Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

La députée communiste Aida Touma-Suleiman a été suspendue de la Knesset, le Parlement israélien, et exclue de ses travaux pendant deux mois. Il y a un mois une pseudo-commission d’éthique parlementaire avait déjà infligé la même sanction à son collègue et camarade de parti Ofer Cassif, pour des déclarations jugées « anti-israéliennes ». Leur seul crime : dénoncer la guerre à Gaza et les exactions des colons et des militaires israéliens en Cisjordanie. Soulignons que l’une est arabe et l’autre juif, que tous deux ont condamné les atrocités du Hamas du 7 octobre et qu’ils sont aujourd’hui unis pour dénoncer le massacre en cours.

Interrogé par la chaîne de télévision américaine CBS News, Benyamin Netanyahou a exprimé à la télévision américaine des « regrets » concernant l’échec de son armée à réduire le nombre de victimes collatérales palestiniennes à Gaza. Rappelons que le dernier bilan fait état de 12 000 personnes – dont 5 000 enfants et 3 300 femmes – tuées par l’armée israélienne depuis le 7 octobre. Pendant le même temps, en Cisjordanie, environ 200 Palestiniens ont été massacrés par des colons et des soldats. Ce qui n’empêche pas le Premier ministre israélien de déclarer benoîtement : « Je peux également dire que nous tenterons d’atteindre cet objectif de faire un minimum de victimes civiles. C’est ce que nous nous efforçons de faire : un nombre minimum de victimes civiles. Malheureusement, nos efforts ne sont pas couronnés de succès. » La faute à qui ? Aux Palestiniens bien sûr qui sciemment se tiennent dans leurs maisons et leurs hôpitaux bombardés par l’artillerie et l’aviation sionistes, se jettent sous les balles des tireurs d’élite et s’obstinent à crever de faim, de soif et de manque de soins, tout ça pour nuire à Netanyahou. Il existe pourtant une façon simple d’arrêter de faire des victimes civiles : que l’armée israélienne se retire de Gaza et arrête ses bombardements.

Alors que des milliers de personnes ont participé à une marche sur Jérusalem pour réclamer la libération des otages, des centaines d’autres se sont rassemblées samedi à Tel Aviv pour appeler à un cessez-le-feu immédiat et à la fin de la guerre entre le Hamas et Israël. La manifestation était organisée par le « Front démocratique pour l’égalité et la paix ». Sur les pancartes brandies par les manifestants, on pouvait lire : « Il n’y a pas de gagnants dans la guerre » « Arrêtez la guerre, la paix est la seule solution » « Non à l’occupation et au blocus, oui à la paix », « Bombarder les hôpitaux, priver d’eau et de nourriture, massacrer les enfants, ce n’est pas de l’auto-défense ». Prenant la parole, la députée communiste arabe israélienne Aïda Touma Suleiman a déclaré : « Dès le premier jour, nous avons dit que nous nous opposions aux atrocités et aux crimes commis [par le Hamas] contre les civils, et lorsque des civils de Gaza mourront des suites des bombardements, nous condamnerons également ces crimes » et elle a ajouté qu’elle était favorable à un accord prévoyant la libération de tous les otages israéliens en échange des prisonniers politiques palestiniens illégalement détenus en Israël. La police avait limité le nombre de manifestants à 700 et a confisqué un drapeau palestinien brandi dans la foule.

Ce jeudi 16 novembre s’est tenu devant l’hôpital Édouard-Herriot un rassemblement en solidarité avec le peuple palestinien. Un appel qui a émané de syndiqués Force ouvrière, mais qui a résonné plus largement, au vu de la presque centaine de soignants présents. Et tout cela, malgré des directions qui tentent par tous les moyens d’empêcher la solidarité de s’exprimer, comme à l’hôpital du Vinatier où le directeur a exprimé son mécontentement par mail à l’ensemble de l’hôpital : celui-ci ne serait selon lui pas un lieu pour faire de la « politique extérieure » !

Qu’à cela ne tienne, les soignants espèrent bien amplifier la mobilisation, et ils défileront en blouse blanche samedi lors de la manifestation lyonnaise de soutien au peuple palestinien, comme on a déjà pu voir à Paris avec les soignants mobilisés du collectif Soignant.es pour Gaza.

Moataz Matar, un présentateur de télévision égyptien réfugié en Grande-Bretagne depuis 2013, vient de voir son visa annulé. Il ne pourra plus rentrer dans le pays. Son crime ? Avoir interviewé sur son compte YouTube, qui compte 4,2 millions d’abonnés, Abdelhakim Hanini, cofondateur des Brigades al-Qassam en Cisjordanie dans les années 1990, mais également d’avoir participé à plusieurs manifestations de rue en soutien au peuple palestinien. Cette expulsion s’inscrit dans le cadre des mesures du gouvernement britannique – fervent supporter de Netanyahou – visant à sévir contre les ressortissants étrangers accusés de comportement « antisémite » pour le simple fait de s’opposer au massacre en cours à Gaza.

Depuis quelques jours, le député insoumis David Guiraud est la cible d’un tir groupé de certains députés de droite et d’extrême droite pour avoir comparé la boucherie actuelle à Gaza aux massacres perpétrés les 16 et 17 septembre 1982 à Beyrouth contre les Palestiniens vivant dans le quartier de Sabra et le camp de réfugiés de Chatila. La seule erreur de Guiraud (qu’il a d’ailleurs reconnue) est d’avoir affirmé que ces massacres avaient été l’œuvre directe de l’armée israélienne alors qu’ils avaient été perpétrés par ses alliés des milices chrétiennes. Mais c’est bel et bien l’armée israélienne qui avait donné le feu vert aux miliciens pour entrer dans les quartiers palestiniens alors qu’elle les encerclait et les éclairait pour faciliter la tâche aux tueurs. On n’a jamais su exactement le nombre de victimes, mais on avance couramment celui de 3 500 morts. Quelques mois plus tard, en Israël même, la commission Kahane reconnaissait la responsabilité « indirecte » de l’armée israélienne dans ces massacres. De son côté, une commission internationale présidée par Sean McBride, cofondateur d’Amnesty International, souligna la complicité des soldats israéliens. Et, plus tard, on découvrit qu’au moins une unité spéciale de Tsahal avaient bel et bien participé à la curée. Alors aujourd’hui menacer de poursuivre Guiraud pour « antisémitisme », « négationnisme » ou « apologie du terrorisme » est ridicule et d’une mauvaise foi crasse dont nous ont habitués « les amis d’Israël » depuis le début du conflit.