre mesure parmi le florilège d’un texte législatif long de 72 pages, les assemblées générales de travailleurs devront être soumises à l’aval du patron.

Péronistes et CGT complices

Cette attaque généralisée contre les acquis historiques des travailleurs argentins fait l’objet de négociations entre les différents partis représentés au Parlement et sera votée au Sénat le 11 février. Certains élus péronistes (supposés de centre-gauche) s’apprêtent à voter en faveur du projet. La CGT – principale centrale syndicale argentine – refusait jusqu’à présent de mobiliser, ayant négocié une concession en faveur des bureaucraties syndicales1. Mais poussée par la colère montante des travailleurs, la centrale a finalement été contrainte à appeler à une manifestation le jour J. Enfin, l’extrême gauche tente d’organiser les travailleurs pour une réponse à la hauteur de l’attaque. Mais les stratégies diffèrent : manifester avec la CGT et contribuer à la réussite de leur appel, ou indépendamment, au risque de se couper d’un grand nombre de grévistes ? C’est bien dans les assemblées générales que ces questions doivent être tranchées par les travailleurs mobilisés.

Comme souvent, la bourgeoisie essaie de profiter de l’apathie des vacances (en plein été) pour faire passer la pilule en douce. Mais à quelques semaines de la commémoration du cinquantenaire de l’instauration de la dictature militaire, l’affaire pourrait être moins aisée que prévu pour le patronat. Après le succès de la seconde marche des fiertés antifascistes samedi 7 février, Milei a annulé une visite prévue rendue à Trump pour « se concentrer sur son agenda local ». D’autant que des militants révolutionnaires sur place sentent monter une exaspération au sujet des salaires, insuffisants face à une inflation maintenue à un niveau stratosphérique. Un premier frémissement ? Pour leur faire ravaler ce projet de contre-réforme, il faudra bien une mobilisation du niveau de celle contre la loi « omnibus » en 2024, ou des démonstrations régulières de détermination comme celles des travailleurs de l’hôpital Garrahan. Les travailleurs de cet hôpital public pour enfants incarnent l’avant-garde ouvrière du pays depuis des années. Récemment, leur mobilisation organisée a notamment permis d’arracher des hausses de budget conséquentes, à rebours des coupes drastiques de Milei dans tous les services publics.

Lamine Siout

1 En Argentine, une partie des salaires est automatiquement prélevée du salaire mensuel pour financer les centrales syndicales. Milei envisageait un temps de supprimer cette source principale de revenus, avant de rétropédaler.