Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, a estimé à l’issue d’un entretien avec le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, que : d’une part, les violences des colons israéliens en Cisjordanie devaient cesser, d’autre part, qu’il était grave que des propos violents à l’égard des Palestiniens soient tenus par des responsables politiques israéliens, et enfin qu’il était favorable à un cessez-le-feu à Gaza et à une solution à deux États. Sans dire, à aucun moment, comment Paris comptait s’y prendre pour parvenir à ces résultats. Bref, des déclarations sans lendemain et sans portée réelle que Netanyahou a poliment écoutées mais qui ne changeront rien à sa politique raciste et meurtrière. Comme dit-on en hébreu : « Cause toujours, tu m’intéresses… » ?

Le 3 février, l’armée américaine a pris pour cible 13 sites militaires des rebelles houthis au nord du Yémen. Et cela, 24 heures après une série de frappes contre les forces iraniennes et les milices qu’elles soutiennent en Syrie et en Irak. Biden et les militaires américains prétendent sans rire que ces frappes visent à maintenir la stabilité dans la région face aux attaques de navires de commerce en mer Rouge. Plutôt que de paix, ils se préoccupent davantage de ne pas laisser leurs adversaires grignoter leur zone d’influence et perturber leurs affaires, quitte à rendre la mer Rouge… de sang.

Plus de 500 élus locaux, personnalités politiques nationales et députés européens s’insurgent dans une tribune publiée par Mediapart du sort « ignominieux » réservé aux figures palestiniennes qui, depuis la France, s’évertuent à défendre la justice et la paix. Ils écrivent notamment :

« Insultes, diffamation, menaces de mort, tentatives d’intimidation, pression sur les employeurs ou les partenaires : depuis des semaines, les élu·es et militant·es de la cause palestinienne sont la cible d’attaques délétères et racistes visant à disqualifier leurs voix et leurs combats. Le sort réservé aux figures palestiniennes qui, depuis la France, s’évertuent à défendre la justice et la paix durable en Palestine, est particulièrement ignominieux.

Rima Hassan est l’une de ces figures. Depuis le 7 octobre 2023, la juriste franco-palestinienne, qui a fondé l’Observatoire des camps de réfugiés (OCR), subit un véritable acharnement de la part d’organisations et de personnalités pro-israéliennes. Chacune de ses prises de position déclenche un tombereau d’insultes et de menaces. Des soldats des forces d’occupation coloniales sont allés jusqu’à inscrire, à plusieurs reprises, son patronyme sur des bombes israéliennes.…

Nous ne sommes pas dupes : en s’en prenant à Rima Hassan, et d’autres voix palestiniennes qui s’élèvent pour dénoncer l’oppression et les massacres orchestrés par l’État colonial israélien, c’est l’ensemble de la cause palestinienne qui est visée. Ce que l’on veut faire taire c’est la Palestine, et toutes les voix qui la défendent… »

L’ONU alerte sur le sort d’au moins 17 000 enfants qui sont « non accompagnés ou séparés » de leur famille, précisant qu’il est « extrêmement difficile » de retrouver leur trace, car certains ne peuvent « même pas dire leur nom » parce qu’ils sont blessés ou en état de choc. Dans le même temps, les locaux de Handicap International de la ville de Gaza ont été détruits lors d’un bombardement israélien a déclaré l’ONG, qui déplore n’avoir reçu « aucune alerte ou avertissement », alors que les coordonnées du bâtiment avaient été signalées aux autorités israéliennes « pour éviter que des locaux humanitaires ne soient pris pour cible par inadvertance », en pure perte. Enfin, le dernier bilan fait état de 27 131 personnes tuées depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza.

Les États-Unis ont annoncé imposer des sanctions contre plusieurs colons israéliens accusés de violences à l’encontre de Palestiniens en Cisjordanie occupée, où leurs méfaits se sont accrus en marge de la guerre dans la bande de Gaza. Ces sanctions interviennent dans le cadre d’un décret du président Joe Biden visant des personnes accusées d’ « actes de terrorisme » ou qui « sapent la paix, la stabilité et la sécurité » dans le territoire palestinien. En décembre, Washington avait commencé à imposer des interdictions de visa à des personnes impliquées dans ces violences. Mais il est bon de rappeler que, d’une part, ces sanctions ne visent qu’un très petit nombre de personnes (quatre selon le quotidien israélien Haaretz) et, d’autre part, que l’administration Biden pointe du doigt des comportements individuels sans s’en prendre au contexte d’apartheid et de colonisation qui leur sert de trame. Bref une opération de communication de la Maison-Blanche sans aucune portée réelle.

Au point de passage de Kerem Schalom, à la frontière entre Israël, l’Égypte et la bande de Gaza, des proches de personnes kidnappées par le Hamas le 7 octobre dernier et disparues depuis lors, viennent de rejoindre des militants israéliens de droite et d’extrême droite qui tentent de bloquer, depuis plus d’une semaine, les convois humanitaires qui essaient d’apporter une certaine aide aux Gazaouis. Ils se sont mobilisés à l’initiative d’un groupe baptisé Tsav 9 (Ordre 9), nom qui fait référence à un code d’urgence de l’armée israélienne en cas de guerre. Interviewés par France TV Info, des manifestants ne font pas dans la nuance. Pour eux tous les Gazaouis sont peu ou prou « affiliés » au Hamas. Quant aux familles des otages détenus par le mouvement islamiste, elles sont désespérées et estiment qu’il faut tout essayer pour les faire revenir et que jusqu’à présent les autres moyens de pression ont échoué. Sauf que se joindre à de telles actions imbéciles et criminelles ne peut qu’envenimer les choses et retarder sans doute d’autant l’éventuelle libération des leurs tout en aggravant la misère des Gazaouis.

Les forces israéliennes ont envoyé mardi un commando déguisé en personnel médical et en civil dans l’hôpital Avicenne de Jénine pour exécuter dans leur lit à l’aide d’armes munies de silencieux trois hommes présentés comme des « terroristes », dont l’un, Mohammed Jalamnah, en lien avec le Hamas et les deux autres, les frères Ghazawi, avec le Jihad islamique. Tous se trouvaient en rééducation au troisième étage du bâtiment. L’un d’eux était complètement paralysé et tous les trois dormaient au moment de l’attaque. Encore un exploit de l’armée sioniste qui s’en prend systématiquement aux hôpitaux – en Cisjordanie comme à Gaza – et pratique les assassinats ciblés avec le soutien tacite de ses alliés occidentaux.

Chaque jour des dizaines de milliers de Palestiniens se massent au poste frontière de Rafah pour tenter de fuir les bombardements israéliens, sortir de la bande de Gaza et trouver refuge en Égypte. Ce qui semble impossible puisque la frontière est fermée… sauf si vous êtes prêts à payer entre 8 000 et 10 000 dollars (7 350 et 9 200 euros). Car, avec la complicité de certains hauts dignitaires du régime égyptien, un système de pots-de-vin a été mis en place qui, via de pseudo « agences de voyage », permet à ceux qui en ont les moyens de franchir le poste frontière. Ce que nient fermement les autorités du Caire mais qui est confirmé par plusieurs témoignages recueillis notamment par le quotidien israélien Haaretz et Le Soir de Bruxelles. Un moyen peu ragoûtant de spéculer sur la détresse humaine.