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Palestine

L’avocat franco-palestinien Salah Hamouri, 38 ans, a porté plainte à Paris pour détention arbitraire et tortures afin de dénoncer les conditions de son incarcération en Israël en 2022. Dans cette plainte avec constitution de partie civile, ses avocats affirment qu’il a été « la cible d’un harcèlement intense de la part des autorités israéliennes et d’un déni de ses droits fondamentaux, […] a fait l’objet de détentions arbitraires répétées et a subi des actes de tortures au cours de ces privations de liberté ». Ils évoquent dans le document différentes « arrestations et détentions », entre 2001 et 2018, mais dénoncent surtout sa détention administrative « sans charge officielle » entre mars et décembre 2022, avant son expulsion vers la France. En juillet 2022, après son transfert vers un nouveau centre de détention, il avait dû endurer des privations de nourriture et de sommeil, un « isolement punitif » consécutif à une grève de la faim et la « restriction prolongée voire l’interdiction de contacts avec sa famille ». Paris avait estimé son expulsion « contraire au droit », tandis que le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme l’avait qualifiée de « crime de guerre ». On ne sait pas si cette action en justice aboutira, mais elle aura au moins le mérite de rappeler que ce qui est arrivé à Salah Hamouri n’est pas un cas isolé mais la norme de milliers de prisonniers palestiniens qui croupissent dans les prisons israéliennes.

Depuis plusieurs semaines, le président Biden demande à Netanyahou d’instaurer un cessez-le-feu à Gaza. Ce qui ne l’empêche nullement, dans le même temps, de continuer à lui livrer des armes pour pilonner les Palestiniens. Selon le Washington Post, qui cite des sources anonymes au Pentagone et au département d’État, depuis l’offensive du Hamas le 7 octobre, les États-Unis ont approuvé le transfert de plus d’une centaine de livraisons d’armes à Israël. Et cela continue de plus belle. À la fin de l’année dernière, un rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), qui étudie les conflits et les armes, indiquait que 69 % des armes achetées par Israël provenaient d’entreprises américaines, 30 % d’Allemagne et 0,9 % d’Italie. Si les États-Unis voulaient réellement arrêter la guerre, il leur suffirait de stopper les livraisons d’armes à l’État sioniste. Mais ça il n’en est pas question car, malgré des désaccords passagers, Israël reste le principal gendarme de l’impérialisme américain au Moyen-Orient.

Jose Andres, le fondateur de l’ONG World Central Kitchen (Cuisine centrale du monde), a accusé Israël d’avoir ciblé « systématiquement, voiture après voiture » ses sept travailleurs humanitaires tués lors d’une frappe aérienne lundi. Le bateau, que les humanitaires assassinés venaient de décharger, inaugurait la mise en place d’un corridor d’acheminement de l’aide alimentaire depuis Chypre. « Ce n’est pas juste la faute à pas de chance, ce n’est pas “oups” on a lâché une bombe au mauvais endroit », a dénoncé José Andrés en poursuivant : « C’était sur un convoi humanitaire bien défini qui avait des signes sur le toit, un logo très coloré dont on est très fiers. C’est très facile de voir qui on est et ce que nous faisons… ils nous visaient dans une zone contrôlée par l’armée israélienne. Ils savaient que nous allions aller sur cette route, avec trois voitures. » Son récit est confirmé par les analyses vidéos effectuées par la chaine de télévision américaine CNN. Et de conclure que Netanyahou utilise la nourriture comme arme de guerre en affamant les populations civiles. Un crime parmi d’autres…

Pour la deuxième fois en deux jours des milliers de manifestants se sont rassemblés devant le parlement israélien à Jérusalem pour demander la démission du Premier ministre. Ces manifestations, particulièrement véhémentes, ont notamment été marquées par des affrontements avec les forces de l’ordre. Les organisateurs ont prévenu qu’ils descendraient dans la rue à Jérusalem tous les soirs les prochains jours pour demander notamment la démission de Netanyahou, le retour des otages et la paix. Si l’immense majorité des manifestants reprochent à Netanyahou sa fuite en avant guerrière à Gaza et le fait qu’il s’accroche au pouvoir pour tenter d’échapper aux poursuites judiciaires dont il est l’objet, seule une minorité fait le lien entre la situation politique actuelle et l’oppression que subit le peuple palestinien depuis 75 ans. Or tant que perdurer cette oppression nationale, il n’y aura pas de paix possible pour le peuple israélien.

Les soldats israéliens se sont retirés du complexe hospitalier d’al-Chifa à Gaza-ville après deux semaines d’opérations, laissant derrière eux d’immenses destructions et de nombreux cadavres. L’armée israélienne a affirmé avoir tué plus de 200 « terroristes ». Un porte-parole de l’agence de défense civile de Gaza a fait état de 300 morts à l’intérieur et autour de l’hôpital durant l’opération israélienne. Des médecins et civils présents dans le complexe ont déclaré à l’AFP que de nombreux corps avaient été retrouvés, dont certains semblaient s’être fait rouler dessus par des véhicules militaires. Aussitôt après avoir quitté al-Chifa, les troupes israéliennes ont lancé des opérations dans les secteurs des hôpitaux de Nasser et al-Amal à Khan Younès dans le sud. De nouveaux massacres en perspective.

Deux sites d’investigation, Disclose et Marsactu, ont dénoncé la vente à Israël de composants pour des pièces de cartouches. Selon ces sites, « la France a autorisé, fin octobre 2023, la livraison à Israël d’au moins 100 000 pièces de cartouches pour des fusils mitrailleurs susceptibles d’être utilisés contre des civils à Gaza ». Ils décrivent, photos à l’appui, « de petites pièces métalliques servant à relier entre elles des balles de fusils mitrailleurs » et permettant « des tirs en rafale ». C’est la société Eurolinks qui envoie ces munitions au groupe israélien IMI Systems depuis le port de Marseille. Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, n’a pas nié ce contrat et ces livraisons mais a affirmé, sans rire, que la licence d’exportation « ne concerne que la réexportation vers des pays tiers » et « ne donne pas droit à l’armée israélienne d’utiliser ces composants », notamment dans la bande de Gaza. Et si elle passe outre, Lecornu lui fera les gros yeux ? Une menace qui fait trembler l’état-major de Tsahal.

Le secrétaire général et l’assistance administrative de l’union départementale CGT du Nord ont comparu devant le tribunal correctionnel de Lille pour « apologie du terrorisme ». En octobre dernier, dans la foulée de l’attaque du Hamas en Israël et aux premiers jours des bombardements de Tsahal sur Gaza, l’union départementale avait publié un tract de soutien à la cause palestinienne dans sa lutte « contre l’État colonial d’Israël » et estimait que les massacres commis par le Hamas le 7 octobre avaient pour toile de fond « les horreurs de l’occupation illégale (qui) se sont accumulées » en Palestine depuis 75 ans. La police, puis la justice, ont considéré que « le tract avait une forme d’apologie du terrorisme et d’appel à la haine ». D’où les poursuites engagées qui se placent dans la droite ligne de la politique de criminalisation des pouvoirs publics contre toutes celles et ceux qui soutiennent les Palestiniens. D’ailleurs, selon le ministre de la Justice, plus de 600 procédures judiciaires similaires ont été lancées contre des associations, des partis ou de simples militants depuis le début de la guerre à Gaza.