Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

Lors d’un rassemblement de soutien à Israël, qui a réuni dimanche à Paris quelques centaines de personnes à l’appel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), la vice-présidente de cette organisation, Nathalie Cohen-Beizermann s’est écriée, acclamée par les participants : « Parler de famine à Gaza c’est croire les terroristes qui glorifient la mort. » Par contre le député socialiste Jérôme Guedj, également présent, s’est fait huer pour avoir demandé, outre la libération des otages, « la protection des civils palestiniens » face à une foule chauffée à blanc par l’extrême droite sioniste. Suite à cette manifestation, une vingtaine de soignants français, ont adressé une tribune à l’AFP pour dénoncer dans cet évènement « une manifestation de soutien à l’armée israélienne » et de poursuivre : « Nous sommes témoins et avons les preuves audiovisuelles et écrites des exactions commises à l’égard des civils [à Gaza] relevant de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. » Tout est dit…

Le groupe McDonald’s vient de racheter 225 restaurants en franchise en Israël. Ceux-ci avaient en effet multiplié les repas gratuits et réductions diverses aux soldats qui combattent à Gaza. Ce soutien à la guerre menée contre la population palestinienne ne dérangeait évidemment pas la direction internationale de la chaîne de fastfood. L’idée ne serait pas venue aux patrons de la chaîne de fournir des repas aux enfants palestiniens de Gaza. Ce qui les gêne, c’est la répercussion de ces promotions propagandistes dans d’autres pays, notamment dans les pays arabes où cette enseigne est boycottée. Ces magasins seront donc revendus à des patrons moins marqués politiquement dans l’espoir de faire cesser ce boycott. Peut-être d’ailleurs les mêmes dans le cadre d’une nouvelle société…

Six mois après le début des opérations militaires lancées par Israël contre les Palestiniens de Gaza, différentes organisations internationales ont tenté de tirer un bilan de ce semestre sanglant. On compte désormais plus de 33 000 personnes mortes et 75 000 blessées. Parmi ces morts, selon l’Unicef, l’agence des Nations unies pour l’enfance, se trouvent au moins 13 750 enfants, soit plus de 40 % des victimes. En outre 1,7 million des Gazaouis ont été déplacés, soit 80 % de la population. En plus du bilan humain s’ajoute le risque de famine, l’Unicef estimant que 90 % de la population souffre désormais d’insécurité alimentaire aiguë. Enfin, les premières estimations faites par les Nations unies, l’Union européenne et la Banque mondiale tablent sur 18,5 milliards de dollars (17 milliards d’euros) de dégâts, c’est à dire l’équivalent de 97 % du PIB de l’ensemble des territoires palestiniens occupés. Un génocide et une catastrophe humanitaire dont sont directement responsables les dirigeants sionistes, mais aussi derrière eux les pays impérialistes occidentaux qui les soutiennent.

Le député juif non-sioniste Ofer Cassif, membre du Parti communiste israélien, a été expulsé manu militari de la tribune du Parlement, la Knesset, pour avoir qualifié les opérations militaires israéliennes dans hôpital Al-Shifa à Gaza de « crime de guerre ». Il a notamment déclaré : « Les soldats vont dans les hôpitaux et attaquent. Alors que les forces quittent l’hôpital, les témoignages difficiles, les photos de la ruine et de la destruction et les histoires horribles des survivants commencent à sortir… Les hôpitaux ne devraient jamais devenir des champs de bataille. La protection des jeunes enfants, des patients, du personnel médical et de tous les citoyens doit être une priorité absolue… Avant l’invasion, des milliers de Palestiniens, déplacés et réfugiés, cherchaient refuge à l’hôpital pour échapper aux horreurs de la guerre, mais la terreur des crimes de guerre les poursuivait à l’intérieur des portes protégées de l’hôpital. »  En janvier, l’extrême droite avait déjà tenté, sans succès, de le faire exclure définitivement du parlement israélien. 

L’avocat franco-palestinien Salah Hamouri, 38 ans, a porté plainte à Paris pour détention arbitraire et tortures afin de dénoncer les conditions de son incarcération en Israël en 2022. Dans cette plainte avec constitution de partie civile, ses avocats affirment qu’il a été « la cible d’un harcèlement intense de la part des autorités israéliennes et d’un déni de ses droits fondamentaux, […] a fait l’objet de détentions arbitraires répétées et a subi des actes de tortures au cours de ces privations de liberté ». Ils évoquent dans le document différentes « arrestations et détentions », entre 2001 et 2018, mais dénoncent surtout sa détention administrative « sans charge officielle » entre mars et décembre 2022, avant son expulsion vers la France. En juillet 2022, après son transfert vers un nouveau centre de détention, il avait dû endurer des privations de nourriture et de sommeil, un « isolement punitif » consécutif à une grève de la faim et la « restriction prolongée voire l’interdiction de contacts avec sa famille ». Paris avait estimé son expulsion « contraire au droit », tandis que le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme l’avait qualifiée de « crime de guerre ». On ne sait pas si cette action en justice aboutira, mais elle aura au moins le mérite de rappeler que ce qui est arrivé à Salah Hamouri n’est pas un cas isolé mais la norme de milliers de prisonniers palestiniens qui croupissent dans les prisons israéliennes.

Depuis plusieurs semaines, le président Biden demande à Netanyahou d’instaurer un cessez-le-feu à Gaza. Ce qui ne l’empêche nullement, dans le même temps, de continuer à lui livrer des armes pour pilonner les Palestiniens. Selon le Washington Post, qui cite des sources anonymes au Pentagone et au département d’État, depuis l’offensive du Hamas le 7 octobre, les États-Unis ont approuvé le transfert de plus d’une centaine de livraisons d’armes à Israël. Et cela continue de plus belle. À la fin de l’année dernière, un rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), qui étudie les conflits et les armes, indiquait que 69 % des armes achetées par Israël provenaient d’entreprises américaines, 30 % d’Allemagne et 0,9 % d’Italie. Si les États-Unis voulaient réellement arrêter la guerre, il leur suffirait de stopper les livraisons d’armes à l’État sioniste. Mais ça il n’en est pas question car, malgré des désaccords passagers, Israël reste le principal gendarme de l’impérialisme américain au Moyen-Orient.

Jose Andres, le fondateur de l’ONG World Central Kitchen (Cuisine centrale du monde), a accusé Israël d’avoir ciblé « systématiquement, voiture après voiture » ses sept travailleurs humanitaires tués lors d’une frappe aérienne lundi. Le bateau, que les humanitaires assassinés venaient de décharger, inaugurait la mise en place d’un corridor d’acheminement de l’aide alimentaire depuis Chypre. « Ce n’est pas juste la faute à pas de chance, ce n’est pas “oups” on a lâché une bombe au mauvais endroit », a dénoncé José Andrés en poursuivant : « C’était sur un convoi humanitaire bien défini qui avait des signes sur le toit, un logo très coloré dont on est très fiers. C’est très facile de voir qui on est et ce que nous faisons… ils nous visaient dans une zone contrôlée par l’armée israélienne. Ils savaient que nous allions aller sur cette route, avec trois voitures. » Son récit est confirmé par les analyses vidéos effectuées par la chaine de télévision américaine CNN. Et de conclure que Netanyahou utilise la nourriture comme arme de guerre en affamant les populations civiles. Un crime parmi d’autres…