Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

Quatre Palestiniens, dont deux adolescents, ont été tués lundi dans un raid israélien dans le camp de réfugiés d’Al-Far’a, près de Tubas, dans le nord de la Cisjordanie occupée. Âgés de 17 à 24 ans, ils ont été tués par balles, dans la tête ou la poitrine, par l’armée israélienne. Cela porte à plus de 300 le nombre de Palestiniens tués en Cisjordanie par des tirs israéliens ou de colons depuis le 7 octobre.

Depuis le 7 octobre, le passage d’Erez entre Israël et Gaza est fermé, bloquant l’entrée du territoire gazaoui aux journalistes. C’est l’armée israélienne qui autorise ou interdit aux reporters de pénétrer dans l’enclave. Et, en cas de feu vert, cela doit se faire sous sa surveillance. Une curieuse conception de la liberté de la presse. Mais Clarissa Ward, de la chaine américaine CNN, a réussi à déjouer le protocole officiel. Et quelques heures lui ont suffi pour avoir un aperçu de l’état catastrophique de la bande de Gaza et de ses habitants. Concernant les dégâts matériels, « je peux honnêtement dire que je ne pense pas que nous en ayons jamais vu à cette échelle », estime-t-elle. Bâtiments soufflés, rues dévastées, jonchées de détritus et cernées d’eaux stagnantes à cause des récentes pluies, Difficile de contenir son émotion face aux lits d’hôpitaux occupés par de jeunes enfants gravement blessés, traumatisés, et des adultes mutilés, amputés. Dans ce reportage, le directeur de l’hôpital Al-Naqbi explique que l’établissement est ébranlé par une vingtaine de frappes aériennes chaque jour. En conclusion la journaliste donne la parole à une jeune femme de 20 ans, amputée d’une jambe qui constate : « Le monde ne nous écoute pas. Personne ne se soucie de nous, nous mourons depuis plus de 60 jours, à cause des bombardements, et personne n’a rien fait. »

Le dernier bilan de la guerre fait état de 18 787 Palestiniens tués depuis le début des combats alors que 50 897 personnes ont été blessées. Mais les troupes israéliennes ne se contentent pas de massacrer la population. Environ 50 000 habitations ont été détruites ou endommagées, soit 40 % du total. Un véritable « domicide ». De plus 22 % des terres arables ont été ravagées. Ces terres, dédiées à l’agriculture et au maraîchage, représentent 25 % du territoire gazaoui où s’est développée une agriculture semi-urbaine. Leur destruction est une perte vitale pour les habitants. À partir d’images satellite, la rédaction des Observateurs de France 24 et l’ONG Human Rights Watch ont pu identifier nombre de terrains agricoles qui ont été détruits par le passage de blindés et de bulldozers. Parmi eux des serres, des oliveraies et des champs. Tout est fait sciemment par Israël pour que la vie devienne impossible après la fin du conflit. Car comme l’a déclaré le ministre de la Défense israélien, le général Yoav Gallant : « Nous combattons des animaux et nous agissons en conséquence. » Un racisme débridé qui est devenu depuis longtemps la marque de fabrique du gouvernement Netanyahou.

L’Assemblée générale des Nations unies a voté une résolution appelant à un cessez-le-feu à Gaza par 153 voix pour, 10 contre (dont Israël et les États-Unis) et 23 abstentions. Une résolution indicative et non contraignante dont bien entendu l’État hébreu ne tiendra aucun compte. Cependant les dirigeants américains ont profité de l’occasion pour faire semblant de s’offusquer de la violence de l’intervention israélienne. Joe Biden « s’est inquiété des bombardements indiscriminés » qui, selon lui, « minent la cause israélienne sur la scène internationale ». Quant au secrétaire d’État américain, Antony Blinken, il avait jugé « impératif » qu’Israël fasse de la protection des civils une priorité en croyant voir un « écart » entre l’intention proclamée de l’état-major israélien de protéger les civils et la réalité sur le terrain. Un « écart » qui n’existe bien sûr que dans son imagination. Une hypocrisie qui ne trompe pas grand monde, mais qui est destinée à relativiser la responsabilité de la Maison-Blanche dans le massacre en cours perpétré avec des armes made in USA.

Selon le réseau EuroMed Droits, plus de 25 000 enfants sont orphelins après avoir perdu au moins l’un de leurs parents dans l’offensive israélienne. De plus, des 18 000 personnes tuées, 11 000 seraient des femmes et 7 000 des enfants. Enfin 49 000 autres personnes auraient été blessées. Et le carnage continue…

À Marseille, la préfecture des Bouches-du-Rhône a voulu interdire la manifestation de soutien avec le peuple palestinien du samedi 9 décembre sous prétexte d’une incitation à la haine et à la violence. Cette interdiction a été levée après un référé-liberté déposé par les organisateurs. À Nice, c’est même la huitième fois que la préfecture se fait reprendre par la justice. Si Macron et Darmanin cherchaient à éteindre notre mobilisation, dont ils ne voulaient pas, c’est près d’un millier de manifestants qui ont réaffirmé leur soutien à Gaza. Et qui continueront quoi qu’en dise le gouvernement.