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Palestine

Le Président Joe Biden et le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, ont qualifié de « honteux » les mandats d’arrêts réclamés par le procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, contre le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et son ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour des crimes tels que « le fait d’affamer délibérément des civils », « homicide intentionnel » et « extermination ou meurtre ». Selon Blinken les mandats d’arrêt « pourraient compromettre » les pourparlers sur le cessez-le-feu à Gaza. Mais ni lui, ni Biden, n’ont protesté contre le fait que le même procureur avait également demandé des mandats d’arrêts contre les dirigeants du Hamas, dont son chef, Yahya Sinwar, pour des crimes comme « l’extermination », « le viol et d’autres formes de violence sexuelle » et « la prise d’otages en tant que crime de guerre ». Une façon de minimiser les massacres commis par l’État sioniste.

Selon le Réseau de solidarité contre l’occupation de la Palestine (Rescop) le gouvernement de Pedro Sánchez a refusé en 48 heures l’autorisation d’accoster à deux navires chargés d’armes à destination d’Israël. Le premier, le Marianne Danica, battant pavillon danois, avait demandé l’autorisation de faire escale dans le port de Carthagène avec à bord 27 tonnes d’explosifs venant de Madras, en Inde, à destination de Haïfa. Le second était un porte-containers, le Borkum, immatriculé à Antigua-et-Barbuda, un micro-État antillais, qui transportait un chargement militaire destiné au port israélien d’Ashdod, situé à une trentaine de kilomètres de la bande de Gaza. Le Rescop s’est réjoui dans un communiqué qu’« en 48 heures, deux navires transportant des armes à destination d’Israël n’ont pas transité par notre territoire grâce à la pression sociale ». De son côté, Jose Manuel Albares, le chef de la diplomatie espagnole, a déclaré : « À l’avenir le ministère des Affaires étrangères rejettera systématiquement ces escales pour une raison évidente. Le Moyen-Orient n’a pas besoin de davantage d’armes, il a besoin de plus de paix. »

Illan Pappé est un écrivain israélien dont la réputation dépasse largement les frontières de l’État sioniste. À la fin des années 1980, il fut le fer de lance de ce que l’on a appelé les « Nouveaux historiens » qui dynamitèrent la version officielle de l’histoire de la Palestine en montrant que l’expulsion et l’oppression des Palestiniens furent inscrites très tôt dans le projet sioniste. Juif, israélien, anti-sioniste et soutien des Palestiniens, Pappé dérange. Et pas seulement l’establishment israélien. Il a en effet été arrêté par le FBI à son arrivée à l’aéroport de Détroit, dans le Michigan. Il a lui-même ironisé sur son compte Facebook : « Saviez-vous qu’un professeur d’histoire âgé de 70 ans menaçait la sécurité nationale des États-Unis ? » Interrogé pendant deux heures il s’est vu confisquer son téléphone portable. On lui a notamment posé des questions sur ses amis arabes et musulmans aux États-Unis et sur les relations qu’il entretenait avec eux. « Je sais, a dit Pappé, que beaucoup d’entre vous ont vécu une expérience bien pire, mais sachant que la France et l’Allemagne ont refusé l’entrée au recteur de l’université de Glasgow parce qu’il était Palestinien, Dieu sait ce qu’il va se passer ensuite. » Et de conclure : « La bonne nouvelle, c’est que des mesures comme celle-ci sont prises par les États-Unis ou les pays européens sous la pression du lobby israélien ou d’Israël lui-même, et cela sent la panique et le désespoir en réaction au fait qu’Israël soit devenu un État paria avec tous les implications d’un tel statut. »

Des sacs de céréales, de riz et de farine vidés ou jetés au sol et piétinés. C’est ce qu’il est advenu des marchandises de camions chargés d’aide humanitaire à destination de Gaza. Des dizaines d’individus d’extrême droite, dont de nombreux colons, ont dévalisé et vandalisé ces camions en Israël, peu après le point de passage de Tarqumiya avec la Cisjordanie occupée. À la manœuvre, un groupe d’extrême droite, Tsav 9, qui multiplie ce genre d’actions depuis janvier et qui veut empêcher toute aide humanitaire aux Gazaouis tant que les otages israéliens n’auront pas été libérés. « Les blocages de Tsav 9 sont scandaleux », a affirmé Jessica Montell, directrice de l’organisation israélienne de défense des droits humains HaMoked. Et d’ajouter : « Il est immoral de détruire de la nourriture en route pour être distribuée à des civils affamés. Mais ce qui est encore plus scandaleux, c’est qu’il n’y a pas de policiers ni de soldats pour les arrêter. Où sont les forces de l’ordre pour empêcher un tel acte ? » Réponse : elles sont trop occupées à affamer, matraquer et tuer les civils Palestiniens.

Alors que Joe Biden avait menacé, il y a une semaine, de limiter l’aide militaire qu’il apporte à l’État hébreu en cas d’opération d’envergure sur Rafah, Washington vient de demander au Congrès d’approuver une nouvelle livraison de munitions pour tanks et de véhicules tactiques. Selon le Wall Street Journal, qui a d’abord révélé l’information, cette livraison inclut 700 millions de dollars de munitions pour tanks et 500 millions pour des véhicules militaires tactiques. Biden peut bien à l’occasion émettre quelques réserves sur la guerre menée par l’État d’Israël, à ce niveau-là, ce n’est même plus du double langage, mais du foutage de gueule.

Dans un rapport qu’elle vient de publier, Human Rights Watch (HRW), l’ONG internationale de défense des droits humains, rapporte que les forces israéliennes ont mené « au moins huit frappes contre des convois humanitaires et des locaux de travailleurs humanitaires » à Gaza depuis octobre 2023, alors même que l’itinéraire de ces convois et les emplacements de ces bâtiments avaient été communiqués à l’armée israélienne par les organisations concernées. Les autorités israéliennes « n’ont averti aucune des organisations humanitaires avant les frappes, qui ont tué ou blessé au moins 31 travailleurs humanitaires et autres personnes qui les accompagnaient », estime l’ONG, qui rappelle également que, selon l’ONU, au moins 254 travailleurs humanitaires, dont 188 membres du personnel de l’Agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, ont été tués à Gaza depuis le 7 octobre. « D’un côté, Israël bloque l’accès aux provisions humanitaires vitales à Gaza, et de l’autre, ses forces attaquent les convois qui tentent de livrer une partie de la petite quantité autorisée », fustige Belkis Wille, directrice adjointe de la division Crises et conflits à HRW. Ce qui résume assez bien la situation humanitaire catastrophique que vivent les Gazaouis. Ces frappes n’étaient pas des erreurs mais bel et bien des actes délibérés.