Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

L’Association pour les droits civils en Israël (Acri) et d’autres groupes de défense des droits humains ont demandé à la Haute Cour d’ordonner au gouvernement de fermer le camp de prisonniers de Sde Teiman (longtemps clandestin) en raison des graves violations des droits de l’homme dont ont été victimes des Palestiniens détenus dans cet établissement. Certains sont morts faute de soins, d’autres ont été violés et d’autres encore torturés et menottés ou contraints d’avoir les yeux bandés pendant de longues périodes. Plusieurs médias internationaux, dont CNN et le New York Times, ont fait état d’abus généralisés à l’encontre des détenus à Sde Teiman, notamment d’un recours extrême aux contraintes physiques, d’amputations dues à l’utilisation prolongée de menottes, de passages à tabac et d’une négligence des problèmes médicaux. Quant à l’Acri, elle a dénoncé après l’audience le fait que le centre était « un enfer dans lequel les droits humains sont systématiquement violés et dans lequel des crimes terribles sont commis ». Avec son culot habituel, le représentant du gouvernement a reconnu certains faits mais soutenu que ces traitements étaient légaux « en raison des besoins de sécurité du personnel pénitentiaire ». Bref, ce dernier torture et assassine les prisonniers en état de légitime défense. C’est le même argument qui est avancé pour justifier les massacres de Gaza.

Le ministre français des Affaires étrangères a condamné les propos du ministre israélien de l’Économie, Bezalel Smotrich, qui regrettait que l’opinion publique internationale empêche Israël d’affamer à mort la population gazaouie pour obtenir la libération des otages. Or le ministre en charge de ce domaine, Stéphane Séjourné, sait fort bien que Smotrich dit tout haut ce que la majorité de ses collègues, dont Netanyahou, pensent tout bas et ont même commencé à mettre en pratique. Mais toujours pas question de condamner clairement l’offensive génocidaire de l’armée israélienne à Gaza. Tout au plus le Quai d’Orsay a « appelé le gouvernement israélien à condamner fermement ces propos inacceptables ». Cause toujours ! Quand la diplomatie est synonyme d’hypocrisie.

Le leader d’extrême droite Bezalel Smotrich défend sans ciller, dans une interview publiée dans le quotidien The Times of Israël, le fait d’affamer les Gazaouis. Il juge en effet « justifié et moral » de bloquer l’aide humanitaire distribuée aux habitants de la bande de Gaza, « jusqu’à ce que nos otages nous soient rendus ». Seul bémol selon lui : « La communauté internationale ne permettra pas que cela se produise. » Sans doute parce qu’elle est « antisémite » ? Ce psychopathe, qui prône un génocide à mots à peine couverts, n’est pas enfermé dans un hôpital psychiatrique, mais est ministre de l’Économie du gouvernement Netanyahou.

En visite à Washington le chef du gouvernement israélien s’est adressé au Congrès et a rencontré Joe Biden, Kamala Harris et Donald Trump. Partout le même discours : Israël est le meilleur atout de l’impérialisme américain au Moyen Orient et doit être soutenu sans état d’âme, malgré les  massacres de Gaza, les expropriations en Cisjordanie ou l’expulsion de la population arabe de Jérusalem-Est. Message reçu à 100 % par ses interlocuteurs tant démocrates que républicains. Mais sa visite a donné lieu à plusieurs manifestations de soutien aux Palestiniens. Dans l’hémicycle, l’élue démocrate Rashida Tlaib portait un keffieh et une petite pancarte avec écrit noir sur blanc « coupable de génocide » et six personnes ont par ailleurs été arrêtées après avoir « perturbé » le discours. Des employés du Congrès ont de leur côté fait grève pour appeler à un cessez-le-feu à Gaza. Devant le Capitole, à la fin d’un rassemblement de protestation, un groupe de manifestants a mis le feu à une marionnette géante à l’effigie du dirigeant israélien ainsi qu’à des drapeaux américains. Action aussi du Mouvement de la jeunesse palestinienne dont les militants sont parvenus à infester d’insectes l’hôtel Watergate où logeait la délégation israélienne. Dans une vidéo relayée sur les réseaux sociaux, on peut apercevoir un drapeau israélien dans la salle remplie de vers de farine et d’asticots, ainsi qu’un couloir où se baladent de nombreux criquets. Une façon symbolique d’affirmer que Netanyahou est parfaitement à sa place parmi la vermine.

La continuation de la sale guerre de Gaza – qui a déjà fait près de 40 000 morts parmi les Gazaouis – a aussi des conséquences économiques en Israël même. D’après les informations publiées par le quotidien Maariv, depuis le 7 octobre, près de 46 000 entreprises ont mis la clé sous la porte, et, selon les prévisions, ce nombre pourrait grimper jusqu’à 60 000 d’ici la fin de l’année. De plus, touché par le blocus en mer Rouge décrété par les rebelles houthis du Yémen, le port d’Eilat, dans le sud du pays, s’est officiellement déclaré en faillite et les ports d’Ashdod et de Haïfa, sur la Méditerranée, sont en difficulté du fait du ralentissement des importations, qui arrivent à 99 % par voie maritime. Tout cela, associé à une atmosphère étouffante de chauvinisme et de racisme, fait que, selon un sondage du quotidien de gauche Haaretz, 25 % des citoyens juifs et 40 % des citoyens arabes ont exprimé le désir de quitter Israël et d’émigrer vers un autre pays si l’opportunité se présente. Ce qui traduit une défiance et un dégout, malheureusement passifs, à l’égard des dirigeants politiques et militaires.

Au moins 29 personnes ont été tuées dans une école du sud de la bande de Gaza, dans la quatrième frappe contre un établissement scolaire du territoire palestinien en quatre jours. L’armée israélienne a promis « de vérifier les informations sur cette nouvelle frappe ». Une façon habituelle de botter en touche pour refuser d’assumer ce qui se produit quotidiennement dans ce territoire palestinien : un massacre des innocents.

C’est la très sérieuse revue médicale britannique The Lancet, qui fait autorité dans le monde scientifique et de la recherche, qui l’affirme. Si la guerre s’arrêtait maintenant, le bilan à Gaza pourrait dépasser les 186 000 victimes palestiniennes. Ce chiffre représenterait près de 8 % des 2,3 millions d’habitants avant la guerre. Cette multiplication par presque cinq du bilan officiel du ministère de la Santé de l’enclave palestinienne (38 000 morts) est due aux morts « indirectes » qui pourraient survenir, selon la revue. Le nombre réel de décès pourrait être beaucoup plus élevé en raison de la destruction massive des établissements de santé, des réseaux de distribution de nourriture et d’autres infrastructures vitales. L’étude s’est également penchée sur les allégations de falsification de données par le ministère de la Santé de Gaza (tenu par le Hamas), affirmant que les services de renseignement israéliens, les Nations unies et l’Organisation mondiale de la santé jugent tous ces accusations « peu plausibles ». L’étude conclut que : « Il est essentiel de documenter l’ampleur réelle de la catastrophe pour garantir la responsabilité historique et reconnaître le coût total de la guerre. » Un coût qui risque d’être faramineux tant sur le plan humain que matériel.