La lutte pour résoudre la crise climatique est inséparable de la lutte pour mettre fin au système capitaliste. Mais nous allons connaître d’autres épisodes, peut-être pires, et il faut d’urgence des mesures d’adaptation. La façon dont les travailleurs ont été traités pendant la canicule montre le mépris de nos dirigeants pour ceux qui font tout. Température trop élevée sur les lieux de travail ? Ils se sont dépêchés de rappeler qu’il n’y avait aucune limite imposée par la loi, au lieu de dire qu’il y a une carence dans la législation et qu’il faut d’urgence instaurer une température maximale au-dessus de laquelle il est interdit de travailler…
Eh bien, à nous de l’imposer ! Personne ne doit travailler au-dessus 30 °C, et 28 °C pour les tâches nécessitant une activité physique, comme le recommande l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS). C’est ce qu’ont imposé de fait, en refusant de travailler, les travailleurs de certaines entreprises, trop peu nombreux, comme ceux des ateliers SNCF de Quatre-Mares à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) ou de Stellantis à Poissy (Yvelines). Et il est évidemment possible d’aménager et de diminuer les horaires de travail ! Pour les activités qui doivent impérativement se tenir, canicule ou pas (hôpitaux, certains transports, maintenance d’installations cruciales), les postes de travail doivent être aménagés : il faut d’urgence isoler le bâti, prévoir des pièces de fraîcheur rapidement accessibles et installer des climatiseurs de bonne qualité là où c’est indispensable, comme partout dans les hôpitaux.
Au retour du travail ? Les appartements sont surchauffés. Même les constructions récentes ne sont pas isolées contre les grandes chaleurs. Les villes sont tellement bétonnées qu’elles sont incapables de retenir l’humidité qui permettrait de maintenir une température plus basse. Au XIXe siècle, on avait construit de grands parcs conçus comme les « poumons » des villes : à Paris, les bois de Boulogne, de Vincennes. Et Paris était entouré de forêts. Il en reste, mais, avant d’arriver en lointaine banlieue, on trouve davantage de cités que de bois ou de forêts !
Les spécialistes ne se sont pas contentés de lancer des alertes depuis plusieurs décennies : ils ont proposé des solutions. Il y a urgence à enlever du béton, de l’asphalte, des pavés pour créer des îlots de fraîcheur, pour dégager des rues arborées. Il faut végétaliser, en particulier les cours d’école, implanter des parcs. En conjuguant ombrage et évacuation de vapeur d’eau dans l’atmosphère (évapotranspiration), la température peut être réduite, par rapport à la température ambiante, d’une dizaine de degrés ! Tout cela ne pourra pas se faire en quelques mois ? Qu’on commence, déjà ! Et l’on peut déjà blanchir ou végétaliser les toits, étendre des voiles d’ombrage au-dessus des rues.
La gestion des incendies nécessite aussi des mesures d’urgence. Les pompiers réclament des moyens à la hauteur – des effectifs suffisants, des Canadair, mais aussi des véhicules en état, des casernes modernisées, un minimum, quoi ! Mais cela impose des choix : des Canadair et pas des Rafale ni des jets privés. Les forêts ? Là aussi, il faut écouter les spécialistes, diversifier les essences, créer des zones tampons pour limiter la vitesse de propagation des feux et permettre le déploiement des instruments de lutte. Il faut cesser de construire en lisière des forêts, avoir une politique d’urbanisme qui tienne compte du réchauffement climatique et de ses conséquences. Là aussi, ce sont des choix : la spéculation sur les terrains et les profits de la filière bois ou l’entretien des poumons verts que sont les forêts ?
Ceux qui nous dirigent, patrons comme gouvernants, sont incapables d’assurer la simple coordination des tâches élémentaires exigées par une vie en collectivité. Ce n’est pas une question d’intelligence individuelle, leur limite est sociale : ils sont formés pour veiller à ce que les exploités puissent l’être, et sont quasi sourds au reste, en particulier aux alertes lancées par ceux qui font tout tourner.
Pendant le Covid, les travailleurs en « première ligne » ont dû se débrouiller. Sans consignes, ni moyens. Mais ils ont assuré, dans les hôpitaux, les établissements scolaires, les supermarchés. Nos dirigeants sont les champions des promesses non tenues et des dédales dans lesquels les projets se perdent. Dans ces conditions, réclamer des mesures sans nous donner les moyens de contrôler leur mise en œuvre, c’est faire un trou dans l’eau. Non seulement le combat pour imposer les mesures d’urgence est devant nous, mais il nous faudra nous organiser, dans les entreprises, dans les quartiers, à tous les niveaux pour exercer ce contrôle.
J.-J. F.
Sommaire du dossier
- Canicule : des mesures d’urgences à mettre en œuvre face à l’incurie des gouvernants
- Face aux catastrophes naturelles : démerdez-vous ! (sauf les capitalistes)
- Les (vrais) pyromanes sont toujours en liberté
- Bouilloires thermiques, sécheresse : promesses en fanfare, annulations en catimini
- Le « tout clim’ », une bonne idée ?
- Des mesures d’urgence pour faire face