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Palestine

Au moins 29 personnes ont été tuées dans une école du sud de la bande de Gaza, dans la quatrième frappe contre un établissement scolaire du territoire palestinien en quatre jours. L’armée israélienne a promis « de vérifier les informations sur cette nouvelle frappe ». Une façon habituelle de botter en touche pour refuser d’assumer ce qui se produit quotidiennement dans ce territoire palestinien : un massacre des innocents.

C’est la très sérieuse revue médicale britannique The Lancet, qui fait autorité dans le monde scientifique et de la recherche, qui l’affirme. Si la guerre s’arrêtait maintenant, le bilan à Gaza pourrait dépasser les 186 000 victimes palestiniennes. Ce chiffre représenterait près de 8 % des 2,3 millions d’habitants avant la guerre. Cette multiplication par presque cinq du bilan officiel du ministère de la Santé de l’enclave palestinienne (38 000 morts) est due aux morts « indirectes » qui pourraient survenir, selon la revue. Le nombre réel de décès pourrait être beaucoup plus élevé en raison de la destruction massive des établissements de santé, des réseaux de distribution de nourriture et d’autres infrastructures vitales. L’étude s’est également penchée sur les allégations de falsification de données par le ministère de la Santé de Gaza (tenu par le Hamas), affirmant que les services de renseignement israéliens, les Nations unies et l’Organisation mondiale de la santé jugent tous ces accusations « peu plausibles ». L’étude conclut que : « Il est essentiel de documenter l’ampleur réelle de la catastrophe pour garantir la responsabilité historique et reconnaître le coût total de la guerre. » Un coût qui risque d’être faramineux tant sur le plan humain que matériel.

L’État d’Israël a encore annexé une partie de la Cisjordanie, territoire en principe palestinien mais occupé par Israël depuis 1967. Le ministre qui administre ces territoires a requalifié une zone protégée en terres « d’État », autrement dit ouvertes à la création de nouvelles colonies israéliennes, au mépris du droit international. Ses protecteurs occidentaux protestent pour la forme, mais ils le laissent faire. Et voilà comment depuis le processus de paix de 1993, les colons israéliens de Cisjordanie ont vu leur nombre multiplié par au moins quatre…

L’offensive israélienne continue à Gaza, où le nombre de morts civils ne cesse d’augmenter alors qu’en Cisjordanie l’armée sioniste a blessé six personnes dans le camp de réfugiés de Balata, près de Naplouse, et tué six autres à Jénine. Dans le même temps, des colons juifs ont incendié des champs et des oliveraies appartenant à des Palestiniens près du village de Turmus Ayya. Dans ce contexte mortifère, le ministre du Patrimoine du gouvernement Netanyahou, l’ultra-nationaliste Amihai Eliyahu, a retweeté un message sur les réseaux sociaux promouvant la vente de tee-shirts appelant à la ré-occupation de la péninsule du Sinaï, plus de quarante ans après qu’Israël a restitué le territoire à l’Égypte dans le cadre du traité de paix de1979. Sur le vêtement en question est imprimée une carte d’Israël englobant la Cisjordanie, Gaza et le Sinaï avec le slogan « Occupation Now » (« l’occupation maintenant »). De plus le ministre renvoie également vers un site web qui préconise l’annexion du Sud-Liban et de la Jordanie. Un reflet de l’atmosphère délétère qui existe au sein de l’État sioniste et de la folie annexionniste de ses dirigeants.

Un total « sans précédent » de 51 arrestations de journalistes en Palestine occupée a été documenté par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) depuis le début de l’assaut israélien sur la bande de Gaza, vient de déclarer l’ONG de défense des droits de la presse. Le CPJ précise que les arrestations ont eu lieu à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, 48 journalistes étant détenus par Israël et trois par les autorités palestiniennes. Quinze des journalistes, y compris ceux détenus par les autorités palestiniennes, ont été libérés, tandis que 36 sont toujours détenus par l’État sioniste. En outre, 15 des personnes arrêtées par Israël sont maintenues en détention administrative sans inculpation. Cette forme de détention peut durer plusieurs années. Cependant, le nombre de journalistes palestiniens dans les prisons israéliennes est probablement plus élevé que ce que le CPJ a documenté, en raison de la difficulté croissante d’acquérir et de vérifier des données en temps de guerre. En 2023, le CPJ avait signalé l’emprisonnement de 17 journalistes palestiniens par les autorités israéliennes, affirmant qu’il s’agissait du nombre le plus élevé d’arrestations de médias en Israël et dans les territoires palestiniens depuis que le CPJ effectue ce décompte, soit 1992. Depuis l’an dernier ce chiffre a été multiplié par trois.

Pendant la guerre de Gaza, la colonisation de la Cisjordanie s’amplfie. Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a annoncé la légalisation de cinq nouveaux avant-postes sur le territoire palestinien, qu’il considère comme « partie intégrante d’Israël ». Appartenant à l’extrême droite raciste et suprémaciste, Smotrich milite pour l’annexion pure et simple de la Cisjordanie et l’expulsion des Palestiniens mais aussi la recolonisation de Gaza par des colons juifs. Le « Conseil suprême du Plan israélien », un organisme officiel, discute aussi des projets de construction de 6 016 logements dans des dizaines de colonies de Cisjordanie. Le mouvement pacifiste israélien « La Paix maintenant » a protesté contre ces nouvelles annexions qui devraient être suivies de nombreuses autres.

Le député arabe Ahmad Tibi, à la tête du parti Ta’al, a dénoncé la véritable chasse aux sorcières dont sont victimes les Arabes israéliens depuis le début de la guerre. « Après le 7 octobre, des centaines de citoyens arabes ont été traqués par la police israélienne pour avoir écrit une publication compatissant avec les enfants de Gaza ou disant non à la guerre », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse. Les Arabes israéliens représentent environ 20 % de la population et se considèrent généralement comme des Palestiniens. Descendants de la population arabe de la Palestine du mandat britannique et s’étant retrouvés en territoire israélien après la création d’Israël en 1948, ils sont fréquemment victimes de discrimination de la part des autorités. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, membre de l’extrême droite nationaliste religieuse, condamné en 2007 pour soutien à un groupe terroriste et incitation au racisme, a accusé Tibi d’être un « terroriste », appelant à ce qu’il soit expulsé du Parlement pour ses déclarations pro-palestiniennes. Entre le 7 octobre et le 27 mars, la police a arrêté 590 Arabes et 13 Juifs, pour des infractions liées à des propos considérés comme relevant de l’« apologie du terrorisme », d’après l’organisation Adalah de défense des droits de la minorité arabe.

À l’occasion de la visite à Washington du ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, pour rencontrer son homologue américain, Lloyd Austin, il a été confirmé que les États-Unis avaient envoyé à Israël des armes pour une valeur totale de plus de 6,5 milliards de dollars (plus de 6 milliards d’euros) depuis le 7 octobre, dont 3 milliards de dollars (2,8 milliards d’euros) rien qu’en mai. Des livraisons d’armes régulières sans lesquelles l’État sioniste serait incapable de continuer ses massacres à Gaza.