Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

Dans un rapport intitulé Anatomie d’un génocide, la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, Francesca Albanese, affirme qu’Israël a commis plusieurs « actes de génocide » dans la bande de Gaza. La diplomate n’a pas été autorisée à se rendre dans l’enclave palestinienne par les autorités sionistes et son rapport a été élaboré à partir des données provenant d’organisations présentes à Gaza et d’entretiens avec des experts et des civils. Parmi les actes génocidaires qu’elle liste, on trouve le nombre important de victimes, morts du fait des armes mais aussi de la famine et l’usage par Israël de « plus de 25 000 tonnes d’explosifs [équivalant à deux bombes nucléaires] sur d’innombrables bâtiments » dans des zones « densément peuplées ». Elle accuse enfin les forces israéliennes d’avoir « détenu des milliers de Palestiniens, principalement des hommes et de jeunes garçons ». « Beaucoup d’entre eux ont été gravement maltraités, y compris par la torture, parfois entraînant la mort ou des incapacités à long terme. » Le tout entrant dans la définition du génocide qui caractérise toute action commise en vue d’éliminer totalement ou partiellement un groupe ethnique, racial, culturel ou religieux. La représentation israélienne auprès des Nations unies à Genève a « totalement rejeté le rapport » de Francesca Albanese, l’accusant en outre d’être… « antisémite ». Une grosse ficelle, mais qui sert toujours autant.

18 Gazaouis sont morts, dont 12 par noyade, en tentant de récupérer de l’aide humanitaire parachutée par certains pays dont les États-Unis, la France, la Jordanie et l’Égypte. Une partie des parachutages tombent en mer alors que d’autres, dont le parachute ne s’ouvre pas, écrasent et tuent les personnes qui tentent au sol de les récupérer. En outre, au cours des dernières 24 heures, six autres personnes sont mortes dans des bousculades liées à l’arrivée d’aides par les airs. Des victimes qui pourraient être évitées si Israël laissait les secours destinés à la population civile arriver librement par la route. Mais affamer la population est, à l’évidence, un des buts que s’assignent les dirigeants israéliens et leur armée.

Après plus de cinq mois de conflit et plus de 32 000 morts, en majorité des civils, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution exigeant un « cessez-le-feu immédiat » à Gaza. La résolution a été votée par 14 voix pour et une abstention, celle des États-Unis. Israël a aussitôt fait savoir qu’il n’en tiendrait pas compte. L’abstention des États-Unis ne constitue qu’une « pression » bien modeste, car les spécialistes estiment que si les États-Unis arrêtaient du jour au lendemain leurs livraisons d’armes quasi-quotidiennes à l’État sioniste, ce dernier ne pourrait pas poursuivre son action militaire contre les Gazaouis pendant plus de deux semaines. Et cela serait infiniment plus efficace pour mettre fin aux combats que toutes les résolutions de l’ONU.

Dimanche 24 mars, Macron a téléphoné au Premier ministre israélien Netanyahou pour l’engager à ne pas expulser les Gazaouis de leur territoire, considérant que ce serait un « crime de guerre ». Des crimes de guerre, cela fait plus de cinq mois que l’armée israélienne en commet tous les jours. Si Macron voulait les empêcher, il emploierait bien d’autres moyens d’action que cette vague protestation pour la galerie.

Le Quai d’Orsay a annoncé que des poursuites judiciaires pourront être entreprises contre certains des 4 000 soldats franco-israéliens qui ont perpétré des crimes dans la bande de Gaza. Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos montrent des ressortissants binationaux commettre des actes susceptibles d’êtres qualifiés de crimes de guerre. Sur l’une d’entre elle un soldat filme avec son smartphone un prisonnier palestinien à moitié nu et ligoté, alors qu’il vient d’être éjecté d’un pick-up. « T’as vu son dos. Ils l’ont torturé. Il s’est pissé dessus. Fils de pute. Fils de putain… », commente dans un français parfait celui qui tient la caméra. Dans une autre on voit un soldat qui chante La Marseillaise tout en se vantant des massacres qu’il s’apprête à commettre dans l’enclave palestinienne… À ce propos, Christophe Lemoine, le porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères, a affirmé : « Je voudrais apporter un éclaircissement sur le sujet des soldats franco-israéliens engagés dans l’armée israélienne et à ce sujet je voudrais notamment rappeler que la justice française est compétente pour reconnaître des crimes commis par des ressortissants français à l’étranger, y compris dans le cadre du conflit en cours. » Fort bien. Mais il faudra d’abord que les soldats repérés soient identifiés en sachant qu’Israël n’extrade jamais ses ressortissants. Et si ces derniers reviennent en France ils pourront toujours se réfugier dans l’État sioniste au cours de l’instruction. Et, bien entendu, toute action contre eux sera qualifiée d’« antisémite » par les soutiens de Netanyahou. Bref ces criminels de guerre ne sont pas près d’être jugés.

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite et de la colonisation sioniste, a annoncé la saisie de 800 hectares de terres dans la vallée du Jourdain. Selon l’organisation pacifiste israélienne « La Paix maintenant », c’est la plus importante saisie de terres en territoire palestinien depuis les accords de paix d’Oslo en 1993. Israël continue de massacrer les Palestiniens à Gaza et de confisquer leurs terres en Cisjordanie. Un régime criminel, colonialiste et raciste.

Des manifestations en soutien aux Palestiniens ont bloqué à Cheltenham, Édimbourg et Bradford trois usines d’armement sous contrat avec l’armée israélienne. À Cheltenham c’est l’usine GE Aviation Systems, qui produit des pièces détachées pour les avions de combat F-35 qui a été visée ; à Édimbourg le groupe Leonardo UK, qui travaille aussi pour les F-35, et à Bradford la société Teledyne Technologies, qui fait partie d’une multinationale américaine qui produit du matériel de surveillance utilisé à Gaza. Des actions de ce type sont régulièrement dénoncées par le gouvernement conservateur, qui soutient à fond Netanyahou, mais aussi par le Parti travailliste qui n’hésite pas à suspendre – voire à exclure – ses militants et élus qui affichent publiquement leur soutien aux Palestiniens.

Alors que le nombre de tués à Gaza dépasse désormais les 32 000 personnes, Mélanie Joly, la ministre canadienne des Affaires étrangères, a confirmé que le pays allait cesser l’envoi d’armes à Israël tant que durerait la guerre de Gaza. Son homologue israélien, Israël Katz, a qualifié de « malheureuse » la décision canadienne en ajoutant que « l’Histoire la jugera durement ». Cela signifie-t-il qu’aucun armement canadien – létal et non létal – ne parviendra plus à l’État sioniste ? Il ne faut pas rêver. Le gouvernement Trudeau a en effet tenu à préciser que les licences de ventes d’armes approuvées avant le 8 janvier restent toutefois « en vigueur » car leur suspension « aurait des implications importantes pour le Canada et ses alliés ». Bref tout va continuer presque comme avant.