Alors que la liste des rappels de lots de lait premier âge s’allonge, des associations mettent en cause le caractère très tardif de l’alerte donnée aux familles, par les industriels et par l’ État.
Foodwatch et huit familles de bébés contaminés ont déposé plainte, le 29 janvier, contre les principaux fabricants de laits infantiles. En cause : la présence de toxine céréulide pouvant provoquer diarrhées et vomissements d’autant plus graves qu’il s’agit de très jeunes enfants. Nestlé reconnaît avoir été au courant de la présence de cette toxine dès la fin novembre dans une de ses usines aux Pays-Bas. Mais les autorités néerlandaises n’ont été informées par le groupe que le 9 décembre et les autorités européennes le 10, date des premiers rappels pour ces laits qui étaient commercialisés depuis des mois. C’est ensuite seulement début janvier que d’autres laits commercialisés par Nestlé et par d’autres marques ont été retirés du marché. Le 23 décembre puis le 9 janvier, à Angers et à Bordeaux, deux nourrissons hospitalisés après avoir consommé un de ces laits rappelés sont morts.
Toutes ces marques s’approvisionnaient auprès du même fournisseur chinois, Cabio Biotech, un des principaux producteurs mondiaux d’acide arachidonique, l’ingrédient contaminé. Leur responsabilité est pourtant de contrôler les aliments qu’elles mettent sur le marché. Et de fait, elles étaient au courant de la présence de cette toxine mais ont tenté d’étouffer l’affaire et de limiter au maximum son impact financier. Quant à l’État français, il s’est montré complice. Il a fallu attendre le 22 janvier pour voir un premier communiqué des autorités françaises déclarant : « À ce stade, il n’a pas été mis en évidence de lien de causalité entre la consommation des laits infantiles concernés et la survenue de symptômes chez des nourrissons. » C’est le principe de précaution… pour les profits ! Le lendemain, la ministre de la Santé déclarait que tous les lots concernés par une possible contamination avaient été retirés… avant d’être contredite le soir même par l’extension des rappels à d’autres marques.
Ce n’est pas le premier scandale sanitaire concernant les laits infantiles : fin 2017, plusieurs dizaines de nourrissons avaient été atteints de salmonellose après avoir consommé des laits produits dans une usine Lactalis à Craon en Mayenne. Après enquête, l’Institut Pasteur en était arrivé à la conclusion que la bactérie mise en cause avait subsisté de 2005 à 2017 dans l’usine. La CGT du groupe avait dénoncé les conditions de travail et le manque de personnel comme causes principales de la contamination. Pas toujours besoin d’aller en Chine pour constater que, pour les grands groupes capitalistes, la sécurité des consommateurs, même quand il s’agit de bébés, est le cadet de leurs soucis.
Lydie Grimal