Nos vies valent plus que leurs profits

Halte à la fabrique de sans-papiers !

Dans des entreprises, privées ou publiques, chez Suez, Stellantis, La Poste ou dans l’Éducation nationale, le nombre de collègues qui, du jour au lendemain, doivent quitter leur poste croît de façon inquiétante. Circulez, y’a plus rien à voir, même si vous avez travaillé là depuis un paquet d’années ! Pour la seule raison que votre titre de séjour n’a pas été renouvelé, et la seule raison que la plateforme internet dite Anef (Administration numérique pour les étrangers en France) ne répond plus ! Installée en 2014, cette plateforme internet est depuis 2020 le passage obligé pour la demande mais aussi le renouvellement de papiers des étrangers en France. Les guichets en préfecture ont été fermés ! C’est donc tout seuls devant des écrans d’ordinateur muets que les étrangers qui vivent et travaillent en France se coltinent les bugs et autres défaillances de l’Anef… et se retrouvent en situation irrégulière.

Certes, les laissés pour compte de la plateforme ne reçoivent pas (ou pas tous) d’OQTF ou injonction à quitter le territoire, mais l’absence de renouvellement les fait basculer dans des situations dramatiques : perte de boulot, perte de droits sociaux et même perte de logement. Rares sont les patrons ou les propriétaires qui, dans le climat raciste ambiant distillé par le pouvoir comme par la droite et l’extrême droite, se montrent patients et cléments avec des salariés qui n’ont plus de papiers en règle, même si la faute en revient à l’incurie administrative. En réalité, on fait face à un choix politique de la bourgeoisie française et de ses politiciens racistes. La circulaire Retailleau, ex-ministre de l’Intérieur de Macron, datant du 24 janvier 2025, était une nette incitation aux préfets à « être plus stricts dans l’application des conditions de régularisation ». La machine infernale à fabriquer des sans-papiers s’emballe donc. Des dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses sont touchés.

À ce jour, des associations et structures syndicales et politiques qui ont à cœur la défense des immigrés, tentent d’intervenir et d’épauler les victimes, dans des démarches qui restent essentiellement individuelles, appuyées par des avocats qui ne sont que rarement gratuits. Des institutions de la République française, comme le Défenseur des droits ou des tribunaux s’émeuvent aussi. Sans réponse ! La mobilisation collective serait importante, sur les lieux de travail et plus largement, contre une politique qui vise à diviser les travailleurs.

Michelle Verdier

Sur notre site, des détails sur les dédales de cette scandaleuse dématérialisation des demandes de titres de séjour.