Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

Le Croissant-Rouge palestinien a annoncé la mort de six personnes, dont quatre de ses secouristes, dans une frappe israélienne sur une ambulance dans le centre de la bande de Gaza qu’il a attribuée à l’armée israélienne. Cette dernière s’est refusée à tout commentaire. Depuis le 7 octobre, plus de 120 ambulances ont été détruites et 326 membres du personnel soignant tués. Quant au nombre total de victimes, il s’affiche désormais à 23 357 morts, en majorité des femmes, des adolescents et des enfants.

Le député juif communiste, Ofer Cassif, qui siège au sein de l’alliance Hadash (Front démocratique pour la paix et l’égalité), est menacé d’être exclu de la Knesset pour avoir soutenu publiquement l’action menée par l’Afrique du Sud auprès de la Cour internationale de justice à l’encontre d’Israël pour les massacres à Gaza. Plusieurs membres de la droite et de l’extrême droite, dont Oded Forer, député du parti suprémaciste Israel Beytenou, (Israël notre maison) cherchent à obtenir l’appui de 90 parlementaires (sur un total de 120) pour obtenir son exclusion. De son côté, Cassif, qui dans le passé été suspendu à plusieurs reprises du Parlement, a déclaré : « Mon devoir constitutionnel, je l’assume vis-à-vis de la société israélienne et de tous ses résidents, pas à l’égard d’un gouvernement dont les membres et la coalition appellent au nettoyage ethnique et même à un réel génocide. » D’autre part 310 militants pacifistes ont rendu publique une pétition exprimant leur « soutien aux procédures engagées par l’Afrique du Sud devant la CIJ, affirmant que la conduite d’Israël à Gaza viole ses obligations au titre de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide ». Un terme qui désormais n’est plus tabou…

Une frappe israélienne a causé la mort de deux journalistes : Hamza al-Dahdouh, fils de Waël al-Dahdouh, chef du bureau d’Al Jazeera (déjà endeuillé par l’assassinat de son épouse, de deux de ses enfants et de son petit-fils), et Moustafa Thuraya, collaborateur de l’Agence France-Presse. Un troisième journaliste qui voyageait avec eux, Hazem Rajab, a été grièvement blessé. Deux morts qui s’ajoutent aux quelque 100 autres journalistes tués à Gaza. « Une hécatombe », dénoncée par Reporters sans frontières (RSF). Rappelons que le ministre israélien Benny Gantz, membre du cabinet de guerre, avait déclaré il y a quelques semaines, que les reporters gazaouis ayant couvert l’attaque du 7 octobre seraient considérés comme des terroristes. De son côté, le député du Likoud, Danny Danon, avait même suggéré d’établir au sein de l’Agence de sécurité intérieure d’Israël une liste des journalistes à « éliminer ». Ce que RSF avait déjà dénoncé comme un « appel au meurtre » qui s’est matérialisé sur le terrain. De son côté, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, en visite dans la région, a quant à lui qualifié la mort des deux journalistes de « tragédie inimaginable »… tout en continuant à soutenir la guerre menée par Israël.

On les appelle les « refuzniks ». Ce néologisme venu de l’ex-URSS, désigne les jeunes qui, le plus souvent par conviction pacifiste, refusent de faire leur service militaire obligatoire. Ce choix est devenu encore plus difficile depuis le début de la guerre avec le Hamas, car l’environnement politique s’est considérablement durci, avec un glissement vers la droite de l’opinion publique, le renforcement des sentiments xénophobes. et une augmentation de la violence et de l’agressivité. Malgré ces défis, nombre de refuzniks restent fermes dans leurs convictions. France 24 s’est entretenue avec l’une d’entre elles, Sofia Orr, une jeune femme de 18 ans rencontrée à Pardes Hanna-Karkur, une municipalité du district de Haïfa. Elle déclare : « Le 25 février, date à laquelle est prévu mon enrôlement, je refuserai de m’engager dans l’armée israélienne et j’irai en prison militaire pour cela. Je refuse de prendre part aux politiques violentes d’oppression et d’apartheid qu’Israël a promulguées à l’encontre du peuple palestinien, et plus particulièrement maintenant avec la guerre. Je veux me battre pour faire passer le message qu’il n’y a pas de solution militaire à un problème politique. Cela est plus évident que jamais aujourd’hui. Je veux faire partie de la solution et non du problème ». Un discours mûrement réfléchi qui fait écho à celui de son ami, Tal Mitnick, un jeune homme de 18 ans, premier objecteur de conscience condamné et emprisonné depuis le début de l’opération à Gaza. En refusant de participer à l’oppression des Palestiniens, les refuzniks israéliens font preuve de courage et de détermination. Ils ont tout notre soutien.

C’est le site Capjpo-Europalestine qui donne l’information accompagnée d’une vidéo et de plusieurs photos. 300 militants juifs ont envahi le Parlement de Californie, à Sacramento, et bloqué les débats, pour exiger un cessez-le-feu et la fin du génocide à Gaza ! Les manifestants portaient des t-shirts noirs avec sur le dos l’inscription : « Les juifs disent : pas en notre nom » et avaient déployé au balcon des banderoles reprenant le même slogan et affirmant aussi : « Pas de fonds américains pour le génocide d’Israël en Palestine. » Sur le sol, ils avaient étendu une grande toile couverte de coquelicots sur laquelle figurait l’inscription « 30 000 tués en Palestine. Chaque fleur représente 20 vies palestiniennes ». Depuis le début du conflit l’association Voix juive pour la paix multiplie les manifestations dans le pays en soutien aux Palestiniens.

La Radio télévision belge francophone (RTBF) puis Mediapart ont publié coup sur coup des reportages sur des militants israéliens anti-occupation qui, dans la vallée du Jourdain, répondent aux appels de bergers palestiniens pour les protéger, ainsi que leurs troupeaux, face aux attaques des colons juifs. Ils tentent d’empêcher le vol des moutons, l’accaparement des ressources en eau, voire les violences physiques contre les bergers dont la plupart sont des Bédouins, une des communautés les plus pauvres au sein de la population palestinienne. Cette solidarité est bien évidemment très mal vue par certains en Israël. Comme l’explique Tal, une militante de 32 ans qui vit à Jérusalem : « [Mon activité] je la cache, ce n’est pas quelque chose dont vous parlez au travail… Mes amis les plus proches ont découvert seulement l’année dernière que je faisais ceci. Ils l’ont découvert car l’un des colons m’a identifiée sur Facebook. » Et même si le niveau de violence des colons a nettement augmenté depuis octobre, ces militants pacifistes continuent de se battre, envers et contre tout. Respect…

L’ONG israélienne de défense des droits humains Yesh Din a rendu public un rapport qui montre que les actes de violence de colons israéliens contre des Palestiniens ont enregistré un record en 2023. « La violence des colons est la politique du gouvernement israélien », a-t-elle dénoncé dans un communiqué. Jamais « le nombre d’incidents et le nombre d’Israéliens impliqués et le bilan » des violences n’ont été aussi élevés. Parmi ces attaques, Yesh Din évoque deux épisodes particulièrement violents, perpétrées par « un grand nombre de colons israéliens » : le premier à Huwara, en février, et le second à Turmus Ayya, en juin, deux villages palestiniens entre Naplouse au nord et Ramallah au centre. « Des centaines d’Israéliens les ont attaqués, mettant le feu à des dizaines de maisons et de véhicules », rappelle Yesh Din. De son côté l’agence des Nations unies chargée de la coordination humanitaire a dressé un bilan semblable de 1 225 attaques en soulignant qu’elles se sont multipliées depuis le mois d’octobre. Quant aux autorités israéliennes, loin de vouloir calmer les choses, elles apportent leur plein soutien aux colons d’extrême droite.

France info a publié un reportage sur les ONG pacifistes israéliennes qui peinent à se faire entendre dans leur pays alors que l’opinion publique est très majoritairement intoxiquée par la propagande belliciste. Ainsi l’ONG Médecins pour les droits humains (Physicians for Human Rights) travaille depuis des années avec des médecins gazaouis qu’elle forme, à qui elle envoie du matériel et des médicaments. Mais depuis le début de la guerre, impossible d’envoyer des renforts de personnel sur place, ni du matériel, ni de l’argent aux hôpitaux. « Depuis quatre ou cinq semaines, on tente de faire parvenir de l’aide humanitaire dans Gaza, mais notre banque nous a menacé de geler nos comptes », déplore un de ses dirigeants, Guy Shalev. « Les fonds envoyés à Gaza, ça aurait pu être considéré comme du financement terroriste, ou quelque chose comme ça. » Et de poursuivre : « On reçoit tout le temps des messages et des informations sur des personnes que l’on connaît et qui sont mortes sous les bombardements », raconte-t-il. « Plus de 300 soignants ont été tués depuis le début de cette guerre. Ce matin encore, on a parlé au directeur de l’hôpital européen de Khan Younès, son frère a été tué. Il était aussi médecin. » C’est le même sentiment à chaque message reçu : « On est totalement impuissants. » Il poursuit : « C’était impossible, les premières semaines, de parler d’un cessez-le-feu. On a essayé, on a reçu beaucoup de menaces. Donc les gens ne voulaient pas en entendre parler. Mais je pense que ces deux ou trois dernières semaines, l’opinion s’ouvre un peu plus à l’idée que le cessez-le-feu est la chose à faire. Il n’y a vraiment aucun moyen de sauver des vies à Gaza si ce n’est d’appeler à un cessez-le-feu. » Malgré leur isolement les ONG comme celle-ci poursuivent leur combat.