Nos vies valent plus que leurs profits

Attaquer les chômeurs, c’est attaquer tous les travailleurs

En 2021 le gouvernement lançait une nouvelle réforme de l’assurance-chômage. En 2023, rebelote. Ces réformes étaient dites de « contracyclicité ». Ce terme barbare signifie simplement que les conditions d’indemnisation seraient durcies quand l’économie va bien et assouplies quand la situation se dégrade. Car pour les bourgeois, et les politiciens et journalistes qui les servent, le chômage n’est pas dû au fonctionnement de l’économie capitaliste ni aux licenciements opérés par les patrons. Non, pour ces gens-là, les chômeurs seraient des profiteurs qui choisissent de se la couler douce aux frais du contribuable.

Le premier volet de la « contracyclicité » a bien été réalisé : profitant d’une conjoncture économique favorable, les attaques contre les chômeurs se sont succédé, avec notamment l’augmentation de la durée nécessaire de travail pour toucher des indemnités chômage, portée à six mois, et la réduction d’environ 25 % des allocations. Résultat : alors que seulement 70 % des allocataires sont déjà passés au nouveau régime, le nombre de chômeurs atteignant la fin de leurs droits sans possibilité de rechargement est passé de 43 000 à 71 000, soit une hausse de 65 %.

Mais aujourd’hui, l’activité économique ralentit, avec seulement 0,2 % de hausse du PIB au quatrième trimestre 2025. Le chômage a augmenté, d’après les chiffres officiels du ministère du Travail, de 6,8 % pendant l’année 2025, pour atteindre le chiffre de 3 350 000 sans-emplois. C’est sans compter les plans de licenciement en cours et programmés – début décembre, la CGT annonçait plus de 300 000 emplois sur la sellette. Les naïfs qui croiraient les mensonges de la propagande pourraient donc penser que le gouvernement va tenir ses engagements et appliquer des mesures « contracycliques » visant à soulager le sort des chômeurs. Mais bien sûr, c’est tout le contraire : Lecornu, s’il vient d’abandonner provisoirement une nouvelle réforme de l’assurance-chômage prévue pour générer des milliards d’euros d’économie, presse les « partenaires sociaux », syndicats patronaux et de salariés, d’aller dans le même sens en « concertation ».

C’est donc une attaque d’envergure qui a déjà commencé et qui va se poursuivre. Si elle aboutit, elle se traduira nécessairement par des dizaines de milliers de personnes supplémentaires jetées à la rue ou contraintes de subsister grâce aux banques alimentaires. Quant aux travailleurs encore en activité, ils subiront de plein fouet la pression pour accepter n’importe quelles conditions de travail ou de salaire pour rester en poste.

À moins que grèves et manifestations ne renversent la table.

Michel Grandry