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Palestine

Dans une enquête qu’il vient de publier, le quotidien économique américain The Wall Street Journal, peu suspect de sympathies pro-palestiniennes, estime que 70 % des 439 000 habitations et environ la moitié des bâtiments de la bande de Gaza ont été endommagés ou rasés. Le quotidien indique que les structures détruites incluent des églises byzantines, des mosquées anciennes, des usines, des immeubles résidentiels, des centres commerciaux, des hôtels de luxe, des théâtres et des écoles. De plus, les infrastructures essentielles telles que l’eau, l’électricité et la santé sont « irréparables ». Sur les 36 hôpitaux en activité avant la guerre, seuls huit sont désormais opérationnels et accueillent des patients. Plus des deux tiers des écoles ont été endommagées, et de nombreuses zones agricoles, telles que les vergers et les serres, ont été « complètement détruites ». Par ailleurs, selon une estimation d’organisations humanitaires, il faudra au moins un an après la guerre pour déblayer les décombres, et entre sept et dix ans pour reconstruire les habitations détruites. Autant dire que pour les Gazaouis, qui comptent déjà plus de 21 000 morts et 56 000 blessés, la fin du cauchemar n’est pas pour demain.

Le gouvernement américain vient d’approuver une nouvelle vente d’armes à Israël pour un montant de 133,4 millions d’euros sans demander l’autorisation du Congrès comme c’est habituellement le cas pour les transferts d’armes vers des pays étrangers. Alors que le massacre des civils palestiniens de la bande de Gaza continue à un rythme toujours plus élevé, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a justifié l’approbation immédiate du transfert par « l’urgence des besoins défensifs » du gouvernement Netanyahou. C’est la seconde fois ce mois-ci que l’administration Biden donne son feu vert à un transfert de matériel militaire vers Israël sans consulter l’organe législatif. Le 9 décembre, soit moins de vingt-quatre heures après avoir posé son veto à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies exigeant un cessez-le-feu humanitaire, Washington avait déjà autorisé la vente en « procédure d’urgence » de près de 14 000 obus de chars à l’armée israélienne. Pour l’impérialisme américain, l’urgence absolue est donc de soutenir les massacres de l’occupant sioniste tout en faisant mine de demander à Tel Aviv de protéger les populations civiles. Un cynisme et une hypocrisie qui ne trompent plus grand monde.

La présidente (Les Républicains) de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, vient de faire un don de 125 000 euros à l’ONG israélienne Latet (« donner » en hébreu) pour aider la population juive d’Israël qui souffre de la guerre actuelle. Pour que les choses soient bien claires, ce don a transité, en toute laïcité, par une organisation communautaire, le Fonds social juif unifié. Pécresse a tenu à souligner que ce geste avait été rendu possible « grâce à la mobilisation des équipes diplomatiques, consulaires, économiques et culturelle de la France en Israël ». Un geste vivement applaudi par l’ambassade d’Israël à Paris. Quant aux Palestiniens, dont les pertes sont au moins vingt fois plus importantes que celles enregistrées par les Israéliens, ils pourront attendre encore longtemps une telle sollicitude. Rappelons que la même Pécresse avait, le 10 décembre dernier, retiré le prix Simone Weil (décerné par sa Région) à la journaliste et essayiste Zineb El Rhazaoui pour avoir manifesté son soutien aux Palestiniens. La boucle est bouclée.

C’est l’hebdomadaire révolutionnaire Socialist Worker qui a rapporté les faits. L’école primaire Barclay, située à Leyton, dans l’est de Londres, a menacé un élève de signalement à la police et au programme de « prévention contre le terrorisme » mis en place pour le gouvernement pour avoir arboré sur son manteau un badge de solidarité avec la Palestine. Précisons que le bambin en question a huit ans, que sa mère est palestinienne originaire de Gaza et que toute une partie de sa famille et de ses amis ont été massacrés par les Israéliens. Il a dû quitter l’école à la veille des vacances de Noël et s’était vu interdire auparavant d’aller en récréation et de manger à la cantine. Ce n’est pas un cas isolé. Depuis deux mois le département de l’Éducation a lancé une campagne dans les établissements scolaires et universitaires visant à interdire toute manifestation de solidarité avec les Palestiniens. Quant au gouvernement il soutient naturellement Netanyahou et ses criminels de guerre.

Lors d’un appel téléphonique à Benjamin Netanyahou, Emmanuel Macron a insisté « sur l’importance de mettre un terme aux violences commises par certains colons contre les civils palestiniens » en Cisjordanie et a de nouveau réclamé un « cessez-le-feu durable » à Gaza. Il n’a bien sûr aucune chance d’être entendu et il le sait parfaitement. Ses soi-disant préoccupations humanitaires ne l’ont pas empêché de se ranger à 100 % derrière Israël dans sa guerre contre le peuple palestinien baptisée « légitime défense ». Si Macron et ses semblables avaient voulu faire un geste fort à l’égard de Netanyahou il leur aurait suffi de décréter le boycott économique et militaire de l’État sioniste. Mais de cela ni Biden, ni Macron ni les autres dirigeants occidentaux ne veulent en entendre parler.