Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

On les appelle les « refuzniks ». Ce néologisme venu de l’ex-URSS, désigne les jeunes qui, le plus souvent par conviction pacifiste, refusent de faire leur service militaire obligatoire. Ce choix est devenu encore plus difficile depuis le début de la guerre avec le Hamas, car l’environnement politique s’est considérablement durci, avec un glissement vers la droite de l’opinion publique, le renforcement des sentiments xénophobes. et une augmentation de la violence et de l’agressivité. Malgré ces défis, nombre de refuzniks restent fermes dans leurs convictions. France 24 s’est entretenue avec l’une d’entre elles, Sofia Orr, une jeune femme de 18 ans rencontrée à Pardes Hanna-Karkur, une municipalité du district de Haïfa. Elle déclare : « Le 25 février, date à laquelle est prévu mon enrôlement, je refuserai de m’engager dans l’armée israélienne et j’irai en prison militaire pour cela. Je refuse de prendre part aux politiques violentes d’oppression et d’apartheid qu’Israël a promulguées à l’encontre du peuple palestinien, et plus particulièrement maintenant avec la guerre. Je veux me battre pour faire passer le message qu’il n’y a pas de solution militaire à un problème politique. Cela est plus évident que jamais aujourd’hui. Je veux faire partie de la solution et non du problème ». Un discours mûrement réfléchi qui fait écho à celui de son ami, Tal Mitnick, un jeune homme de 18 ans, premier objecteur de conscience condamné et emprisonné depuis le début de l’opération à Gaza. En refusant de participer à l’oppression des Palestiniens, les refuzniks israéliens font preuve de courage et de détermination. Ils ont tout notre soutien.

C’est le site Capjpo-Europalestine qui donne l’information accompagnée d’une vidéo et de plusieurs photos. 300 militants juifs ont envahi le Parlement de Californie, à Sacramento, et bloqué les débats, pour exiger un cessez-le-feu et la fin du génocide à Gaza ! Les manifestants portaient des t-shirts noirs avec sur le dos l’inscription : « Les juifs disent : pas en notre nom » et avaient déployé au balcon des banderoles reprenant le même slogan et affirmant aussi : « Pas de fonds américains pour le génocide d’Israël en Palestine. » Sur le sol, ils avaient étendu une grande toile couverte de coquelicots sur laquelle figurait l’inscription « 30 000 tués en Palestine. Chaque fleur représente 20 vies palestiniennes ». Depuis le début du conflit l’association Voix juive pour la paix multiplie les manifestations dans le pays en soutien aux Palestiniens.

La Radio télévision belge francophone (RTBF) puis Mediapart ont publié coup sur coup des reportages sur des militants israéliens anti-occupation qui, dans la vallée du Jourdain, répondent aux appels de bergers palestiniens pour les protéger, ainsi que leurs troupeaux, face aux attaques des colons juifs. Ils tentent d’empêcher le vol des moutons, l’accaparement des ressources en eau, voire les violences physiques contre les bergers dont la plupart sont des Bédouins, une des communautés les plus pauvres au sein de la population palestinienne. Cette solidarité est bien évidemment très mal vue par certains en Israël. Comme l’explique Tal, une militante de 32 ans qui vit à Jérusalem : « [Mon activité] je la cache, ce n’est pas quelque chose dont vous parlez au travail… Mes amis les plus proches ont découvert seulement l’année dernière que je faisais ceci. Ils l’ont découvert car l’un des colons m’a identifiée sur Facebook. » Et même si le niveau de violence des colons a nettement augmenté depuis octobre, ces militants pacifistes continuent de se battre, envers et contre tout. Respect…

L’ONG israélienne de défense des droits humains Yesh Din a rendu public un rapport qui montre que les actes de violence de colons israéliens contre des Palestiniens ont enregistré un record en 2023. « La violence des colons est la politique du gouvernement israélien », a-t-elle dénoncé dans un communiqué. Jamais « le nombre d’incidents et le nombre d’Israéliens impliqués et le bilan » des violences n’ont été aussi élevés. Parmi ces attaques, Yesh Din évoque deux épisodes particulièrement violents, perpétrées par « un grand nombre de colons israéliens » : le premier à Huwara, en février, et le second à Turmus Ayya, en juin, deux villages palestiniens entre Naplouse au nord et Ramallah au centre. « Des centaines d’Israéliens les ont attaqués, mettant le feu à des dizaines de maisons et de véhicules », rappelle Yesh Din. De son côté l’agence des Nations unies chargée de la coordination humanitaire a dressé un bilan semblable de 1 225 attaques en soulignant qu’elles se sont multipliées depuis le mois d’octobre. Quant aux autorités israéliennes, loin de vouloir calmer les choses, elles apportent leur plein soutien aux colons d’extrême droite.

France info a publié un reportage sur les ONG pacifistes israéliennes qui peinent à se faire entendre dans leur pays alors que l’opinion publique est très majoritairement intoxiquée par la propagande belliciste. Ainsi l’ONG Médecins pour les droits humains (Physicians for Human Rights) travaille depuis des années avec des médecins gazaouis qu’elle forme, à qui elle envoie du matériel et des médicaments. Mais depuis le début de la guerre, impossible d’envoyer des renforts de personnel sur place, ni du matériel, ni de l’argent aux hôpitaux. « Depuis quatre ou cinq semaines, on tente de faire parvenir de l’aide humanitaire dans Gaza, mais notre banque nous a menacé de geler nos comptes », déplore un de ses dirigeants, Guy Shalev. « Les fonds envoyés à Gaza, ça aurait pu être considéré comme du financement terroriste, ou quelque chose comme ça. » Et de poursuivre : « On reçoit tout le temps des messages et des informations sur des personnes que l’on connaît et qui sont mortes sous les bombardements », raconte-t-il. « Plus de 300 soignants ont été tués depuis le début de cette guerre. Ce matin encore, on a parlé au directeur de l’hôpital européen de Khan Younès, son frère a été tué. Il était aussi médecin. » C’est le même sentiment à chaque message reçu : « On est totalement impuissants. » Il poursuit : « C’était impossible, les premières semaines, de parler d’un cessez-le-feu. On a essayé, on a reçu beaucoup de menaces. Donc les gens ne voulaient pas en entendre parler. Mais je pense que ces deux ou trois dernières semaines, l’opinion s’ouvre un peu plus à l’idée que le cessez-le-feu est la chose à faire. Il n’y a vraiment aucun moyen de sauver des vies à Gaza si ce n’est d’appeler à un cessez-le-feu. » Malgré leur isolement les ONG comme celle-ci poursuivent leur combat.

Dans une enquête qu’il vient de publier, le quotidien économique américain The Wall Street Journal, peu suspect de sympathies pro-palestiniennes, estime que 70 % des 439 000 habitations et environ la moitié des bâtiments de la bande de Gaza ont été endommagés ou rasés. Le quotidien indique que les structures détruites incluent des églises byzantines, des mosquées anciennes, des usines, des immeubles résidentiels, des centres commerciaux, des hôtels de luxe, des théâtres et des écoles. De plus, les infrastructures essentielles telles que l’eau, l’électricité et la santé sont « irréparables ». Sur les 36 hôpitaux en activité avant la guerre, seuls huit sont désormais opérationnels et accueillent des patients. Plus des deux tiers des écoles ont été endommagées, et de nombreuses zones agricoles, telles que les vergers et les serres, ont été « complètement détruites ». Par ailleurs, selon une estimation d’organisations humanitaires, il faudra au moins un an après la guerre pour déblayer les décombres, et entre sept et dix ans pour reconstruire les habitations détruites. Autant dire que pour les Gazaouis, qui comptent déjà plus de 21 000 morts et 56 000 blessés, la fin du cauchemar n’est pas pour demain.

Le gouvernement américain vient d’approuver une nouvelle vente d’armes à Israël pour un montant de 133,4 millions d’euros sans demander l’autorisation du Congrès comme c’est habituellement le cas pour les transferts d’armes vers des pays étrangers. Alors que le massacre des civils palestiniens de la bande de Gaza continue à un rythme toujours plus élevé, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a justifié l’approbation immédiate du transfert par « l’urgence des besoins défensifs » du gouvernement Netanyahou. C’est la seconde fois ce mois-ci que l’administration Biden donne son feu vert à un transfert de matériel militaire vers Israël sans consulter l’organe législatif. Le 9 décembre, soit moins de vingt-quatre heures après avoir posé son veto à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies exigeant un cessez-le-feu humanitaire, Washington avait déjà autorisé la vente en « procédure d’urgence » de près de 14 000 obus de chars à l’armée israélienne. Pour l’impérialisme américain, l’urgence absolue est donc de soutenir les massacres de l’occupant sioniste tout en faisant mine de demander à Tel Aviv de protéger les populations civiles. Un cynisme et une hypocrisie qui ne trompent plus grand monde.