Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Dans une courte vidéo repérée par le quotidien La Montagne, on voit un policier donner un coup de poing au visage d’un homme, visiblement handicapé et en fauteuil roulant, alors qu’un second lui maintient les bras lorsqu’il tente de se protéger. Interrogée par les journalistes sur cet incident, la direction départementale de la police a refusé de s’exprimer. Les policiers impliqués seraient membres de la CRS 83 créée pour lutter… contre les violences urbaines. Face à ces images, la députée LFI du Puy-de-Dôme, Marianne Maximi, a dénoncé un « insupportable acte de violence policière » et signalé la vidéo à l’Inspection générale de la police nationale ainsi qu’au procureur de la République. Comme d’habitude, les flics impliqués nous expliqueront sans doute qu’ils étaient en état de légitime défense.

Mercredi 5 mars, 300 praticiens diplômés hors de l’Union européenne ont commencé une grève de la faim pour demander leur régularisation. Ces médecins exercent des fonctions importantes et font souvent tourner des services au sein des hôpitaux, mais ils sont payés au smic faute d’EVC, une équivalence des diplômes. Comme dans de nombreux secteurs, le patronat, ici l’État, profite de la main-d’œuvre bon marché qu’apportent les travailleurs étrangers tout en refusant de renouveler leurs titres de séjour. L’immigration ne dérange pas tant que ça les capitalistes quand elle leur fournit de la main-d’œuvre à bas prix.

… d’après le bulletin santé (Metz)

Les bus de Guéret, dans la Creuse, ont été à l’arrêt plusieurs jours la semaine dernière. Les responsables de la régie de transport se sont rendu compte qu’ils n’avaient plus d’assurance depuis le 1er janvier. 75 000 autres véhicules seraient dans ce cas à travers le pays, des bus, des cars, des camions, des voitures d’entreprises… Assurer des flottes ne serait pas assez rentable pour les gros assureurs traditionnels, ce qui laisse la place à des courtiers douteux. Ici en l’occurrence, une société nommée Pilliot, récidiviste dans l’arnaque, plaçait des polices d’assurance avec une fausse responsabilité civile. Une petite escroquerie dont les conséquences auraient pu être graves, et qui jette la lumière sur la rapacité ordinaire des profiteurs de sinistres.

… d’après le bulletin TCL (Lyon)

Plus de quatre ans après la mort de Claude Jean-Pierre, 67 ans, décédé en novembre 2020, à la suite d’un contrôle routier en Guadeloupe, Mediapart publie les conclusions des expertises médicales, contredisant totalement la version des deux gendarmes mis en cause. Extrait de force de sa voiture, il a eu la nuque brisée et s’est effondré sur le bord de la route, victime d’une « tétraplégie immédiate ». Les deux gendarmes l’ont laissé en plein soleil, ne se préoccupant que de réaliser un test d’alcoolémie. Ils déplacent même brutalement son corps. Le retraité décédera 13 jours plus tard à l’hôpital. Un des gendarmes a ensuite déclaré lors de sa garde à vue être rompu aux « spécificités des contrôles outre-mer ». C’est bien le racisme et le sentiment de toute puissance de ces gendarmes qui a tué.

Mahmoud Khalil, figure emblématique des manifestations en soutien à Gaza à l’université Columbia à New York, a été interpellé par des agents fédéraux de l’immigration, une arrestation préalable à une possible expulsion du territoire américain. C’est du moins ce que souhaite ouvertement Trump. Des manifestations de soutien à l’étudiant, né en Syrie dans un camp de réfugiés palestiniens, ont eu lieu devant le siège de la police de l’immigration, à Manhattan, et plus de 1,3 million de signatures ont été recueillies sur une pétition pour réclamer sa libération.

Donald Trump a affirmé sur sa plateforme Truth Social : « je vais aller acheter une Tesla toute neuve demain matin », et d’inciter ses partisans à faire de même dans l’espoir de freiner la chute de l’action du constructeur de voitures électriques qui a perdu près de la moitié de sa valeur depuis décembre. Car les pitreries de son propriétaire, Elon Musk, ses menaces tous azimuts, ses saluts nazis, son appui à l’extrême droite européenne et les coupes sombres qu’il a mises en œuvre dans les services sociaux – conduisant à des dizaines de milliers de licenciements et de démissions de fonctionnaires – ont fini par indisposer nombre de ses acheteurs potentiels. Et ceux qui sont déjà propriétaires d’un véhicule de cette marque craignent de le voir vandalisé, voire brulé, ce qui a été le cas à New York, à Seattle… et à Toulouse. Au point que certains mettent désormais un auto-collant sur leur voiture qui affirme : « Je l’ai achetée avant qu’on sache qu’Elon était dingue. » Le rôle d’épouvantail qu’a choisi d’incarner Musk fonctionne donc bien, mais pas forcément comme il l’avait prévu.

La cour administrative d’appel de Paris s’est prononcée sur les demandes d’indemnisation de 1 286 plaignants, et trois associations, pour leur exposition au chlordécone. Ce pesticide, massivement utilisé entre 1972 et 1993 dans les bananeraies pour combattre le charançon – un insecte ravageur – avait été interdit dès 1976 aux États-Unis et en 1990 en France métropolitaine du fait de sa dangerosité. Finalement, des milliers d’hectares de terre agricoles ont été empoisonnées, mais également l’eau potable et les zones côtières. Plus de 90 % de la population de Martinique et de Guadeloupe a été contaminée. Outre les risques de cancer de la prostate, l’exposition à ce pesticide, un perturbateur endocrinien, entraîne des troubles neurologiques et des naissances prématurées. La cour administrative a reconnu la responsabilité de l’État dans ce scandale, ordonnant une indemnisation pour les personnes « ayant pu prouver un préjudice moral d’anxiété et une exposition effective à la pollution des sols, des eaux ou de la chaîne alimentaire ». Seule une dizaine de victimes sont dans ce cas. Pour les autres… rien. Les premières plaintes ont été déposées en 2006 pour empoisonnement, mise en danger de la vie d’autrui et administration de substance nuisible. Près de vingt ans plus tard, ni les fabricants de ce poison, ni les planteurs de bananes qui l’ont utilisé, ni les autorités qui ont fermé les yeux n’ont été vraiment inquiétés. Et le scandale continue.

Le trust pharmaceutique Sanofi continue de se dégager du marché des médicaments « grand public », pas assez rentable à ses yeux. Il y a quelques mois il cédait sa filiale qui fabriquait le Doliprane et aujourd’hui il vend son site de fabrication d’Amily, dans le Loiret, qui produit l’Aspégic (contre la douleur et la fièvre) et le Kardégic (prévention des maladies cardiovasculaires) à l’entreprise Astrea Pharma. Quant aux deux marques, qui représentent la moitié de l’activité du site, elles ont été rachetées par Substipharm, un laboratoire parisien. Sanofi a promis qu’il n’y aurait aucun licenciement parmi les 276 salariés. Mais quid des salaires et des conditions de travail ? Après avoir pris connaissance des documents de vente, les organisations syndicales CGT et SUD ont lancé un mouvement de grève illimitée au sein de l’usine. Selon la CGT, le changement de propriétaire pourrait se traduire par des pertes de salaire de plusieurs milliers d’euros par an pour les salariés.

Environ un millier d’enseignants et de directeurs d’écoles primaires ont manifesté dans la capitale, entre la Sorbonne et le ministère de l’Éducation nationale, pour protester contre la révision de la nouvelle carte scolaire 2025 qui prévoit la fermeture de 180 classes et la suppression de 110 postes de professeurs. Une situation alarmante qui aggrave encore les conditions de travail du personnel et se traduit par des conditions d’enseignement dégradées. La ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne, a demandé « une concertation » dont les résultats sont attendus fin avril. Une « concertation » ou l’art de brasser du vent.