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Palestine

Emmanuel Macron a exprimé au cardinal Pierbattista Pizzaballa, le patriarche latin de Jérusalem, « sa vive préoccupation » face à « la situation dramatique » de la paroisse catholique de Gaza où deux paroissiennes ont été tuées « de manière indigne » par un soldat israélien, a indiqué dimanche l’Élysée. Ce qui sous-entendrait que les 20 000 autres victimes auraient eu la chance d’avoir été abattues de façon digne. Allant plus loin, le président a réaffirmé « la fidélité de la France à ses engagements, et notamment au rôle particulier de protection d’un certain nombre de communautés chrétiennes, exercé à travers le consulat général de France à Jérusalem ». La France défenseur des chrétiens d’Orient est une formule qui fit florès aux 19e et 20e siècle pour justifier les interventions de la puissance coloniale française contre les peuples de la région, notamment en Syrie et au Liban. Aujourd’hui, l’impérialisme français a depuis longtemps été éjecté du Proche-Orient et tente de faire de la figuration en ressortant la même antienne. Mais sa politique de fond est de se ranger derrière Israël avec des réserves de pure forme, même lorsque l’État sioniste massacre les Palestiniens, chrétiens ou non.

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a écarté une demande de levée de l’immunité parlementaire du député Les Républicains Meyer Habib (LR) formulée par 39 députés de gauche qui l’accusaient « d’apologie de crimes de guerre » israéliens à Gaza. Dans sa réponse Yaël Braun-Pivet affirme que « les propos tenus par un parlementaire dans l’hémicycle de l’Assemblée sont couverts, conformément à l’article 26 de la Constitution, par le principe d’irresponsabilité, lequel présente un caractère absolu et qu’aucune procédure ne permet de lever ». Dans un passé récent elle n’a pourtant jamais hésité à sanctionner des députés (notamment de la France insoumise) pour des propos qui lui déplaisaient. Meyer Habib, dont la circonscription des Français de l’étranger comprend Israël, est un partisan farouche du gouvernement Netanyahou dont il soutient les bombardements et les opérations militaires à Gaza. « Les soutiens inconditionnels des criminels de guerre israéliens se protègent entre eux. Un député français peut donc en toute tranquillité faire une apologie de crimes de guerre. Quelle honte ! », a réagi le député insoumis de Seine-Saint-Denis Thomas Portes. Rappelons cependant que dans le passé nombre de députés ont soutenu avec enthousiasme et « en toute tranquillité » les guerres coloniales de l’impérialisme français et les massacres qui les accompagnaient, notamment en Indochine et en Algérie. De ce point de vue, une canaille comme Habib ne détonne pas trop dans l’Hémicycle.

Trente-neuf députés des groupes écologiste, socialiste et de la France insoumise ont adressé un courrier à la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, pour demander la levée de l’immunité parlementaire de leur collègue Meyer Habib qu’ils accusent d’apologie de crimes contre l’humanité. Ce dernier, membre des Républicains et représentant des Français de l’étranger (dont ceux d’Israël), est un proche et un thuriféraire du Premier ministre israélien. Lors des questions au gouvernement sur la guerre au Moyen-Orient, il a lancé hilare à deux reprises « Et ce n’est pas fini ! » lorsque des députés dénonçaient les massacres de Gaza. Un peu plus tard, il twittait la même formule à quatre reprises et concluait : « Tsahal l’armée la plus morale du monde continuera son action pour la libération de tous les otages. » On ne sait pas si Habib verra lever son immunité parlementaire, mais c’est peu probable. Car Yaël Braun-Pivet et au-dessus d’elle Macron sont fondamentalement sur la même ligne que lui.

Alors que les massacres se poursuivent à Gaza avec plus de 20 000 morts et de 52 000 blessés – majoritairement des femmes et des enfants – l’armée israélienne continue dans le même temps sa répression systématique en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. 4 605 Palestiniens ont été arrêtés et plus de 300 tués depuis le début de la guerre. Les autorités sionistes les présentent tous comme des « terroristes » et des « membres du Hamas » mais en fait nombre d’entre eux sont des militants de diverses organisations et des membres d’ONG qui apportent leur soutien à la population palestinienne et s’opposent à l’occupation. Parmi ces personnes arrêtées se trouve par exemple Munther Amira, qui préside le Conseil d’administration du Centre des jeunes du camp de réfugiés d’Aïda, près de Bethléem. Également placée sous les verrous l’équipe du Théâtre de la liberté, du camp de réfugiés de Jénine, un des hauts lieux de la culture palestinienne. Et la plupart des prisonniers sont en détention administrative, sans inculpation et pour une durée indéterminée. C’est ce qu’on appelle la « justice israélienne ».

Dans une interview à la radio israélienne, David Azoulay, président du conseil local de Metula, une agglomération située près de la frontière avec le Liban, a appelé à ce que la bande de Gaza soit « complètement aplatie, tout comme Auschwitz aujourd’hui », et à ce que ses résidents palestiniens soient transférés de force vers des camps de réfugiés au Liban, rapporte le quotidien Haaretz. Interrogé sur ce qu’il faudrait faire de la bande de Gaza si son plan concernant ses habitants était mis en œuvre, Azoulay a expliqué qu’elle devrait être « laissée vide, tout comme Auschwitz. Un musée. Pour que le monde entier sache ce que l’État d’Israël peut faire ». Ces commentaires sont intervenus quelques jours après qu’un membre du gouvernement, le ministre des Affaires de Jérusalem et du Patrimoine, Amichai Eliyahu, a suggéré dans une interview radiodiffusée que larguer une bombe nucléaire sur la bande de Gaza était « une option », puisqu’« il n’y a pas de non-combattants à Gaza ». Et ces sinistres individus ne sont pas des membres d’obscurs groupuscules d’extrême droite mais des gens qui ont pignon sur rue. Quant à ce que « Israël peut faire » on le voit déjà tous les jours avec un bilan qui approche désormais les 19 000 morts.

Quatre Palestiniens, dont deux adolescents, ont été tués lundi dans un raid israélien dans le camp de réfugiés d’Al-Far’a, près de Tubas, dans le nord de la Cisjordanie occupée. Âgés de 17 à 24 ans, ils ont été tués par balles, dans la tête ou la poitrine, par l’armée israélienne. Cela porte à plus de 300 le nombre de Palestiniens tués en Cisjordanie par des tirs israéliens ou de colons depuis le 7 octobre.

Depuis le 7 octobre, le passage d’Erez entre Israël et Gaza est fermé, bloquant l’entrée du territoire gazaoui aux journalistes. C’est l’armée israélienne qui autorise ou interdit aux reporters de pénétrer dans l’enclave. Et, en cas de feu vert, cela doit se faire sous sa surveillance. Une curieuse conception de la liberté de la presse. Mais Clarissa Ward, de la chaine américaine CNN, a réussi à déjouer le protocole officiel. Et quelques heures lui ont suffi pour avoir un aperçu de l’état catastrophique de la bande de Gaza et de ses habitants. Concernant les dégâts matériels, « je peux honnêtement dire que je ne pense pas que nous en ayons jamais vu à cette échelle », estime-t-elle. Bâtiments soufflés, rues dévastées, jonchées de détritus et cernées d’eaux stagnantes à cause des récentes pluies, Difficile de contenir son émotion face aux lits d’hôpitaux occupés par de jeunes enfants gravement blessés, traumatisés, et des adultes mutilés, amputés. Dans ce reportage, le directeur de l’hôpital Al-Naqbi explique que l’établissement est ébranlé par une vingtaine de frappes aériennes chaque jour. En conclusion la journaliste donne la parole à une jeune femme de 20 ans, amputée d’une jambe qui constate : « Le monde ne nous écoute pas. Personne ne se soucie de nous, nous mourons depuis plus de 60 jours, à cause des bombardements, et personne n’a rien fait. »