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Palestine

Le gouvernement israélien a annoncé qu’il révoquait les cartes de presse de plusieurs journalistes de la chaîne qatarie Al Jazeera, quatre mois après avoir interdit sa diffusion et fermé son bureau dans le pays. Raison invoquée : Al Jazeera est un « média qui diffuse des contenus mensongers, notamment des incitations à la haine contre les Israéliens et les Juifs, et qui constitue une menace pour les soldats de Tsahal », l’armée israélienne. En fait le gouvernement Netanyahou ne digère pas que ce média – qui emploie 14 salariés, tous de nationalité israélienne, et bénéficie d’un réseau de correspondants bénévoles à Gaza, en Cisjordanie occupée et dans la population arabe israélienne – couvre quotidiennement la situation à Gaza, zone interdite aux journalistes par l’armée. Ce qui n’est pas le cas de la grande majorité des autres médias qui, à quelques exceptions notables près, diffuse en continu la propagande et le bourrage de crâne des autorités. L’armée israélienne a accusé à plusieurs reprises des journalistes de la chaîne d’être « des agents terroristes » affiliés au Hamas ou au Jihad islamique. La chaîne a nié ces accusations et a attaqué l’État sioniste pour cibler systématiquement ses équipes dans la bande de Gaza. Quatre de ses journalistes y ont été tués depuis le début de la guerre.

Présenté pour la première fois le 9 septembre au Festival du film de Toronto (Canada), un documentaire intitulé The Bibi files (les archives de Bibi, diminutif de Benyamin) dévoile, par le menu, les affaires dans lesquelles sont impliqués non seulement le Premier ministre mais aussi sa famille et son entourage. Inculpé il y a cinq ans pour corruption, abus de confiance et fraude, Benyamin Netanyahou est poursuivi dans trois procédures toujours en cours portant notamment sur des affaires de passe-droit et de cadeaux (boites de cigares, bracelets de diamants et divers bijoux, champagne et autres babioles) d’une valeur de 300 000 dollars (271 000 euros) reçus illégalement. L’annonce de la sortie du film a fait grand bruit en Israël. Malheureusement le public israélien ne pourra pas le voir vu les lois sur la protection de « la vie privée » en vigueur dans le pays. Le Premier ministre va tenter de bloquer sa diffusion ailleurs dans le monde et prolonger le plus longtemps possible la guerre à Gaza pour éviter de se retrouver devant les tribunaux. Escroc, corrompu, fraudeur mais aussi, et surtout, criminel de guerre. La boucle est bouclée.

L’affaire n’est pas banale. L’armée israélienne a reconnu que le Premier ministre Benyamin Netanyahou s’était arrangé pour faire fuiter dans la presse internationale des documents attribués au Hamas mais qui avaient, auparavant, été falsifiés par ses soins. Le but était de convaincre l’opinion publique qu’il avait raison de refuser tout accord avec le mouvement islamiste. Ces documents, présentés comme « secrets » ont été mentionnés notamment par l’hebdomadaire Jewish Chronicle au Royaume-Uni et le quotidien Bild en Allemagne. Selon les médias israéliens, l’armée a lancé une enquête interne sur cette affaire. Venant de Netanyahou, cette attitude ne peut étonner, lui qui est habitué à mentir à chaque occasion. Mais que l’armée le mette en cause n’est sans doute pas étranger au fait que, depuis des mois, il est à couteaux tirés avec le ministre de la Défense, Yoav Gallant, ce dernier très proche de la ligne de Washington en faveur d’un cessez-le-feu.

L’État français persiste dans sa politique de criminalisation et de répression contre toutes celles et ceux qui soutiennent les Palestiniens. Instrumentalisant la tentative antisémite d’incendie d’une synagogue, le préfet de l’Hérault a interdit le week-end du 1er septembre deux manifestations de solidarité avec le peuple palestinien à Montpellier et Béziers. La semaine dernière, un enseignant de la Toulouse School of Economics a été suspendu avec ouverture d’une enquête pour « apologie du terrorisme »… pour avoir dénoncé le massacre en cours à Gaza devant sa classe. À Paris, la manifestation du 8 septembre a été interdite par la préfecture qui n’a autorisé qu’un rassemblement statique. Malgré ces intimidations, nous ne nous tairons pas et continuerons à manifester et dénoncer la complicité des grandes puissances, dont la France, dans le massacre en cours.

Un rapport du gouvernement, que Mediapart publie en exclusivité, révèle que la France a livré 30 millions d’euros d’armes à Israël en 2023. Le gouvernement refuse toujours de dire si certaines livraisons ont eu lieu après le début de la guerre à Gaza. Déjà en avril dernier, onze ONG avaient attaqué l’État devant le tribunal administratif en déposant trois référés. Elles réclamaient une suspension immédiate des licences d’exportations d’armement vers l’État hébreu, en raison du risque d’utilisation contre les civils à Gaza. Depuis lors c’est silence radio du côté gouvernemental qui n’a rien fait pour stopper ces livraisons et s’est donc rendu complice du massacre des Gazaouis.

Interrogé, lors d’une conférence de presse, par un journaliste qui lui demandait si, à son avis, Benyamin Netanyahou, faisait assez d’effort pour parvenir à un accord sur la libération des otages, le président Joe Biden a répondu laconiquement « non ». Ce qui a été interprété par une partie des médias comme un signe que Washington faisait monter la pression sur le Premier ministre israélien pour qu’il parvienne à un accord avec le Hamas. C’est prendre ses désirs pour la réalité. Si Biden voulait que Netanyahou cède, il lui suffirait d’arrêter du jour au lendemain les livraisons massives d’armes à l’état sioniste sans lesquelles la poursuite de la guerre de Gaza sera impossible. Mais pas question pour l’impérialisme américain d’affaiblir, même un peu, son principal allié au Moyen-Orient. Il préfère le titiller à l’aide de petites phrases sans conséquence…