
À la coordination CGT des TCL,
Camarades,
Nous faisons suite à votre courrier d’interpellation des candidats aux élections métropolitaines de mars prochain. En effet, nous sommes fiers de pouvoir présenter des listes de candidats dans trois circonscriptions de la Métropole de Lyon, ainsi qu’à la mairie de Lyon et du 8e arrondissement. À ces trois élections, nous faisons le choix de présenter des travailleurs des transports dont notre co-tête de liste Anthony Bruno ainsi qu’un camarade conducteur de tramway.
Vous n’êtes pas sans savoir que pour les petites formations politiques comme la nôtre, le manque de ressources financières et d’influence médiatique doit être compensé par d’intenses efforts militants pour exister lors des échéances électorales. Pour autant, nous pouvons également vous affirmer que nous sommes la seule organisation politique à s’adresser régulièrement et spécifiquement aux traminots lyonnais, en tant que travailleurs, aussi bien au mode « lourd » qu’au mode « bus et trolleybus », ce qui ne devrait pas laisser une organisation syndicale comme la vôtre indifférente.
En effet, nous considérons que les intérêts des salariés du réseau TCL sont fondamentalement les mêmes que ceux de l’ensemble des travailleurs, et avec eux de la société toute entière : se débarrasser du capitalisme en le renversant au profit d’un pouvoir des travailleurs et d’une société communiste. Cela ne se fera pas par les urnes, mais par la lutte de la classe ouvrière, lutte à laquelle les syndicats et militants CGT ne sont et ne seront pas extérieurs, mais qui impliqueront que les travailleurs en lutte dépassent les cadres habituels du « dialogue social ».
La coordination CGT des TCL s’inquiète de la politique qui sera menée par la future majorité au SYTRAL, ses répercussions sur les moyens alloués aux transports collectifs, et donc sur les conditions de travail et de vie des traminots lyonnais. Et en effet le SYTRAL est, en tant qu’« autorité organisatrice des mobilités », bien plus un « patron camouflé » qu’un « client » pour les salariés des TCL, et nous comprenons donc l’intérêt particulier porté à ce titre aux élections métropolitaines.
Le NPA-Révolutionnaires a dénoncé autant qu’il le pouvait la politique d’allotissement décidée par l’actuelle majorité, et a pris part au combat pour s’y opposer. La division du réseau TCL n’avait comme seul objectif que la division de ses travailleurs en vue d’espérer quelques menues économies en dégradant plus facilement les conditions de travail. On a commencé à en voir les effets dès l’année 2025, avec trois calendriers de NAO différents entre le bus, le mode lourd et les agences commerciales et, malgré des propositions similaires de KBL, de RD Lyon et de la SPL, des calendriers de grève différents. Nous avons milité pour unifier ces luttes, car l’éparpillement, en affaiblissant nos forces et en nourrissant les corporatismes, ne profite qu’au camp adverse. En atteste la distorsion introduite par l’augmentation d’une prime au bus qui a eu pour effet d’arrêter un mouvement général pourtant prometteur… Pour les usagers du réseau, ce sont surtout les galères de cette mise en concurrence qui se sont vues, avec par exemple la gestion catastrophique de la maintenance des ascenseurs et escaliers mécaniques par Keolis, puis la RATP.
Mais si nous dénonçons la gestion capitaliste des transports, nous nous refusons à entretenir l’illusion d’une « bonne gestion » sociale sous forme de régie. Les traminots ne peuvent pas espérer se libérer du capitalisme en changeant simplement le statut juridique de leur entreprise, les nombreuses régies se comportant comme n’importe quel patron en attestent. À Grenoble, dans une métropole dirigée par une majorité de gauche (PS-PCF-Verts-LFI), le SMMAG s’accommode bien de la sous-traitance de certaines lignes urbaines à des entreprises de transport interurbain dont les conditions de travail sont bien moins avantageuses (KPA, VFD, Philibert, etc.).
La lutte contre l’exploitation capitaliste dans les transports ne passera pas par une régie ou une autre solution institutionnelle, mais par une lutte d’ensemble pour imposer une augmentation significative des salaires (nous avançons la revendication de 400 € d’augmentation) et une amélioration des conditions de travail. La fédération CGT des transports a popularisé la revendication du « statut unique ». C’est une réponse à la politique de division patronale en exigeant l’alignement par le haut de toutes les conventions et statuts, afin que les différences entre les entreprises ne soient plus des brèches dans lesquelles s’engouffrent les patrons. Ce statut unique, nous le faisons nôtre à condition de ne pas le concevoir uniquement comme un élément de négociation avec les entreprises ou les autorités organisatrices, mais bien comme un objectif de lutte, comme une revendication unificatrice des mobilisations partielles qui ont lieu dans notre secteur depuis bientôt cinq ans.
La réalisation de ces revendications suppose de prendre l’argent là où il est : dans les poches du patronat. Ce n’est pas un slogan creux. La majorité du financement des transport vient d’ores et déjà des entreprises, via le versement mobilité que collectent les autorités organisatrices. Nous sommes d’avis qu’il faut augmenter drastiquement ce versement : les patrons profitent largement des réseaux de transport pour drainer la main d’œuvre des bassins d’emploi, il est plus que normal qu’ils en payent la totalité. À la place, on fait des économies de bouts de chandelle sur les budgets de fonctionnement, avec des contrats de délégation au rabais qui alimentent, en bout de chaine, la pénurie de personnel, un des principaux obstacles du moment à la progression des transports collectifs.
L’augmentation du versement mobilité permettrait également d’éliminer un certain nombre de faux débats. Les pouvoirs publics, les patrons du transport, bref l’ensemble de la bourgeoisie monte en épingle une soi-disant incompatibilité entre développement des infrastructures de transport, accès libre aux réseaux par la gratuité, et amélioration des conditions des salariés. Si on veut l’un des trois, on ne peut pas avoir les deux autres nous dit-on. La gauche sortante a des projets intéressants (T8, TEOL, tramway nord vers Rillieux) mais a le bilan que l’on connait et s’oppose à la gratuité. Aulas surenchérit avec son grand métro transversal et promet la gratuité mais pour les seuls Lyonnais et sans financement supplémentaire, donc nécessairement au détriment d’autres services publics de la ville. Il se fait d’ailleurs traiter de père Noël par ses adversaires. Il risque bien d’être un père Noël, mais pour les patrons du BTP à qui il promet des partenariats publics privés rentabilisés par des péages exorbitants. Plus question ici de gratuité !
Si la discussion est posée en ces termes, c’est que dans ce petit monde de la classe dirigeante, on réfléchit à moyens constants, sans jamais envisager de prendre plus sur les profits. Il ne faut pourtant pas être révolutionnaire pour réfléchir à moyens croissants ! Et nous pensons tout à fait possible d’augmenter massivement l’offre de transport à un niveau qui rende crédible la lutte contre les solutions individuelles comme la voiture tout en rendant les déplacements gratuits (ce qui correspond d’ailleurs à une forme de sens de l’histoire) et en satisfaisant aux revendications ouvrières. Il faut prendre l’argent là où il se trouve, pour les transports comme pour le reste : c’est un des messages principaux de notre campagne.
Voilà en quelques lignes et à différents niveaux, notre projet politique concernant le transport. Comme dit au début de ce texte, nous ne nous bornons pas à le défendre pendant la période électorale, mais nous comptons bien sur celle-ci pour le faire résonner le plus largement possible. À ce titre, nous répondons positivement à votre demande de rendez-vous et nous vous proposons de nous rencontrer mardi 17 février ou bien mardi 24 février, à un horaire qu’il convient de définir.
Salutations révolutionnaires,
Raphaëlle Mizony et Anthony Bruno pour la liste « Lyon ouvrière et révolutionnaire ».