Nos vies valent plus que leurs profits

L’État, les riches et les patrons ne connaissent pas l’esprit de Noël !

Paris, 9 janvier 2020. Photothèque Rouge / Copyright : JMB.

Tout le monde aimerait souffler en cette fin d’année, profiter d’un peu de temps libre, faire plaisir à ses proches par quelques cadeaux ou un bon repas… Mais pour les salariés de l’entreprise Teisseire à Crolles (Isère), il n’y aura pas de trêve. Ils sont en grève depuis le 9 octobre 2025 contre l’annonce de la suppression de 205 emplois et tiennent en permanence un piquet devant leur usine. Ils refusent d’être sacrifiés par le groupe Carlsberg, géant danois de l’agroalimentaire, qui affiche plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 1,5 milliard d’euros de profits.

Le Medef est un père fouettard

Les 750 salariés de Brandt vont aussi bientôt recevoir leur lettre de licenciement… et ce sont des milliers qui sont partout dans la même situation : 165 sites sont menacés depuis septembre. D’après la CGT, ce sont 483 plans de suppressions d’emplois depuis un an et demi, avec plus de 100 000 emplois concernés. Vencorex, ArcellorMittal, Valeo, Forvia, Michelin, Stellantis, Blédina, Nokia, Auchan… Il n’y aura pas d’autre frein à l’appétit des actionnaires qu’une lutte d’ensemble du monde du travail pour interdire les licenciements et vraiment contrôler l’activité de ces grands groupes aux profits insolents. Pas la peine de compter sur l’État, tout entier au service des patrons, quelle que soit la couleur politique de ses dirigeants. Quant à espérer quelque chose des directions syndicales nationales qui, malgré ce sinistre recensement, n’appellent ni les salariés menacés, ni ceux qui vont l’être un jour ou l’autre à se mettre en lien, à se coordonner pour élever le rapport de force… autant croire au père Noël et aux petits lutins !

Plus t’es riche, plus tu reçois de cadeaux

Les rapports et études pointent tous dans la même direction : une infime minorité d’ultra-riches s’en mettent plein les poches au détriment de la majorité de la population. Un des derniers en date, publié début décembre par le Laboratoire sur les inégalités mondiales, révèle que 75 % du patrimoine planétaire est détenu par les 10 % les plus riches, qui touchent 53 % des revenus mondiaux. À l’autre bout de la chaine, la moitié la plus pauvre de la planète (environ 2,8 milliards d’adultes) reçoit 8 % des revenus et détient 2 % du patrimoine. Et ce « patrimoine » du pauvre n’a rien à voir avec les moyens de production ultra-modernes du portefeuille des actionnaires milliardaires !

En France, nos salaires stagnent depuis des années. Mais le patrimoine cumulé par les 500 premières fortunes professionnelles a été multiplié par neuf entre 2003 et 2023, passant de 124 milliards d’euros à 1 170 milliards d’euros. Difficile de dépenser autant durant toute une vie, même en achetant des yachts, des jets privés ou des villas de luxe. Ce sont les « héritiers » des ultra-riches qui touchent le pactole de près de 400 milliards d’euros chaque année. C’est l’équivalent de l’ensemble de nos retraites de salariés – mais eux n’ont jamais travaillé !

Nos petits souliers… vont devoir battre le pavé !

Lecornu n’aura donc pas réussi à faire passer son budget pour 2026 avant Noël et va peut-être faire avaliser « une loi de finances spéciale » permettant de démarrer l’année sans interrompre le prélèvement des impôts, le fonctionnement des services publics et le paiement des fonctionnaires. Deux mois et demi de palabres et de cinéma parlementaire pour un tel résultat. Concrètement cela signifierait le gel de toutes les augmentations des pensions, allocations, minima sociaux liées à l’inflation et aussi celui du barème de l’impôt sur le revenu, ce qui pourrait rendre imposables plusieurs dizaines de milliers de foyers parmi les plus modestes. C’est peut-être de cette manière que Lecornu va finir par appliquer « l’année blanche » qui avait déclenché la colère sociale du 10 septembre dernier. Alors, une fois passé le réveillon, on retourne vite dans la rue ?

Éditorial du NPA-Révolutionnaires du 22 décembre 2025

 

 

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